La crise de gouvernance qui secoue la Fédération congolaise de football association (FECOFA) prend une nouvelle tournure. Un enregistrement sonore d’environ sept minutes, dont AfricaNews affirme avoir pris connaissance, révèle une réunion particulièrement tendue entre le président de la FECOFA, Véron Mosengo, et plusieurs membres de l’administration. Au cœur des échanges : des soupçons de fuites de documents, une correspondance du Tribunal arbitral du sport (TAS) introuvable et la volonté affichée de reprendre en main une administration que le nouveau comité exécutif juge défaillante.
L’ambiance est loin d’être sereine au siège de la FECOFA. Alors que l’élection de Véron Mosengo fait toujours l’objet d’une contestation devant le TAS, une réunion interne tenue lundi a donné lieu à des échanges musclés entre le président de la Fédération et plusieurs cadres de l’administration.
Dans cet enregistrement, Véron Mosengo exprime ouvertement son irritation face à la disparition d’une correspondance adressée par le TAS. Le courrier s’inscrit dans la procédure engagée par Patrice-Renier Mangenda et Jean-Claude Mukanya, qui contestent devant la juridiction sportive internationale la régularité du processus électoral ayant conduit à l’élection du nouveau comité exécutif.
« Le tribunal nous envoie une lettre pour qu’on envoie nos déterminations. Mais la lettre disparaît. Vous trouvez ça normal ? », s’interroge Mosengo dans l’enregistrement.
La nature exacte de cette disparition reste toutefois discutée. Selon les informations recueillies auprès de différentes sources, certains évoquent la correspondance complète envoyée par DHL, tandis que d’autres parlent uniquement de son enveloppe. Un élément semble néanmoins établi : les réponses attendues par le TAS ont finalement été transmises dans les délais.
Pour Véron Mosengo, cet épisode dépasse cependant le simple problème de circulation d’un document. Le président de la FECOFA évoque un possible « sabotage » et dénonce ce qu’il considère comme une véritable « culture de poison » au sein de l’administration.
C’est surtout la question des fuites qui cristallise la colère du dirigeant. Dans son intervention, Véron Mosengo accuse certains membres de l’administration de faire sortir des informations et des documents internes. Il appelle les employés à davantage de loyauté envers l’institution et envers le projet porté par son équipe.
« Pour cela, je vous parle évidemment sans pitié. Et pas de pitié pour ces gens-là », lance-t-il.
Ces propos prennent la forme d’un avertissement. Le président de la FECOFA laisse entendre que certains collaborateurs pourraient être écartés et annonce une profonde réorganisation de l’administration. La Fédération pourrait notamment créer de nouveaux départements et lancer des appels à candidatures pour certains postes.
L’objectif affiché est de revoir le fonctionnement des services et d’instaurer une nouvelle organisation autour d’une chaîne de responsabilités plus claire.
Mosengo évoque également la possibilité de recourir à des procédures judiciaires si des comportements susceptibles de porter atteinte aux intérêts de la Fédération étaient établis. Il mentionne même l’idée de faire appel à une société spécialisée pour effectuer des contrôles et tenter d’identifier l’origine des fuites.
Des annonces qui témoignent de la volonté du comité exécutif de durcir le ton face aux dysfonctionnements qu’il affirme avoir identifiés.
Une administration vivement critiquée
Au-delà de l’affaire du courrier du TAS, l’enregistrement met en lumière les difficultés auxquelles la nouvelle direction affirme être confrontée dans la gestion quotidienne de la Fédération.
Véron Mosengo critique notamment la lenteur du traitement des correspondances envoyées par les clubs. Le président de la FECOFA estime anormal qu’une demande puisse rester sans réponse pendant plusieurs semaines.
« Même un club qui écrit, la réponse prend deux mois… C’est pas normal. Il faut qu’on change », déplore-t-il.
Le dirigeant annonce par ailleurs la mise à disposition de moyens et d’équipements plus modernes. Il souhaite également renforcer sa présence dans les différents services afin d’évaluer directement leur fonctionnement.
Derrière cette volonté de réforme se dessine donc un constat : la direction estime que l’administration fédérale doit être profondément remise à niveau.
Cette séquence intervient dans un contexte particulièrement sensible pour Véron Mosengo. Son comité exécutif doit encore composer avec la procédure engagée devant le TAS par Patrice-Renier Mangenda et Jean-Claude Mukanya.
Les deux candidats contestent le processus électoral et ont saisi la juridiction sportive internationale, notamment autour d’accusations de faux et usage de faux. Cette procédure place ainsi la nouvelle direction de la FECOFA sous une pression supplémentaire depuis son arrivée aux commandes.
Dans ce contexte, la disparition d’une correspondance liée au TAS prend forcément une dimension particulière. La réaction de Mosengo traduit sa volonté de mieux contrôler la circulation des informations sensibles au sein de l’institution.
Mais cette stratégie pose également une question de fond : jusqu’où peut aller la reprise en main de l’administration sans aggraver les tensions internes ?
Car si la direction entend restaurer l’autorité et la discipline, la multiplication des menaces de sanctions, les projets de restructuration et la recherche des responsables des fuites pourraient également alimenter un climat de méfiance.
L’ironie de la situation n’échappe pas à l’observation. La direction de la FECOFA considère les fuites comme une menace pour la confidentialité et la stabilité de l’institution. Pourtant, une réunion organisée précisément pour traiter des problèmes internes s’est retrouvée, à son tour, à l’extérieur des murs de la Fédération.
Pour la direction, les fuites peuvent être perçues comme des actes de déloyauté susceptibles de fragiliser l’institution. Pour d’autres observateurs, elles pourraient aussi traduire un problème plus large de communication interne, de confiance et de transparence.
Véron Mosengo connaît les rouages des grandes organisations du football international après ses passages à la FIFA et à la CAF. La stabilité d’une fédération ne repose donc pas uniquement sur la maîtrise de son administration ou sur la confidentialité de ses documents. Elle dépend également de la confiance que la direction parvient à instaurer auprès de ses collaborateurs et des acteurs du football national.
À la FECOFA, cette confiance semble aujourd’hui particulièrement fragile. La nouvelle direction veut remettre de l’ordre, moderniser les services et clarifier les responsabilités. Mais elle devra également gérer une contestation électorale toujours pendante devant le TAS et éviter que les tensions internes ne deviennent un nouveau front de crise.
L’enregistrement donne en tout cas une image inhabituelle de l’intérieur de la Fédération : celle d’une institution qui cherche à imposer une nouvelle discipline, mais qui peine encore à instaurer un climat de confiance.
Entre les documents qui disparaissent, les soupçons de fuites, les menaces de sanctions et la restructuration annoncée, la FECOFA traverse une période délicate.
Au-delà de la question de savoir qui fait circuler les informations internes, une interrogation demeure : comment reconstruire la confiance au sein d’une Fédération où la suspicion semble désormais gagner les couloirs de l’administration ?
Josaphat Mayi


