Les bancs de l’université ne constituent pas une salle d’attente avant l’entrée dans la vie professionnelle. C’est le message porté par l’ingénieur Claude Mbuyi, président du Conseil National de la jeunesse de la RDC, devant les étudiants réunis à Kinshasa à l’occasion de la deuxième édition de la Semaine de l’Étudiant.
À travers son propre parcours, marqué par des difficultés personnelles, une bourse d’études et un engagement précoce dans les structures de jeunesse, le président du Conseil national de la jeunesse a invité les étudiants à commencer dès aujourd’hui à construire la valeur qui leur ouvrira les portes demain.
Devant les participants réunis au Silikin Village à Kinshasa, Claude Mbuyi a d’abord salué l’initiative de la Semaine de l’Étudiant et le travail réalisé par les organisateurs.
« Je salue cette majestueuse initiative qui met en lumière la jeunesse congolaise et surtout une jeunesse très importante qui est la jeunesse étudiante », a-t-il déclaré, avant d’inviter l’assistance à rendre hommage à l’équipe organisatrice.
Mais son intervention s’est rapidement transformée en témoignage. Issu d’une famille modeste et ayant perdu son père alors qu’il était encore à l’école primaire, Claude Mbuyi a raconté comment une religieuse l’avait pris en charge pour lui permettre de poursuivre sa scolarité. L’accès à l’université semblait alors difficile, jusqu’à l’obtention d’une bourse d’études accordée par une organisation italienne.
Cette situation a profondément influencé sa manière d’envisager les études.
« Ma seule motivation dans mon parcours, c’était que si j’échoue, personne de ma famille ne peut m’épauler. Et si je n’arrive pas à donner le meilleur de moi, alors personne ne va venir en aide », a-t-il expliqué.
Pour lui, l’université ne devait donc pas être uniquement un lieu d’apprentissage académique. Dès ses premières années, il s’est engagé dans des dynamiques associatives et étudiantes, une expérience qui lui a permis de créer progressivement des réseaux et de se rapprocher du monde professionnel.
L’un des messages forts de son intervention concerne la nécessité pour les étudiants de ne pas attendre la fin de leur parcours universitaire pour commencer à construire leur expérience professionnelle.
« N’attendez pas les jours de votre défense, des mémoires ou de votre thèse pour créer les réseaux extérieurs. C’est en étant étudiant, c’est en étant à l’université que l’on crée des réseaux », a-t-il conseillé.
Claude Mbuyi estime que cette ouverture vers le monde professionnel doit commencer pendant les études. Les engagements associatifs, les projets, les formations, les initiatives entrepreneuriales et les différentes expériences permettent, selon lui, de créer une transition plus fluide entre l’université et l’emploi.
« Il faut faire du learning by doing. En attendant que tu apprennes, en même temps, tu es en train de faire des choses », a-t-il insisté.

Cette stratégie lui aurait notamment permis de développer des réseaux nationaux et internationaux avant même d’achever son parcours académique.
Claude Mbuyi a également retracé son parcours au sein du Conseil national de la jeunesse. Après avoir échoué à obtenir la présidence lors des élections de 2021, il avait été élu secrétaire exécutif, une fonction qu’il dit avoir transformée en opportunité d’apprentissage.
« Étant secrétaire, j’entre dans les systèmes. Je comprends les systèmes. Je peux contrôler les systèmes et je peux pousser mes ambitions en ayant déjà la maîtrise du système », a-t-il expliqué.
Pendant quatre ans, cette fonction lui a permis de participer à plusieurs rencontres nationales et internationales, notamment aux Nations unies à New York ainsi qu’à différents forums africains et économiques.
Cette expérience et les réseaux constitués au fil des années lui ont ensuite permis de se porter candidat à la présidence du Conseil national de la jeunesse en 2025. Élu président, il a été investi pour un mandat de cinq ans.
À la tête de cette institution, il dit avoir placé son action autour de la mobilisation des potentialités de la jeunesse congolaise en faveur du développement.
Pour Claude Mbuyi, la jeunesse congolaise ne doit pas être considérée comme une charge pour le pays, mais comme une ressource capable de contribuer à sa transformation.
« Être jeune n’est pas un privilège. Il faut avoir une valeur ajoutée pour que les portes s’ouvrent », a-t-il martelé.

Il invite ainsi les étudiants à investir dans leurs compétences, leurs connaissances et leurs expériences afin de devenir eux-mêmes des acteurs capables de créer de la valeur.
« On devrait se considérer jeune non pas comme une charge, mais comme un capital humain », a-t-il ajouté.
Cette vision prend une importance particulière dans un pays où la jeunesse représente une part importante de la population. Pour le président du CNJ, cette réalité démographique doit être transformée en opportunité à travers la formation, l’employabilité et l’entrepreneuriat.
Dans son échange avec les étudiants, Claude Mbuyi a également insisté sur le rôle de l’information dans la construction du capital humain.
Selon lui, l’information permet d’identifier les opportunités, tandis que la formation permet d’acquérir les compétences nécessaires pour les saisir.
« Chaque information est une opportunité. Quand on a l’information, on va à la quête de la formation pour avoir les compétences permettant de saisir les opportunités que l’information nous a données », a-t-il expliqué.
Il a notamment appelé les étudiants à profiter des possibilités offertes par le numérique et l’intelligence artificielle pour renforcer leurs connaissances et leurs compétences.
« Si vous échouez à cette période de l’intelligence artificielle parce que vous n’avez pas d’informations, c’est un problème. Ce n’est pas le pays, ce n’est pas le gouvernement. Non, c’est votre problème », a-t-il lancé.

Pour lui, les étudiants doivent donc prendre une part active dans leur propre préparation et ne pas attendre que les pouvoirs publics ou les programmes gouvernementaux leur apportent automatiquement des solutions.
Le président du Conseil national de la jeunesse a également été interpellé sur plusieurs problématiques qui touchent la jeunesse, notamment la consommation de drogues.
Sa réponse s’est inscrite dans la même logique de responsabilité collective. Il estime que les jeunes doivent eux-mêmes contribuer à identifier les problèmes de leur environnement et à proposer des solutions.
« Même si nous attendons que seulement l’État fasse son travail, nous sommes voués à l’échec. Tout le monde doit jouer sa part », a-t-il affirmé.

Il a annoncé la préparation d’une campagne de sensibilisation contre la consommation de drogues, qui devrait associer notamment les universités, le Parlement des jeunes et d’autres acteurs de la jeunesse.
Pour lui, une préoccupation exprimée par un jeune peut devenir un plaidoyer, puis se transformer en action concrète.
Claude Mbuyi a enfin évoqué l’une des difficultés majeures auxquelles les jeunes diplômés sont confrontés notamment l’exigence d’une expérience professionnelle pour accéder à un emploi.
Il a notamment souligné l’importance de mieux valoriser les stages effectués pendant les études afin qu’ils puissent constituer une véritable expérience professionnelle aux yeux des employeurs.
Cette question intègre les réflexions menées autour des politiques publiques en faveur de l’employabilité des jeunes.
Au terme de son intervention, les étudiants ont pu comprendre que la préparation à la vie professionnelle ne commence pas après l’université. Elle se construit pendant les études, à travers l’apprentissage, les réseaux, les expériences et les initiatives.
Pour Claude Mbuyi, le jeune Congolais doit ainsi cesser d’attendre uniquement les opportunités et travailler à devenir lui-même un profil capable de les saisir et de créer de la valeur pour la société.
Lydia Mangala


