Choisir une filière par passion plutôt que pour répondre aux attentes de son entourage peut parfois être un véritable acte de résistance. Étudiant en informatique à la Haute École de Commerce de Kinshasa (HEC), Chris Matewa en a fait l’expérience après l’obtention de son baccalauréat. Face aux pressions qui l’encourageaient à choisir la médecine, il a décidé de suivre sa passion pour l’informatique. À la deuxième édition de la Semaine de l’Étudiant, il a transformé son expérience personnelle en plaidoyer pour une université davantage connectée aux réalités professionnelles.
Devant les participants et les autorités présents, le jeune étudiant a d’abord insisté sur deux qualités qu’il considère essentielles pour la jeunesse : la conscience et la discipline.

Pour lui, être étudiant ne consiste pas seulement à fréquenter les auditoires. Il faut également être capable de résister aux influences extérieures et de rester concentré sur ses objectifs.
Son propre parcours illustre cette difficulté. Après son bac, Chris Matewa a été confronté à une forte pression sociale. Certains lui reprochaient de vouloir étudier l’informatique alors que ses résultats scolaires, selon eux, auraient dû le conduire vers la médecine.
« On m’a dit : tu ne mérites pas d’aller faire l’informatique parce que tu as obtenu ces points. Tu dois aller en médecine pour être ce que tu veux être », a-t-il raconté.

Malgré ces remarques, il a choisi de suivre sa passion et poursuit aujourd’hui ses études en informatique à la HEC.
L’étudiant a porté la voix d’une génération confrontée au décalage entre les études universitaires et l’insertion professionnelle.
S’adressant notamment au ministre de la Communication et des Médias et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, il a formulé un plaidoyer pour que l’université devienne un véritable trait d’union entre la formation et le monde professionnel.

« L’université devrait plutôt être un pont pour nous, pour nous emmener vers des emplois, et non un endroit où on vient s’amasser des trucs », a-t-il plaidé.
Selon lui, l’accumulation de diplômes ne suffit plus lorsque le jeune diplômé se retrouve sans compétences pratiques ni perspectives professionnelles.
Il regrette ainsi que certains étudiants soient obligés de partager leur temps entre l’université et d’autres activités, parfois au détriment de leur formation, parce qu’ils ne perçoivent pas suffisamment de débouchés à l’issue de leurs études.

« La majorité des jeunes se disent que l’université n’apporte rien, l’université ne donne rien. Donc je préfère mettre un pied dedans, un pied dehors, histoire de maximiser mes chances », a-t-il expliqué.
Pour Chris Matewa, cette situation devrait pousser les établissements d’enseignement supérieur à renforcer leur accompagnement vers l’emploi.
L’étudiant souhaite notamment voir se développer des mécanismes permettant aux entreprises d’identifier les étudiants compétents directement au sein des universités.
Il s’est appuyé sur le témoignage d’un ancien étudiant qui lui aurait raconté qu’à son époque, des responsables d’entreprises assistaient aux soutenances afin d’observer les étudiants et éventuellement de les recruter à l’issue de leur parcours.
Pour lui, cette pratique pourrait contribuer à faciliter la transition entre les études et le marché du travail.
« J’aimerais vraiment que ces choses puissent se répéter, que ces choses puissent prendre place encore de nouveau à l’université, histoire de permettre aux jeunes de se concentrer complètement sur les études universitaires pour obtenir leurs chances », a-t-il souhaité.

Dans cette logique, les stages occupent également une place importante. Chris Matewa appelle à renforcer leur suivi afin qu’ils constituent réellement des expériences d’apprentissage et de préparation à l’emploi.
Son plaidoyer ne s’est pas limité aux réformes universitaires. Chris Matewa a également salué les espaces qui permettent aux jeunes de prendre la parole et d’exprimer leurs préoccupations.
Il a notamment apprécié l’organisation de la Semaine de l’Étudiant, qu’il considère comme une occasion pour les étudiants de faire entendre leurs voix directement auprès des décideurs.

« En organisant des activités pareilles, vous donnez l’opportunité aux jeunes de parler », a-t-il souligné.
S’adressant aux autorités, il a insisté sur la nécessité de considérer les jeunes comme des acteurs capables de proposer des solutions.
« Ils ont des idées, nous sommes ambitieux, mais tout ce qui nous manque, c’est une orientation précise », a-t-il déclaré.

Chris Matewa a ainsi placé la question de l’orientation, de la formation pratique et de l’insertion professionnelle au cœur des préoccupations étudiantes.
Son parcours personnel, marqué par le choix de l’informatique malgré les pressions sociales, est devenu le point de départ d’un plaidoyer pour faire de l’université non plus une simple étape vers le diplôme, mais un véritable passage vers la compétence et l’emploi.
Lydia Mangala


