À l’occasion de l’atelier de renforcement des capacités des professionnels des médias sur les résolutions 1325 et 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies, organisé du 18 au 19 août 2026 à la MONUSCO à Kinshasa, Deborah Nyamugabo, coordonnatrice adjointe du Secrétariat Technique National de la Résolution 2250 (STN-2250), a consacré son intervention à l’articulation entre les agendas « Femmes, Paix et Sécurité » et « Jeunesse, Paix et Sécurité ». Face aux journalistes, elle a insisté sur la responsabilité des médias dans la visibilité des femmes, des jeunes et particulièrement des jeunes femmes comme actrices à part entière des processus de paix.
Pour Deborah Nyamugabo, la compréhension de la complémentarité entre les résolutions 1325 et 2250 doit permettre aux professionnels des médias d’améliorer leurs pratiques et de produire une information plus inclusive, sensible aux conflits et davantage orientée vers les solutions.
« Sans les femmes, la paix est incomplète. Sans les jeunes, la paix n’est pas durable. Et leur intersection nous rappelle que, sans les jeunes femmes, nous ne pouvons pas construire une paix véritablement inclusive », a-t-elle souligné.
Les deux agendas doivent être pensés ensemble
Adoptée en 2000, la Résolution 1325 reconnaît le rôle essentiel des femmes dans la prévention et la résolution des conflits ainsi que dans la consolidation de la paix. La Résolution 2250, adoptée en 2015, place pour sa part les jeunes au centre des politiques de paix et de sécurité, notamment à travers les piliers de participation, protection, prévention, partenariats, ainsi que désengagement et réintégration.
Pour la coordonnatrice adjointe du STN-2250, ces deux agendas ne doivent toutefois pas être considérés comme des mécanismes isolés. Leur complémentarité permet notamment de mieux appréhender la situation des jeunes femmes, qui se trouvent à la croisée des enjeux liés au genre, à la jeunesse, à la paix et à la sécurité.
« Une jeune femme vivant dans une communauté affectée par un conflit peut être simultanément une victime potentielle de violences, une actrice communautaire, une entrepreneure, une militante, une médiatrice, une journaliste, une négociatrice ou une future décideuse. Elle ne doit donc pas être enfermée dans une seule catégorie », a-t-elle expliqué.
Cette approche, selon elle, doit également influencer la manière dont les médias construisent leurs récits. Dans les périodes de crise, les responsables politiques, militaires et institutionnels occupent généralement une place importante dans les reportages, tandis que les jeunes médiatrices, entrepreneures, militantes, artistes ou actrices communautaires restent souvent en marge de la narration médiatique.
« Le problème n’est donc pas seulement l’absence des jeunes femmes dans les espaces de décision. C’est aussi leur invisibilité dans les récits médiatiques », a-t-elle fait remarquer.
Les journalistes contribuent aussi à construire la réalité qu’ils racontent

Pour Deborah Nyamugabo, le journaliste ne se contente pas de rapporter les faits. Par le choix des sources, des images, des mots et des angles de traitement, il participe à la construction de la perception du public sur les conflits, les femmes et les jeunes.
« Les journalistes ne font pas que rapporter la réalité. Ils contribuent aussi à construire les récits autour de cette réalité. Le journaliste décide qui prend la parole, quelles images il va retenir et quelles histoires il va raconter. Il influence ainsi la perception du public », a-t-elle affirmé.
Cette responsabilité impose donc de dépasser les représentations qui réduisent systématiquement les femmes et les jeunes à leur statut de victimes. Le traitement médiatique doit aussi mettre en évidence leur expertise, leur capacité d’action et leur contribution à la prévention des conflits et à la cohésion sociale.
Deborah Nyamugabo a ainsi appelé les journalistes à faire évoluer leurs récits, en passant notamment de la jeune femme victime à la jeune femme actrice, de la spectatrice à la décideuse et de la personne interrogée uniquement pour raconter ce qu’elle a subi à l’experte sollicitée pour apporter son analyse.
« Notre objectif doit être de passer de la jeune femme victime à la jeune femme actrice, de la jeune femme qui a subi à la jeune femme consultée parce qu’elle possède une expertise, et de la jeune femme spectatrice à la jeune femme décideuse », a-t-elle plaidé.
Les choix éditoriaux peuvent contribuer à la construction de la paix

La contribution du journaliste à la paix ne se limite pas, selon elle, aux reportages réalisés sur le terrain. Elle commence également dans les choix éditoriaux effectués au quotidien.
« Un journaliste peut contribuer à la paix sans être médiateur, simplement par ses choix éditoriaux. Quels mots utilisez-vous ? Quels stéréotypes reproduisez-vous ? Quel acteur rendez-vous visible ? Quel acteur laissez-vous dans l’ombre ? Donnez-vous la parole aux jeunes femmes ? Les présentez-vous comme des victimes ou comme des actrices ? », a-t-elle interrogé.
Ces questions doivent accompagner le travail des professionnels des médias lorsqu’ils traitent des questions de conflit, de sécurité ou de paix. Deborah Nyamugabo les a notamment invités à vérifier s’ils donnent suffisamment la parole aux femmes et aux jeunes, s’ils considèrent les jeunes femmes comme des sources d’expertise, s’ils évitent les stéréotypes et s’ils mettent en lumière les initiatives de paix portées par ces catégories.
Le journaliste doit également s’interroger sur l’impact de son contenu : contribue-t-il à la compréhension d’une situation ou risque-t-il d’alimenter les tensions, la stigmatisation, les discours de haine ou la désinformation ?
La visibilité médiatique doit déboucher sur une participation réelle

