La rubrique « Zua Mayele » de la deuxième édition de la Semaine de l’Étudiant a accueilli ce mardi 11 août un nouveau partage d’expérience consacré à l’entrepreneuriat. Face aux étudiants réunis au Silikin Village, Elie Mbeki, ingénieure agronome et entrepreneure dans le secteur agroalimentaire, a retracé son parcours, de la naissance de son idée à la construction progressive de son entreprise, en insistant sur les défis, les apprentissages et les opportunités qui jalonnent le chemin entrepreneurial.
Ingénieure agronome spécialisée en chimie et industries agricoles, Elie Mbeki évolue dans l’entrepreneuriat agricole depuis plus de quatre ans. Son parcours est également marqué par plusieurs distinctions nationales et internationales, notamment un prix de la meilleure innovation féminine au Cameroun, un prix de la meilleure innovation en emballage en Côte d’Ivoire, le Prix Pierre Castel RDC reçu en Algérie ainsi que le titre d’ambassadrice de l’agriculture durable pour la Francophonie au Gabon.
Mais derrière ces distinctions, l’entrepreneure a surtout voulu montrer aux étudiants une trajectoire faite d’incertitudes, d’apprentissages et de nombreux défis.
Le déclic d’Elie Mbeki remonte à son enfance. Entre 8 et 11 ans, elle accompagnait régulièrement sa mère au marché et avait pris l’habitude de lire les étiquettes des produits achetés.
Cette curiosité l’a particulièrement conduite à s’interroger sur la composition des bouillons d’assaisonnement. Des années plus tard, ses recherches sur certains ingrédients et les débats autour de leur consommation l’amènent à se poser une question fondamentale : pourquoi la RDC ne produirait-elle pas elle-même des alternatives locales ?
Elle commence d’abord par sensibiliser son entourage avant de comprendre que la sensibilisation seule ne suffisait pas.
« C’est bien de sensibiliser, mais c’est mieux de proposer une alternative », a-t-elle expliqué.
Cette réflexion l’a progressivement conduite vers la création, en 2022, d’une marque de bouillons d’assaisonnement naturel, présentée comme une initiative visant à proposer une alternative locale.
L’entrepreneure est également revenue sur ses débuts en 2020, alors qu’elle était encore âgée de 19 ans. À cette période, elle avait une idée mais ne maîtrisait pas encore les codes de l’entrepreneuriat.

Elle ne connaissait ni le « pitch », ni les mécanismes de présentation d’un projet, ni les démarches nécessaires pour intégrer l’écosystème entrepreneurial. Sa première démarche a alors été de chercher à se former.
C’est en découvrant le programme KinStartup Academy qu’elle fait ses premiers pas dans cet univers. Cette expérience lui permet notamment d’apprendre à présenter son projet, à prendre la parole en public, à gérer son stress et à côtoyer d’autres jeunes entrepreneurs.
« Je n’ai pas cherché le financement. J’ai cherché à me former », a-t-elle affirmé.

Pour Elie Mbeki, cette étape a été déterminante. Elle estime qu’un financement obtenu trop tôt, sans connaissances suffisantes en gestion, aurait pu être mal utilisé.
Son premier financement n’est d’ailleurs arrivé que plusieurs années après le lancement de son projet. Entre-temps, elle a principalement avancé grâce à l’autofinancement, avec l’appui de sa famille et de ses proches, en produisant progressivement et en commercialisant ses premiers produits.
L’entrepreneure a également insisté sur l’importance de la visibilité numérique. Pour elle, les réseaux sociaux ne servent pas uniquement au divertissement. Ils peuvent devenir de véritables outils de développement professionnel et entrepreneurial.
Elle explique avoir utilisé son téléphone pour rechercher des formations, des concours, des appels à projets et des opportunités de financement.
« Moi, toutes les opportunités que j’ai aujourd’hui, je les ai grâce à mon téléphone », a-t-elle déclaré.
Elle recommande ainsi aux jeunes de développer une véritable discipline de veille et de consacrer régulièrement du temps à la recherche d’opportunités.
Selon elle, les jeunes entrepreneurs doivent notamment se former, s’exposer et apprendre à saisir les occasions qui se présentent à eux.
L’exposition constitue justement l’un des principaux conseils délivrés par l’entrepreneure. Elle estime que les jeunes doivent apprendre à parler de leur travail, à présenter leurs projets et à utiliser les réseaux sociaux pour construire leur visibilité.

« Parlez de qui vous êtes. Parlez de ce que vous faites. Exposez-vous », a-t-elle conseillé.
Elle recommande également aux jeunes de ne pas avoir peur du ridicule lorsqu’ils commencent à prendre la parole ou à présenter leurs projets.
« Le ridicule ne tue pas. Vous ferez votre premier pitch, vous serez ridicule », a-t-elle lancé, invitant les étudiants à apprendre par la pratique.
Pour elle, l’exposition ne signifie pas nécessairement devenir créateur de contenu. Il s’agit surtout de construire une image cohérente avec la personne que l’on souhaite devenir et de faire connaître progressivement son expertise, ses réalisations et son parcours.
Si l’entrepreneuriat féminin bénéficie aujourd’hui de plusieurs mécanismes d’accompagnement, Elie Mbeki estime que son principal obstacle au début de son parcours était surtout son jeune âge.
À 19 ans, explique-t-elle, elle devait régulièrement convaincre des interlocuteurs plus âgés de prendre son projet au sérieux. Cette quête de crédibilité s’est parfois étendue à son propre entourage familial.
« À 19 ans, on a du mal à être pris au sérieux », a-t-elle témoigné.
Elle estime toutefois que ces expériences lui ont permis de développer sa confiance et de construire progressivement sa crédibilité à travers les résultats obtenus.
Interrogée sur la possibilité de concilier études et entrepreneuriat, l’entrepreneure a livré un témoignage particulièrement nuancé.
Selon elle, les deux parcours peuvent être extrêmement exigeants lorsqu’ils sont menés simultanément. Elle raconte avoir dû manquer des cours et des évaluations pour participer à certaines activités professionnelles et internationales.
« Quand on est étudiant, on doit l’être à temps plein. Quand on est entrepreneur, on doit l’être à temps plein aussi », a-t-elle souligné.
Elle reconnaît néanmoins que sa passion lui a permis de tenir malgré la pression, tout en déconseillant aux étudiants de se lancer dans l’entrepreneuriat sans préparation suffisante.
Au terme de son échange avec les étudiants, Elie Mbeki a résumé son expérience autour de trois principes : se former, s’exposer et être courageux.
La formation doit, selon elle, concerner aussi bien la gestion d’entreprise que la trésorerie, la communication, la prise de parole et la présentation de projets.
L’exposition permet ensuite de faire connaître son travail et de créer progressivement une réputation autour de son expertise. Enfin, le courage est indispensable pour accepter les premiers échecs, les critiques et les moments de doute.
Elie Mbeki a surtout voulu déconstruire l’image d’un entrepreneuriat fait uniquement de récompenses et de réussites. Derrière les distinctions et la visibilité se trouvent des années de travail, d’autofinancement, de formation, de recherche d’opportunités et de persévérance.
Son témoignage dans la rubrique « Zua Mayele » aura ainsi permis aux étudiants de comprendre que l’entrepreneuriat ne se résume pas à avoir une bonne idée. Il exige également de se former, de passer à l’action, de construire sa crédibilité et de savoir transformer progressivement une idée en une activité capable de trouver sa place sur le marché.
Lydia Mangala


