À l’occasion d’une intervention consacrée au réseautage comme levier d’opportunité en République démocratique du Congo, Christian Biaya, CEO de New Hope College, a partagé avec les jeunes son parcours, ses expériences universitaires et entrepreneuriales ainsi que les enseignements qui lui ont permis de transformer progressivement ses relations en véritables opportunités professionnelles. Pour lui, le réseautage ne se résume ni à accumuler des contacts ni à multiplier les poignées de main, il repose sur la crédibilité, la compétence, le sérieux et la capacité à entretenir des relations utiles.
Revenant sur ses années d’université, Christian Biaya explique que son premier réseau s’est construit autour d’un choix volontaire de s’entourer de personnes susceptibles de le tirer vers le haut. À l’UPC, il dit avoir rapidement compris l’importance de la fréquentation dans la construction de son parcours.

« Je me suis dit, pourquoi ne pas être intégré dans ce groupe-là ? Pourquoi ne pas être avec les gens qui font 16, 18, au lieu de mettre ici un groupe d’amis où il y en a 4, 3 ? », s’est-il questionné.
Cette prise de conscience l’amène à développer une relation avec des étudiants plus performants, auxquels il propose notamment des cours d’anglais gratuits. Une démarche qui lui permet non seulement de partager une compétence, mais aussi de gagner progressivement en crédibilité.
« Cela m’a permis aussi d’avoir un peu de valeur. Et cela m’a donné l’occasion de m’imposer », a-t-il expliqué.

Pour le CEO de New Hope College, l’université ne devrait pas être uniquement un espace consacré aux cours et aux examens. Elle constitue également un environnement privilégié pour développer des compétences, rencontrer des personnes et expérimenter des initiatives.
Il encourage ainsi les étudiants à sortir du cadre strict des auditoires lorsqu’une conférence, une activité professionnelle ou une occasion de rencontre peut leur apporter davantage d’expérience.
« Quand vous êtes étudiant, vous ne devez pas seulement rester dans l’auditoire », a-t-il exhorté.

C’est dans cette logique qu’il crée, avec d’autres étudiants, le Green Social Club, une initiative née d’un problème observé sur le campus, celui de l’accumulation des déchets dans les salles de classe. Le projet devient progressivement un espace d’apprentissage et de réseautage qui leur permet de développer des responsabilités, de contacter des partenaires et de rencontrer différentes institutions.
« Il suffit juste d’identifier un problème dans votre communauté. Moi, avec le Green, je m’étais juste rendu compte qu’après, chaque jour, nos salles de classe devenaient trop sales. Il y avait des bouteilles partout », a-t-il raconté.
Cette initiative ouvre notamment la porte à une collaboration avec l’ambassade des États-Unis. Une expérience qui, selon lui, démontre que les opportunités peuvent naître d’initiatives modestes lorsqu’elles sont portées avec sérieux.
L’un des enseignements majeurs de son intervention concerne la crédibilité. Pour Christian Biaya, aucune relation durable ne peut se construire sans la confiance que l’on inspire aux autres.
Il raconte notamment comment le Green Social Club avait obtenu un financement de plus de 6 000 dollars pour organiser une activité alors que ses membres étaient encore étudiants. La bonne gestion du financement et la qualité de l’organisation ont contribué à renforcer leur crédibilité auprès de leurs partenaires.
« Le réseautage commence même avant de rencontrer les personnes. C’est-à-dire qu’il faut avoir de la crédibilité », a-t-il insisté.