L’un des points majeurs de l’intervention de Deborah Nyamugabo a porté sur la distinction entre visibilité et participation effective. Une jeune femme qui apparaît dans un reportage n’est pas nécessairement une actrice de la décision.
Elle a ainsi présenté une progression allant de la visibilité à la participation décisionnelle : être visible, être entendue, être reconnue pour son expertise, être influente dans le débat public et, finalement, participer aux décisions.
« Le véritable objectif de ces deux agendas n’est pas simplement de mettre les femmes ou les jeunes devant les caméras. C’est de leur permettre d’être autour de la table où les décisions sont prises », a-t-elle insisté.
Cette vision rejoint l’un des enjeux fondamentaux de l’agenda Jeunesse, Paix et Sécurité qui vise à lutter contre la participation de façade. La présence des jeunes et des femmes dans un panel, une conférence ou un reportage ne suffit pas si leur parole ne contribue pas réellement à la réflexion, aux décisions ou à la recherche de solutions.
Les médias sont appelés à montrer les solutions portées par les jeunes

Deborah Nyamugabo a encouragé les journalistes à rechercher et à documenter les initiatives positives menées par les jeunes et les femmes dans leurs communautés.
Associations, mouvements citoyens, initiatives de sensibilisation, médiation communautaire ou encore engagement dans la vie publique constituent autant de manifestations concrètes de la participation des jeunes à la construction de la paix.
« Votre particularité, en tant que jeunes journalistes, c’est de voir comment rendre visible le travail réalisé autour de ces deux agendas. L’objectif est de faire en sorte que le public puisse mieux comprendre les initiatives et les compétences qui existent dans les communautés », a-t-elle indiqué.
Cette démarche suppose également un travail de recherche approfondi. Pour les sujets liés aux conflits et à la sécurité, le journaliste doit identifier les personnes-ressources capables d’apporter une expertise pertinente et de permettre une meilleure compréhension des réalités vécues sur le terrain.
Le journaliste doit aussi interroger ses propres choix avant de publier

Pour renforcer cette approche, Deborah Nyamugabo a proposé une sorte de « checklist » aux journalistes avant toute publication consacrée à la paix, à la sécurité ou aux conflits.
Le professionnel des médias doit notamment se demander : ai-je donné la parole aux femmes ? Ai-je donné la parole aux jeunes ? Ai-je pensé aux jeunes femmes ? Ai-je utilisé des femmes et des jeunes comme personnes-ressources et experts ? Ai-je évité les stéréotypes ? Ai-je montré les initiatives de paix portées par les jeunes femmes ? Mon reportage contribue-t-il à la compréhension ou risque-t-il d’alimenter les tensions ?
Cette démarche vise à faire du journalisme non seulement un outil d’information, mais également un levier de cohésion sociale et de prévention des conflits.
Les médias peuvent créer des espaces de dialogue entre les générations

L’intervention a également mis en avant l’importance de la vulgarisation des résolutions 1325 et 2250 auprès des communautés. Les médias, notamment les plateformes numériques, peuvent contribuer à rapprocher ces agendas des jeunes et à créer des espaces de débat intergénérationnel.
Selon Deborah Nyamugabo, il est notamment important de favoriser les échanges entre jeunes et femmes afin que chacun puisse comprendre le rôle de l’autre dans les processus de paix et de participation citoyenne.
Cette approche permettrait également de mieux faire connaître les mécanismes existants, les droits, les possibilités de participation et les initiatives mises en œuvre en faveur des femmes et des jeunes.
En définitive, Deborah Nyamugabo a appelé les journalistes à changer leur regard sur les femmes, les jeunes et les conflits. Le traitement médiatique ne devrait pas uniquement refléter les violences et les crises, mais aussi faire émerger les acteurs et les initiatives qui contribuent à leur résolution.
« Votre média ne peut pas être uniquement un miroir du conflit. Il peut aussi devenir un miroir des solutions », a-t-elle lancé.
Pour elle, la Résolution 1325 et la Résolution 2250 se renforcent mutuellement. L’une rappelle que la participation des femmes est indispensable à une paix complète, tandis que l’autre reconnaît les jeunes comme des acteurs essentiels d’une paix durable.
« La 1325 nous rappelle que sans les femmes, la paix est incomplète. La 2250 nous rappelle que sans les jeunes, la paix n’est pas durable. Et leur intersection nous rappelle que sans les jeunes femmes, nous ne pouvons pas construire une paix véritablement inclusive », a-t-elle conclu.

Le STN-2250 entend ainsi renforcer le rôle des médias dans la mise en œuvre de l’agenda Jeunesse, Paix et Sécurité en RDC. Car derrière chaque caméra, chaque micro, chaque article ou publication se trouve aussi le pouvoir de choisir qui sera entendu, qui sera rendu visible et quelle représentation de la paix sera proposée au public.
Lydia Mangala


