Face au nombre encore élevé d’enfants privés d’accès à l’éducation en République démocratique du Congo, l’UNESCO et le gouvernement congolais renforcent leur coopération pour offrir une seconde chance aux enfants non scolarisés et déscolarisés. Un accord conclu à Kinshasa prévoit la mise en œuvre d’un programme d’apprentissage accéléré destiné à faciliter leur retour progressif dans le système éducatif formel.
Porté par l’Institut international de l’UNESCO pour le renforcement des capacités en Afrique (IICBA), en partenariat avec le ministère des Affaires sociales et Actions humanitaires, le projet sera déployé dans Kinshasa, le Tanganyika et la Tshopo. Il vise directement 4 200 enfants âgés de 9 à 16 ans, dont au moins 50 % de filles, principalement issus de communautés pauvres, marginalisées ou touchées par les crises.
L’initiative intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Selon les derniers chiffres cités par l’UNESCO, environ 6,6 millions d’enfants sont actuellement hors de l’école en RDC.
Le projet d’Intégration des enfants non scolarisés dans l’enseignement formel par l’apprentissage accéléré (PIEEFA) repose sur le Programme d’apprentissage accéléré (PAA). Celui-ci doit permettre aux enfants ayant quitté l’école ou n’y ayant jamais eu accès d’acquérir les compétences fondamentales nécessaires avant de rejoindre, à terme, le système éducatif formel.
L’approche vise ainsi à éviter qu’une interruption de scolarité ne devienne définitive. Pour les enfants concernés, l’objectif est de créer un parcours adapté permettant de reprendre progressivement le chemin de l’apprentissage et de retrouver une place dans le système scolaire.
Le programme prévoit la mobilisation de 30 centres de rattrapage scolaire, ainsi que la formation de 210 encadreurs, 30 mentors communautaires et 81 candidats mentors communautaires.
Le projet entend donc agir sur les capacités des structures qui les accompagnent.
Le choix de réserver au moins la moitié des bénéficiaires aux filles traduit la volonté de prendre en compte les inégalités qui affectent leur parcours scolaire.
Dans plusieurs communautés, les filles sont davantage exposées aux interruptions de scolarité en raison de facteurs économiques, sociaux et culturels. Les déplacements liés aux conflits, la pauvreté, les responsabilités familiales ou encore l’éloignement des établissements peuvent également rendre leur retour à l’école particulièrement difficile.

Le programme cherchera ainsi à offrir un cadre d’apprentissage capable de répondre aux besoins spécifiques des enfants vulnérables, avec une attention particulière portée à l’inclusion et à la sécurité des espaces éducatifs.
Pour l’UNESCO, la question des enfants non scolarisés et déscolarisés constitue l’un des défis majeurs du système éducatif congolais.
Les conflits armés et les déplacements forcés de populations figurent parmi les principales causes de rupture scolaire dans les zones affectées. À cela s’ajoutent la pauvreté, le manque d’infrastructures, l’éloignement des écoles, l’insuffisance d’enseignants qualifiés et certains obstacles socioculturels.
Cette combinaison de facteurs crée un cercle particulièrement difficile à briser. Un enfant qui quitte l’école pendant plusieurs années risque de perdre progressivement ses acquis et de rencontrer davantage de difficultés lorsqu’il souhaite reprendre sa scolarité.
Le Programme d’apprentissage accéléré entend précisément répondre à cette situation en proposant un parcours de rattrapage avant la réintégration dans l’enseignement formel.
L’ambition de cette coopération ne se limite toutefois pas aux 4 200 enfants directement ciblés. Le projet prévoit également de renforcer les capacités des écoles afin qu’elles puissent offrir des environnements d’apprentissage plus inclusifs, sûrs et adaptés aux enfants vulnérables.
La formation des 210 éducateurs sociaux doit notamment contribuer à consolider la mise en œuvre du programme national de rattrapage scolaire au niveau primaire, en collaboration avec le ministère de l’Éducation nationale.
Pour la ministre des Affaires sociales et Actions humanitaires, Ève Bazaïba, l’initiative doit permettre d’aller au-delà de la prise en charge des apprenants en renforçant les mécanismes qui facilitent leur retour dans l’éducation de base.
Le troisième volet du projet concerne justement l’institutionnalisation du modèle.
L’objectif est de faire en sorte que l’apprentissage accéléré ne reste pas une réponse ponctuelle destinée à quelques milliers d’enfants, mais puisse progressivement être intégré aux mécanismes permanents du système éducatif congolais.
Cette dimension est particulièrement importante au regard de l’ampleur du phénomène. Avec plusieurs millions d’enfants encore éloignés de l’école, les réponses doivent pouvoir être reproduites et adaptées à différentes provinces et différents contextes de vulnérabilité.
L’UNESCO entend ainsi accompagner le gouvernement dans la consolidation de mécanismes nationaux permettant d’identifier les enfants hors de l’école, de les ramener vers l’apprentissage et de faciliter leur réintégration durable.
Le PIEEFA bénéficie du financement du gouvernement japonais, pour un budget global estimé à 611 millions de yens japonais. Sa mise en œuvre est prévue sur 36 mois.
Cet investissement doit soutenir à la fois les activités d’apprentissage, le fonctionnement des centres de rattrapage, la formation des encadreurs et mentors ainsi que les actions visant à renforcer les capacités des établissements scolaires.
A la suite combien d’enfants retrouveront effectivement le chemin de l’école ? Combien pourront achever leur parcours éducatif ? Et surtout, combien pourront éviter une nouvelle rupture de scolarité ?
Avec 6,6 millions d’enfants hors de l’école, la RDC fait face à un défi qui dépasse largement la question de la réintégration de quelques milliers d’apprenants.
Le programme lancé avec l’UNESCO constitue néanmoins une réponse ciblée au problème structurel des enfants qui, pour des raisons économiques, sécuritaires, sociales ou géographiques, se retrouvent exclus du système éducatif.
Son véritable impact dépendra donc de sa capacité à accompagner les enfants jusqu’à leur réintégration effective, mais aussi à agir sur les causes qui les avaient éloignés de l’école.
Dans un pays où 6,6 millions d’enfants restent encore hors de l’école, cette seconde chance pourrait empêcher qu’une génération entière ne soit durablement privée de son droit à apprendre.
Lydia Mangala


