À l’occasion du panel consacré au thème « Le féminisme en RDC : mythe ou réalité ? », organisé dans le cadre du lancement de la Ligue Féministe de la République démocratique du Congo (LIFERDC), Mireille Laurier Affa’a Mindzie, cheffe de la section Genre de la MONUSCO, a replacé la question des violences basées sur le genre dans une perspective plus large de la violence qui traverse la société congolaise. Pour elle, les violences faites aux femmes et aux filles ne peuvent être considérées comme une affaire exclusivement féminine. Elles constituent un enjeu de société qui appelle une mobilisation collective.
Pour Mireille Laurier Affa’a Mindzie, la lutte contre les violences basées sur le genre ne doit pas être réduite à la seule défense des droits des femmes.

« Les questions de violence basées sur le genre ne sont pas seulement une question de droits des femmes. C’est une question de société », a-t-elle souligné.
Elle estime que les violences faites aux femmes doivent être analysées dans leur environnement social, au même titre que les autres formes de violence qui affectent la société.

« Les sociétés qui sont violentes à l’égard des femmes, les sociétés dans lesquelles le taux de violence contre les femmes est élevé, sont aussi des sociétés qui sont généralement violentes », a-t-elle expliqué.
Selon elle, cette réalité doit interpeller l’ensemble de la communauté, notamment dans un contexte marqué par les conflits et les violences persistantes.

La cheffe de la section Genre de la MONUSCO a également insisté sur le caractère transversal des discriminations. Celles-ci peuvent se manifester dans différents secteurs de la vie sociale entre autres participation politique, accès aux ressources, autonomisation économique, finances ou encore contribution au développement.
Elle a notamment mis en avant la nécessité de considérer les inégalités qui limitent la participation pleine et entière des femmes comme des manifestations de discrimination.
Dans cette perspective, la lutte pour les droits des femmes ne se limite donc pas à dénoncer les violences physiques ou sexuelles. Elle englobe également les obstacles structurels qui réduisent leur accès aux opportunités et à la prise de décision.
Mireille Laurier Affa’a Mindzie a par ailleurs évoqué l’ampleur des violences commises dans la sphère domestique. Elle a rappelé que de nombreuses femmes sont victimes de violences de la part de leur partenaire ou de leur conjoint.

« Un tiers des femmes sont victimes de violence, et souvent de violence par leur partenaire ou leur mari. C’est de la violence domestique », a-t-elle déclaré.
Elle a également évoqué la multiplication de récits de violences contre les femmes relayés sur les réseaux sociaux, soulignant la nécessité de ne pas banaliser ces situations.
Pour elle, les discussions autour des chiffres ne doivent cependant pas faire perdre de vue l’essentiel. Derrière les statistiques se trouvent des personnes, des familles et des communautés affectées par la violence.
L’intervenante a également élargi la réflexion aux hommes. Elle a relevé que les violences ne sont pas uniquement exercées contre les femmes, mais qu’elles touchent aussi les hommes, notamment dans les contextes de conflits et d’affrontements entre hommes.
« Ensemble, reconnaissons que la question de la violence est une question de société », a-t-elle insisté.

Cette approche vise à éviter de présenter la lutte contre les violences basées sur le genre comme une opposition entre les sexes. Pour Mireille Laurier Affa’a Mindzie, les hommes doivent eux aussi être associés aux efforts visant à réduire les violences.
Face à cette réalité, la responsable de la MONUSCO plaide pour une mobilisation collective. La lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles doit, selon elle, réunir les femmes et les hommes autour d’un même objectif de construire une société moins violente et plus pacifique.

« Si nous ne voulons plus avoir des sociétés violentes, travaillons ensemble, hommes et femmes, contre la violence faite aux femmes, aux filles, la violence basée sur le genre », a-t-elle exhorté.
Cette approche inscrit le féminisme et la défense des droits des femmes dans une réflexion plus large sur la paix, la dignité humaine et la cohésion sociale.
Pour Mireille Laurier Affa’a Mindzie, lutter contre les violences basées sur le genre revient donc aussi à s’attaquer aux mécanismes qui entretiennent la violence dans la société. C’est donc une responsabilité collective qui dépasse les frontières entre femmes et hommes et pose les bases d’une société plus pacifique.
Lydia Mangala


