Dans l’enceinte du Silikin Village de Kinshasa, les échanges ont pris une dimension particulière ce mardi 11 août 2026, à l’occasion de la deuxième journée de la deuxième édition de la Semaine de l’Étudiant.
Face à un public composé principalement de jeunes en quête de repères pour leur avenir professionnel, le colloque « Former pour produire : connecter l’université à l’économie », modéré par Da Kate Boluwa et Sony Ngandu, a placé la question de l’utilité du savoir au cœur des discussions. Parmi les intervenants, le vice-Premier ministre, ministre de l’Économie nationale et professeur d’université, Daniel Mukoko Samba, a livré un plaidoyer pour une formation capable de déboucher sur des solutions concrètes aux besoins de la société.
L’économiste a livré un plaidoyer pour une université davantage connectée aux réalités économiques et sociales du pays. De la nécessité de produire des solutions à l’adaptation aux mutations technologiques, en passant par l’entrepreneuriat et la connaissance du potentiel congolais, son intervention a invité les jeunes à transformer leurs connaissances et leurs rêves en actions concrètes.
Pour le professeur Daniel Mukoko Samba, l’université ne doit pas être réduite à un lieu où l’étudiant accumule des connaissances en vue de décrocher un diplôme. Elle doit constituer une période d’ouverture sur le monde et sur les problèmes auxquels la société est confrontée.

« Un diplôme n’est qu’une prétention de connaissance », a-t-il rappelé, soulignant que la véritable valeur de la formation universitaire se mesure notamment à la capacité de celui qui l’a reçue à être utile à sa communauté.
Prenant l’exemple des décès évitables liés notamment à l’accès à l’eau potable, le VPM de l’Économie nationale a invité les étudiants à regarder leur environnement avec un regard critique afin d’identifier les problèmes auxquels ils peuvent apporter des réponses.

« Le rôle de l’universitaire, le rôle de l’intellectuel, le rôle de l’économiste, c’est d’être utile à la société, c’est-à-dire d’agir, de produire », a-t-il déclaré.
Pour lui, cette capacité à transformer les connaissances en solutions concrètes doit devenir l’un des principaux critères permettant d’évaluer la contribution de l’universitaire à la société.

« C’est à ce critère que l’on va juger la valeur de l’universitaire, de l’intellectuel. Est-il capable de produire des solutions aux problèmes de sa communauté ? », a-t-il interrogé.
Daniel Mukoko Samba a également insisté sur le décalage qui peut exister entre les formations proposées par les établissements d’enseignement supérieur et les compétences recherchées par l’économie réelle.
Il a notamment évoqué le secteur de la construction à Kinshasa, où, malgré l’abondance de main-d’œuvre, les entreprises rencontrent des difficultés à trouver des travailleurs suffisamment qualifiés pour répondre aux exigences des grands projets immobiliers.
« Cette contradiction entre la disponibilité de la main-d’œuvre dans le pays et la rareté de la main-d’œuvre qualifiée, c’est un indicateur du fait que l’université, les instituts de formation ne livrent pas au monde du travail les compétences requises par le monde de l’entreprise », a-t-il estimé.

Dans un contexte marqué par l’accélération des innovations technologiques, le professeur appelle également les étudiants à ne pas attendre que les institutions de formation s’adaptent seules.
« L’intelligence artificielle, ce n’est pas quelque chose de demain, c’est quelque chose d’aujourd’hui », a-t-il insisté.

Il encourage ainsi les jeunes à développer leurs compétences numériques et à apprendre de manière autonome, notamment dans les domaines liés à l’intelligence artificielle.
« N’attendez pas que l’université s’adapte. Adaptez-vous vous-même », a-t-il lancé aux étudiants.

Il les a toutefois invités à utiliser ces outils pour renforcer leurs connaissances et leurs compétences, et non pour se substituer à leur travail académique.
Au cours de son échange avec les étudiants, Daniel Mukoko Samba a également raconté son propre parcours, depuis ses études à l’Université de Kinshasa jusqu’à ses responsabilités actuelles au sein du Gouvernement.
Étudiant en sciences économiques à l’UNIKIN, il explique avoir très tôt nourri l’ambition de devenir professeur d’université, plutôt que de faire carrière dans la politique.
« Je n’aspirais pas à une carrière politique. Je voulais devenir professeur d’université », a-t-il expliqué.
Il a évoqué les difficultés rencontrées au début de sa carrière académique, notamment lorsqu’une partie de ses anciens condisciples avait déjà intégré les banques, les cabinets d’audit et les entreprises publiques alors que lui avait choisi de poursuivre la recherche.
Son objectif sera finalement atteint dix ans après l’obtention de sa licence, lorsqu’il décroche son doctorat en 1993.
Pour illustrer l’importance de la détermination, il s’est appuyé sur une citation attribuée à Henry Ford :
« Les difficultés, ce sont toutes les choses effrayantes que l’on voit quand on a cessé de fixer son objectif », a-t-il rappelé.

