En République démocratique du Congo, l’accès insuffisant à une électricité fiable continue de peser sur le fonctionnement des établissements de santé, particulièrement dans les zones rurales et enclavées. Pour répondre à cette contrainte structurelle, un projet financé par la coopération allemande et mis en œuvre par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), en collaboration avec le ministère de la Santé publique, entre dans sa phase opérationnelle avec la formation d’un pool national d’ingénieurs congolais chargé d’assurer la maintenance des futurs systèmes solaires.
Financé à hauteur de 2,5 millions d’euros par la GIZ, avec l’appui de l’Ambassade d’Allemagne en RDC, le projet prévoit l’installation de systèmes solaires photovoltaïques décentralisés dans 100 établissements de santé, auxquels s’ajouteront des équipements biomédicaux essentiels.
L’enjeu dépasse toutefois la simple installation de panneaux solaires. À travers la formation d’ingénieurs congolais, le programme cherche à créer les conditions d’une maintenance locale et durable des infrastructures, afin d’éviter que des équipements nouvellement installés ne deviennent inutilisables faute de techniciens capables d’intervenir rapidement.
Dans de nombreux établissements de santé en RDC, l’absence ou l’instabilité de l’électricité constitue un obstacle direct à la qualité des soins. Selon les données de l’enquête HHFA/SARA 2023, moins des deux tiers des établissements disposent d’une source d’électricité fonctionnelle, tandis qu’à peine un tiers bénéficie d’un approvisionnement continu et stable.
Cette situation prend une dimension particulière dans les structures qui assurent des soins nécessitant une alimentation électrique permanente. Une coupure peut compromettre la conservation des vaccins, interrompre certaines analyses de laboratoire, perturber l’utilisation d’équipements médicaux ou encore compliquer la prise en charge des urgences.
Dans une maternité, par exemple, l’éclairage et le fonctionnement des équipements peuvent devenir déterminants lorsqu’un accouchement présente des complications pendant la nuit. Dans les services néonataux, l’alimentation électrique peut également être indispensable au fonctionnement de certains appareils destinés aux nouveau-nés.
Le déficit énergétique n’est donc pas seulement une question d’infrastructure. Il touche directement à la continuité et à la sécurité des soins.
Pour apporter une réponse à cette difficulté, le projet prévoit l’installation de systèmes solaires photovoltaïques dans 100 établissements de santé répartis dans cinq provinces prioritaires : l’Équateur, le Kasaï-Central, le Nord-Ubangi, le Sankuru et la Tshopo.
Le choix de ces provinces répond notamment aux difficultés particulières rencontrées par les structures sanitaires situées dans des zones où l’accès au réseau électrique reste limité.
L’énergie solaire doit permettre à ces établissements de disposer d’une source d’électricité plus stable pour faire fonctionner plusieurs équipements indispensables à la prise en charge des patients.

L’objectif est notamment de soutenir les soins maternels et néonataux, la vaccination, les analyses de laboratoire et l’administration d’oxygène.
L’installation de ces systèmes pourrait également améliorer les conditions dans lesquelles sont réalisés certains actes médicaux, notamment les interventions nécessitant un éclairage et une alimentation électrique fiables à toute heure.
C’est dans cette perspective qu’un pool national d’ingénieurs congolais a été formé à Kinshasa à la maintenance des systèmes solaires destinés aux établissements bénéficiaires.
Cette dimension technique est essentielle pour assurer la pérennité du programme. Installer une infrastructure énergétique dans un centre de santé ne suffit pas : les équipements nécessitent un suivi régulier, des opérations de maintenance et, lorsque cela est nécessaire, des interventions rapides en cas de panne.
En misant sur des compétences disponibles au niveau national, l’OMS, la GIZ et le ministère de la Santé cherchent donc à réduire la dépendance à l’égard d’une expertise extérieure et à construire progressivement une capacité congolaise de gestion de ces installations.
Le principe est simple : l’investissement dans les équipements doit être accompagné d’un investissement dans les compétences capables de les maintenir en fonctionnement.
Cette approche devrait également faciliter la résolution des problèmes techniques directement sur le terrain et limiter les périodes pendant lesquelles une structure sanitaire pourrait être privée de son alimentation électrique.
Pour l’OMS, l’enjeu est directement lié à la qualité des soins.
« Sans électricité fiable, il n’y a pas de soins de santé de qualité », a souligné la Dre Anne Ancia, représentante par intérim de l’OMS en RDC, en insistant sur le rôle de l’énergie dans la capacité des établissements à sauver des vies et à répondre aux urgences sanitaires et humanitaires.
Dans les structures bénéficiaires, l’électrification solaire doit notamment contribuer à sécuriser les accouchements et les interventions chirurgicales, y compris lorsqu’elles doivent être réalisées en dehors des heures normales de fonctionnement.
Elle doit également permettre de préserver la chaîne du froid nécessaire aux vaccins, de fiabiliser les analyses de laboratoire et de garantir l’administration d’oxygène aux patients qui en ont besoin.
Autrement dit, l’électricité devient ici un outil médical à part entière, parce qu’elle conditionne le fonctionnement d’une partie des services indispensables aux patients.
Pour la GIZ, cette initiative s’inscrit dans une approche qui dépasse la seule électrification des établissements sanitaires. Stéphanie Berry, chargée de la coordination et du suivi du projet, a souligné que le partenariat avec l’OMS établit un lien entre santé, énergie et développement durable.
Cette approche présente un intérêt particulier pour la RDC, où l’étendue du territoire et les difficultés d’accès à certaines zones rendent complexe l’extension rapide des réseaux électriques conventionnels.
Dans plusieurs territoires, le solaire photovoltaïque peut ainsi constituer une solution décentralisée permettant d’apporter de l’énergie à des établissements qui ne peuvent pas compter, à court terme, sur une connexion stable au réseau.
L’objectif sera toutefois de s’assurer que ces installations restent opérationnelles sur la durée, ce qui explique l’importance accordée à la formation des ingénieurs et à l’organisation d’un dispositif de maintenance.
Le lancement de cette phase de mise en œuvre constitue une avancée, mais son impact réel dépendra de la capacité à maintenir les installations dans le temps.
L’expérience de nombreux projets d’infrastructures montre en effet que la construction ou l’installation constitue seulement la première étape. La disponibilité des pièces de rechange, la maintenance préventive, le financement des interventions et la présence de techniciens qualifiés sont autant de conditions nécessaires pour garantir la durabilité des équipements.
La formation du pool national d’ingénieurs répond précisément à cette préoccupation. Elle doit permettre de créer un mécanisme dans lequel les établissements bénéficiaires ne reçoivent pas uniquement une infrastructure, mais disposent également d’un système capable d’en assurer le fonctionnement durable.
À terme, cette logique pourrait contribuer à renforcer l’autonomie technique du système de santé congolais.
Avec 100 établissements ciblés, 2,5 millions d’euros mobilisés et cinq provinces prioritaires, le projet place ainsi l’accès à l’énergie au cœur de la qualité des soins. Mais son véritable succès se mesurera moins au nombre de panneaux installés qu’à leur capacité à rester opérationnels et à permettre, jour et nuit, aux structures de santé de continuer à soigner.
Lydia Mangala


