La deuxième édition de la Semaine de l’Étudiant a démarré ce lundi 10 août 2026 au Silikin Village de Kinshasa autour du thème « Études universitaires et capital humain à l’ère du numérique : se former, s’adapter, réussir ». Parmi les intervenants de cette première journée, Prisca Makila, ingénieure en électronique industrielle, inventrice de la KimBox et directrice générale de Kim Engineering, a partagé avec les étudiants un parcours marqué par l’innovation, les doutes, les critiques, mais surtout la persévérance.
Modérée par Sony Ngandu et Ketsia Boluwa, la rencontre a permis à l’entrepreneure de revenir sur une aventure qui a commencé alors qu’elle était encore étudiante.
C’est sur les bancs de l’université que Prisca Makila dit avoir commencé à transformer une problématique quotidienne en projet entrepreneurial. Son invention, la Kimbox, est une logette intelligente conçue pour faciliter la gestion de l’électricité domestique, notamment en automatisant certaines opérations et en permettant un contrôle à distance grâce à une application.
Mais derrière cette innovation, c’est surtout une histoire de conviction que l’ingénieure a voulu transmettre aux étudiants.
Prisca Makila raconte avoir développé la KimBox alors qu’elle était encore en troisième année. Ce qui n’était au départ qu’un projet étudiant a progressivement pris une autre dimension, jusqu’à devenir une entreprise employant directement plusieurs personnes.
Elle affirme aujourd’hui avoir reçu plus de 26 distinctions nationales et internationales dans le domaine de la technologie.
Pour elle, le passage de l’idée au produit exige toutefois beaucoup plus qu’une bonne invention. Il faut accepter de travailler, d’apprendre et surtout de persévérer malgré les obstacles.
« Croyez en votre vision et posez des actions pour y arriver », a-t-elle lancé aux étudiants.

L’entrepreneure a également évoqué les difficultés financières rencontrées au début de son parcours. Alors qu’elle estimait avoir besoin de quelques milliers de dollars pour tester son prototype, le développement et la production de la première Kimbox ont finalement nécessité des moyens beaucoup plus importants.
Elle raconte notamment avoir convaincu un investisseur après une présentation de seulement quelques minutes, sans même pouvoir présenter son prototype.

« Juste ma façon de parler, je l’ai convaincu. Et il a investi à hauteur de 1,2 million de dollars », a-t-elle relaté.
Selon elle, cette expérience illustre une réalité importante pour les jeunes entrepreneurs : une idée ne devient une solution que lorsqu’elle est accompagnée d’une véritable capacité d’exécution.

Au cours de son intervention, Prisca Makila a également parlé des doutes et des moqueries auxquels elle a été confrontée lorsque son projet n’était encore qu’une initiative universitaire.
Certains considéraient alors son invention comme un simple projet d’étudiante qui ne pourrait pas aller très loin.
Aujourd’hui, Kim Engineering compte, selon ses déclarations, 18 employés directs et plus d’une centaine d’ambassadeurs indirects.
« Ceux qui me critiquaient hier m’applaudissent aujourd’hui », a-t-elle déclaré, invitant les étudiants à ne pas mesurer la valeur de leur projet uniquement au regard des réactions immédiates de leur entourage.

Selon elle, les critiques peuvent accompagner les premiers pas d’une ambition, mais elles ne doivent pas déterminer sa destination.
« Ils vont dire : « Ah, c’est rien. C’est ridicule » jusqu’à ce que ça marche », a-t-elle insisté.
Une partie importante de son intervention a été consacrée aux stéréotypes auxquels elle a été confrontée en tant que femme dans un secteur technologique largement dominé par les hommes.

Elle raconte avoir souvent été sous-estimée en raison de son apparence ou simplement parce qu’elle était une femme évoluant dans l’ingénierie et l’innovation.
Pour elle, la meilleure réponse à ces préjugés reste la compétence.
« La compétence tue la question du genre », a-t-elle martelé.

Prisca Makila estime qu’une femme qui évolue dans un environnement professionnel dominé par les hommes doit parfois redoubler d’efforts pour démontrer ses capacités. Mais elle refuse d’en faire une fatalité.
« Peu importe de quel genre vous êtes, quand on découvre que vous êtes compétente ou compétent, les gens seront obligés de travailler avec vous », a-t-elle soutenu.
À travers son propre parcours, elle veut ainsi montrer aux étudiantes qu’elles peuvent investir les domaines scientifiques, technologiques et entrepreneuriaux sans se laisser enfermer dans les stéréotypes.
Pour Prisca Makila, l’université ne doit pas seulement être un lieu où l’on accumule des connaissances en vue d’obtenir un diplôme. Elle doit aussi permettre aux jeunes d’identifier les problèmes de leur environnement et de réfléchir aux solutions qu’ils peuvent y apporter.
Son expérience avec la KimBox repose précisément sur la démarche alliant un problème concret de départ, une solution imaginée, une vision développée et un travail pour la rendre réalisable.

« Idée, vision, action », résume-t-elle.
L’ingénieure a ainsi invité les étudiants à ne pas attendre d’avoir toutes les ressources avant de commencer. Le parcours entrepreneurial, selon elle, se construit progressivement, avec les moyens disponibles, les apprentissages et les rencontres.
Son intervention aura finalement demontré qu’avoir une idée ne suffit pas. Il faut croire en elle, développer ses compétences et surtout accepter de travailler jusqu’à lui donner une existence réelle.
Lydia Mangala