« Dans la vie, il faut avoir un objectif. Si vous n’en avez pas, vous êtes une feuille volante que le vent va trimballer de gauche à droite, a-t-il ajouté.
Son parcours professionnel l’a ensuite conduit vers le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), avant son entrée dans les institutions publiques et gouvernementales.
Pour le VPM de l’Économie nationale, l’avenir professionnel des jeunes Congolais ne peut pas reposer uniquement sur la recherche d’un emploi.

Il les encourage à observer les besoins de leur environnement et à transformer ces besoins en opportunités économiques.
« Un business, c’est répondre à un besoin », a-t-il expliqué, appelant les étudiants à identifier les problèmes auxquels ils peuvent apporter une réponse.
Selon lui, l’État met progressivement en place un écosystème destiné à accompagner les entrepreneurs, mais la réussite nécessite également de croire en ses capacités et d’accepter les difficultés inhérentes à la création d’une entreprise.
« L’entrepreneuriat est une solution, je dirais, à la bureaucratie », a-t-il affirmé.
Il estime ainsi que la RDC doit progressivement passer d’un système qui forme principalement des demandeurs d’emploi à une dynamique dans laquelle les jeunes deviennent également des créateurs de valeur et d’emplois.

Daniel Mukoko Samba a également tenu à partager son optimisme sur les capacités des jeunes Congolais, en mettant en avant plusieurs expériences qui, selon lui, démontrent leur potentiel d’innovation.
Il a notamment raconté l’expérience de trois jeunes diplômés de l’ISTA qu’il a sollicités pour développer un système hydraulique destiné à acheminer l’eau vers une ferme.
Après avoir réussi ce premier projet, les jeunes ont conçu une microcentrale hydroélectrique fonctionnelle, dont plusieurs composants ont été fabriqués localement.
« Ils ont fait des études. Ils ont usiné les pièces. Et ils ont tout conçu. Ils ont construit. Ça fonctionne », a-t-il témoigné.

Pour le VPM, cette expérience démontre que les compétences existent en RDC et qu’elles doivent être davantage valorisées.
« Je crois dans le génie congolais », a-t-il déclaré devant les étudiants.
Il les a alors exhortés à ne pas laisser leurs ambitions au stade des idées.
« Ne dormez pas sur vos rêves. Vos rêves, faites-en des réalités », a lancé Daniel Mukoko Samba.
Évoquant les perspectives économiques de la RDC, le VPM a rappelé que le pays demeure confronté à un défi majeur : créer suffisamment d’emplois pour une population extrêmement jeune.
Avec un âge médian estimé à 16 ans, la RDC doit, selon lui, être capable de générer des millions d’opportunités économiques pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail.
Cette réalité impose également de diversifier les sources de croissance, alors que l’économie congolaise reste fortement dépendante du secteur extractif.
« Il faut plus de croissance. Et il faut plus de croissance, il faut plus de sources de croissance », a-t-il souligné.
Le Gouvernement travaille notamment sur plusieurs filières prioritaires, dont l’agro-industrie, le bois et la transformation locale des produits miniers.
L’objectif est de créer davantage de valeur sur le territoire national et de multiplier les métiers et activités économiques autour des ressources disponibles en RDC.
Pour conclure son intervention, le VPM a invité les jeunes à mieux connaître la RDC, sa géographie, ses ressources, mais aussi ses contraintes.
« Une bonne façon de répondre vous-même à votre question, je vous recommanderais de mieux connaître le Congo », a-t-il conseillé.
Selon lui, connaître le Congo permet également de mieux comprendre les potentialités et les défis du pays.
« La géographie va vous montrer ce que le Congo peut offrir. Mais la géographie va également vous montrer quels sont les obstacles que, en tant que Congolais, nous devons surmonter. »
Daniel Mukoko Samba a ainsi placé la connaissance, l’innovation, l’entrepreneuriat et l’adaptation au cœur de la transformation de l’université congolaise en vue de faire de la connaissance un outil capable de répondre aux besoins réels de la société et de créer de la valeur pour la RDC.
Lydia Mangala


