Le désenclavement du nord-est de la République démocratique du Congo prend une dimension interprovinciale. À Kisangani, le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, a tenu une séance de travail avec les autorités de la Tshopo, du Maniema et du Nord-Kivu afin d’harmoniser les priorités en matière d’infrastructures et de renforcer les connexions entre ces provinces.
La rencontre intervient dans le cadre du programme national de désenclavement qui prévoit le développement de 22 800 kilomètres de routes. Pour le ministre, l’enjeu ne consiste pas uniquement à réhabiliter des tronçons isolés, mais à construire progressivement un réseau capable de relier les territoires, faciliter les échanges commerciaux et améliorer la mobilité des populations.
La Tshopo, le Maniema et le Nord-Kivu partagent des défis qui dépassent leurs frontières administratives. Routes impraticables, distances considérables, difficultés de transport des marchandises et insuffisance des infrastructures de connexion continuent de peser sur les échanges et sur l’activité économique.

C’est dans cette perspective que les gouverneurs ont défendu une approche concertée. Le gouverneur militaire du Nord-Kivu, le général-major Évariste Somo, a présenté cette coopération comme un cadre destiné à favoriser l’intégration des provinces, leur désenclavement, le développement économique et la sécurité.
Cette logique est particulièrement stratégique dans une région où les infrastructures constituent aussi un enjeu de stabilisation. Des routes praticables permettent non seulement aux populations de circuler plus facilement, mais également aux produits agricoles et commerciaux d’atteindre les marchés, aux services publics d’accéder aux territoires et aux échanges entre provinces de se renforcer.
La question des routes nationales occupe une place centrale dans les discussions. La RN3, la RN4 et la RN7 figurent parmi les axes appelés à jouer un rôle important dans la connexion de la Tshopo avec les provinces voisines.

À la Tshopo, des travaux locaux sont déjà engagés sur certains axes, notamment à travers des opérations de déboisement et de rechargement sur la route reliant Ubundu à Kisangani. Les autorités provinciales estiment toutefois que l’ampleur des besoins nécessite une intervention plus importante du pouvoir central.
Du côté du Maniema, le désenclavement est directement associé à la relance économique. Pour les autorités provinciales, l’amélioration du réseau routier doit permettre de réduire les difficultés d’évacuation des productions et de faciliter l’accès des populations aux différents centres économiques.
Le Nord-Kivu, pour sa part, inscrit ces infrastructures dans une perspective plus large d’intégration régionale. La province mise notamment sur la connexion entre les réseaux routiers et les infrastructures aéroportuaires afin de faciliter les déplacements et de soutenir les échanges.
La stratégie présentée à Kisangani ne repose pas exclusivement sur les routes. Le Nord-Kivu entend également développer ses infrastructures aéroportuaires, notamment autour des aéroports de Beni-Mavivi et Walikale, ainsi que des futurs aérodromes de Lubero et Mangurejipa.
Ces infrastructures doivent compléter les corridors terrestres dans une région où les distances et l’état du réseau routier rendent parfois les déplacements particulièrement difficiles.
La voie fluviale figure également parmi les solutions envisagées. Le fleuve Congo, véritable axe naturel de transport, pourrait être davantage exploité pour compléter les réseaux routiers et offrir une alternative pour le transport des personnes et des marchandises.

Cette combinaison entre routes, ponts, aéroports et voies navigables a pour but de concevoir le désenclavement comme un système de connectivité multimodale, plutôt que comme une succession de projets indépendants.
L’un des enjeux économiques évoqués concerne également la fluidité du corridor cacaoyer Beni-Kisangani-Kindu. L’amélioration des infrastructures sur cet axe pourrait faciliter l’évacuation des productions agricoles et renforcer les échanges entre les différentes zones concernées.
Dans une région disposant d’un important potentiel agricole, minier et commercial, la qualité des infrastructures conditionne directement la capacité des producteurs à accéder aux marchés. Une route impraticable augmente les coûts de transport, réduit la compétitivité des produits et peut conduire à l’isolement de communautés entières.
Le développement des infrastructures est donc présenté comme un outil économique autant que territorial.
Au cours de cette rencontre, John Banza a réaffirmé l’engagement du gouvernement à poursuivre le programme national de désenclavement.
Parmi les priorités figure notamment la modernisation de la RN3, ainsi que la poursuite des travaux sur la RN2, notamment sur l’axe Mbuji-Mayi-Bukavu. Selon les informations communiquées par le ministère, plus de 10 kilomètres y sont déjà asphaltés sous la forme d’une autoroute à deux fois deux bandes.
Le programme prévoit également des études avancées pour les voiries urbaines. À Kindu et dans le Nord-Kivu, les études portant sur 50 kilomètres de voirie seraient en phase finale avant le passage à la contractualisation.
Dans le Nord-Kivu, la question des ponts fait également partie des urgences. Les éléments destinés au nouveau pont Teturi sont actuellement à Matadi et doivent être acheminés vers leur site d’installation.
La réunion de Kisangani ne devrait pas rester au stade des échanges. Les gouverneurs de la Tshopo, du Maniema et du Nord-Kivu doivent transmettre au ministre un mémorandum conjoint présentant leurs priorités et leurs attentes en matière d’infrastructures.
Ce document devrait permettre au gouvernement central de disposer d’une vision consolidée des besoins des trois provinces et de mieux hiérarchiser les interventions.
L’intérêt de cette démarche réside précisément dans sa dimension interprovinciale. Plutôt que de traiter séparément les problèmes de chaque province, les autorités cherchent à identifier les infrastructures capables de produire des effets sur plusieurs territoires à la fois.
Avec un programme national affichant 22 800 kilomètres de routes à développer, l’ambition est considérable. Mais au-delà des chiffres et des annonces, le principal enjeu sera désormais celui de l’exécution, de la continuité des travaux et de la maintenance des infrastructures une fois réalisées.
Pour les populations de la Tshopo, du Maniema et du Nord-Kivu, le désenclavement se mesure moins en kilomètres de routes programmés qu’en temps gagné pour rejoindre une autre ville, en coûts réduits pour transporter une production agricole, en accès facilité aux services essentiels et en possibilité de commercer avec les provinces voisines.
Lydia Mangala