Interrogé sur la manière de construire cette crédibilité, il se montre particulièrement concret sur le fait qu’il faut commencer par les petites responsabilités et les honorer.
« C’est dans le sérieux qu’on met quand on travaille. Quand le cours doit commencer à 17h30, on commence à 17h30. On est ponctuel, on respecte les engagements et c’est ça qui fait quand même qu’on puisse avoir une crédibilité », a-t-il affirmé.
Pour lui, cette discipline dans les petites choses constitue précisément ce qui permet ensuite d’accéder à des responsabilités plus importantes.
Après ses études, Christian Biaya décide de revenir à une compétence qu’il avait développée depuis ses années scolaires : l’enseignement de l’anglais. Cette expérience donne naissance à New Hope College, aujourd’hui devenu un centre de formation connu notamment pour ses programmes d’anglais.
Mais l’entrepreneur insiste sur le fait que l’entreprise n’a pas commencé dans les conditions que l’on connaît aujourd’hui. Les premières formations se déroulaient dans des espaces modestes, avant même que l’établissement ne dispose de locaux dédiés.
« Nous avons commencé à bon marché dans une école. Il fallait attendre que les élèves puissent libérer l’école pour louer les salles. Généralement, il n’y avait pas de courant. Il fallait avoir des bougies, des torches. C’est comme ça que New Hope College a commencé », a-t-il témoigné.

Le réseau constitué au fil des années joue alors un rôle déterminant. Ses amis soutiennent les premières sessions, tandis que les recommandations permettent progressivement d’attirer de nouveaux apprenants.
Cette dynamique accompagne l’évolution de New Hope College, passé, selon son témoignage, de quelques étudiants à plus de 800 apprenants.
Face à une réalité du marché de l’emploi où les jeunes diplômés sont souvent confrontés à des offres exigeant déjà plusieurs années d’expérience, Christian Biaya invite les étudiants à ne pas attendre l’obtention du diplôme pour commencer à construire leur parcours professionnel.

« Pendant que vous êtes encore à l’université, c’est le moment de développer vos compétences. C’est le moment d’intégrer des organisations. Vous pouvez même les créer », a-t-il encouragé.
Pour lui, une association, un club, un projet communautaire ou une initiative entrepreneuriale peuvent devenir des espaces permettant d’acquérir les compétences que le marché du travail réclamera plus tard.
Il cite notamment le parcours d’une ancienne collaboratrice, qui avait commencé à travailler avec lui alors qu’elle venait à peine de terminer ses études. Après plusieurs années d’expérience, elle est devenue, selon son témoignage, une professionnelle compétente.
« Je pense qu’on doit juste donner la chance aux jeunes », a-t-il plaidé.

Christian Biaya invite également les jeunes à revoir leur manière de faire du réseautage. Multiplier les rencontres au cours d’un événement ne signifie pas nécessairement construire un réseau solide.
Il explique avoir lui-même évolué sur ce point. Alors qu’il cherchait auparavant à parler à tout le monde lors des activités de networking, il privilégie aujourd’hui quelques rencontres soigneusement choisies.
« Actuellement, quand je suis invité à une activité, je cible à peine trois ou quatre personnes », a-t-il confié.
Cette approche lui permet de privilégier la qualité des relations plutôt que leur quantité.

« Tu parles avec 50 personnes et tu rentres à la maison, tu te rends compte que tu n’as rien construit. Donc, il faut juste être conscient dans tous ces genres de moments », a-t-il conseillé.
Le CEO de New Hope College défend une conception du réseautage fondée sur la valeur, la réciprocité et la confiance. Pour lui, il ne suffit pas de chercher des personnes influentes lorsque l’on a besoin d’un emploi, d’un financement ou d’une opportunité. Il faut construire des relations bien avant que le besoin ne se présente.
Son expérience montre également que le réseau ne remplace pas les compétences. Il peut cependant permettre à celles-ci d’être visibles, exercées et transformées en opportunités concrètes.
Aujourd’hui, New Hope College poursuit son développement avec plusieurs formations allant au-delà de l’anglais, notamment autour des compétences numériques, de la bureautique et de la conduite. L’objectif est de répondre à des besoins identifiés dans la société et renforcer l’employabilité des jeunes.
En résumé, Christian Biaya, le réseau se construit par ce que l’on fait, la manière dont on le fait et la confiance que l’on inspire aux autres.
À l’issue de l’intervention, un tirage au sort a également été organisé afin d’offrir des formations gratuites de New Hope College. Cinq étudiants ont été retenus, dont quatre jeunes femmes et un jeune homme.
Les gagnants pourront choisir entre une formation d’anglais, gratuite du Level 1 au Level 6, ou une formation à l’auto-école afin de promouvoir l’accès des jeunes aux compétences utiles à leur parcours professionnel.
Lydia Mangala


