La deuxième journée de la deuxième édition de la Semaine de l’Étudiant s’est poursuivie ce mardi 11 août au Silikin Village, à Kinshasa, avec un colloque placé sous le thème « Former pour produire : connecter l’université à l’économie ». Modérée par Da Kate Boluwa et Sony Ngandu, ce colloque visait à réfléchir sur comment faire de la formation universitaire un véritable levier de création de valeur et d’opportunités pour les jeunes.
Parmi les intervenants, Lénine Okana, directeur général adjoint du Fonds de garantie de l’entrepreneuriat au Congo (FOGEC), a particulièrement insisté sur la nécessité pour les étudiants de repenser leur rapport à l’emploi et à l’entrepreneuriat.
Face aux étudiants, le DGA du FOGEC a défendu une vision de l’avenir professionnel fondée sur l’initiative et la capacité à répondre aux besoins de la société.
« Je vous invite, vous les entrepreneurs en herbe, les personnes, les étudiants qui ont du génie, à penser au-delà de la recherche d’emploi », a-t-il lancé.
Pour Lénine Okana, l’une des premières compétences d’un futur entrepreneur consiste à savoir observer son environnement afin d’identifier les problèmes auxquels il peut apporter une réponse.

« La solution, c’est quoi ? Observer les besoins dans votre quartier, dans votre commune et essayer de résoudre ces besoins », a-t-il expliqué.
Une démarche qui, selon lui, permet de transformer un besoin social en opportunité économique.
« Un business, c’est résoudre les attentes de la population en produits, en services, en ingénierie », a-t-il souligné.

L’intervention du responsable du FOGEC a également permis de présenter aux étudiants le rôle de cet établissement public dans l’accompagnement des entrepreneurs congolais.
L’un des principaux obstacles auxquels se heurtent les porteurs de projets reste, selon lui, l’accès au financement bancaire. Même lorsqu’un entrepreneur dispose d’un projet solide et d’un business plan convaincant, les garanties exigées par les banques peuvent constituer un frein important, particulièrement pour les jeunes qui ne disposent pas encore d’un patrimoine conséquent.
C’est précisément sur cette problématique que le FOGEC entend intervenir à travers son mécanisme de garantie.
Après analyse du projet et vérification de l’existence réelle de l’activité sur le terrain, l’institution peut accompagner l’entrepreneur auprès d’une banque et lui apporter une garantie destinée à faciliter l’accès au crédit.
« Le FOGEC est là pour répondre à cette question de garantie et aider les entrepreneurs à accéder à ce crédit », a expliqué Lénine Okana.

Il a toutefois rappelé que cette opportunité implique également une responsabilité. Le respect des échéances et le remboursement du crédit constituent des conditions essentielles pour permettre au mécanisme de garantie de bénéficier à d’autres entrepreneurs.
Lénine Okana a également partagé une partie de son parcours avec les participants, transformant son intervention en véritable témoignage destiné à inspirer les jeunes.
Fils d’un professeur d’université, il a raconté avoir grandi à une époque où les conditions matérielles des enseignants rendaient parfois difficile la vie quotidienne. Cette expérience l’avait initialement conduit à écarter l’idée de suivre la même carrière que son père.
Après ses études universitaires en Belgique, où il dit avoir notamment été confronté au racisme et aux difficultés d’adaptation, il décide finalement de rentrer en RDC.
« Quand j’ai terminé mon université, quand j’ai eu ma maîtrise en sciences économiques, je me suis dit que je ne pourrais pas vivre en Europe. Il faut que je rentre au Congo pour apporter l’expertise que j’ai pu acquérir », a-t-il raconté.
De retour à Kinshasa, il commence sa carrière à l’aéroport de N’Djili avant d’intégrer le secteur bancaire, où il passera près de dix ans. Son parcours le conduira ensuite au FOGEC, avec la volonté de mettre son expérience au service du secteur public.
« Je me suis dit : pourquoi pas ? Je vais travailler maintenant pour un établissement public pour amener à l’État mes compétences et apporter quelque chose à la construction de notre pays », a-t-il déclaré.

Un choix qui, selon son témoignage, avait suscité l’incompréhension de certains de ses proches.
« Beaucoup me traitaient de fou », a-t-il confié, expliquant qu’il avait pourtant choisi de croire dans la mission du FOGEC, alors encore jeune institution.
Lénine Okana a invité les étudiants à donner une direction claire à leur parcours.
« Il faut avoir un objectif, il faut savoir donner un sens à sa vie et être utile », a-t-il déclaré.
Reconnaissant que les parcours professionnels sont rarement linéaires, il a insisté sur la nécessité de croire en ses capacités et de persévérer malgré les difficultés.
« Ce n’est pas du tout facile. Il faut croire en soi et croire en Dieu qui nous a envoyés sur Terre pour une mission particulière », a-t-il ajouté.

Le DGA du FOGEC a ainsi voulu montrer que la formation universitaire ne doit pas seulement conduire à la recherche d’un poste, mais peut également devenir le point de départ d’une initiative, d’une entreprise ou d’une solution répondant aux besoins de la société.
Le colloque « Former pour produire : connecter l’université à l’économie » a ainsi mis en lumière l’un des défis majeurs auxquels fait face la jeunesse congolaise pour parvenir à transformer les connaissances acquises à l’université en compétences directement utiles à l’économie.
Pour les participants, l’enjeu dépasse donc la seule employabilité. Il s’agit également de favoriser l’émergence d’une génération capable d’identifier les besoins, de créer des activités, de mobiliser des financements et de contribuer à la transformation économique du pays.
Avec ce message, Lénine Okana a appelé les étudiants à ne plus se considérer uniquement comme de futurs demandeurs d’emploi, mais comme des acteurs capables de créer des solutions et de produire de la valeur.
Lydia Mangala


