Le dossier financier opposant le Tout-Puissant Mazembe à l’État congolais connaît un nouvel épisode. Interrogé lors d’un Space X coanimé par Stanis Bujakera et Japhet Toko, le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, a livré sa version concernant les 16 millions de dollars que le club de Lubumbashi affirme attendre du gouvernement.
Pour le ministre, le montant avancé par le club ne peut pas être considéré automatiquement comme une dette exigible. Didier Budimbu établit plutôt une distinction entre une subvention publique et une dette officiellement reconnue par l’État.
« Subventionner une équipe n’est pas une dette », a-t-il expliqué, rappelant que l’État congolais peut accompagner financièrement les clubs engagés dans des compétitions nationales et internationales. Cette intervention doit toutefois, selon lui, respecter les procédures administratives et financières en vigueur.
Le gouvernement réclame des justificatifs
Au cœur du désaccord figure notamment la question des pièces justificatives. Didier Budimbu estime que l’État ne peut pas valider une demande financière sur la seule base d’une correspondance adressée par un club.
Le ministère attend notamment des documents permettant d’établir précisément les dépenses engagées, notamment les billets d’avion, les factures d’hébergement, les frais de déplacement et autres charges liées aux compétitions.
Pour le ministre, ces éléments constituent un préalable indispensable à tout engagement financier de l’État. Sans ces justificatifs, le dossier ne peut suivre normalement la chaîne de la dépense publique, qui implique notamment le ministère des Finances.
« Ce n’est pas qu’en écrivant une lettre que voilà, on a dépensé autant, vous me devez autant, que nous allons engager », a insisté Didier Budimbu.
Le ministre assure toutefois que la porte n’est pas fermée au TP Mazembe. Il invite simplement le club à compléter son dossier afin que les autorités puissent examiner les dépenses et vérifier les montants réclamés.
Didier Budimbu rejette l’idée d’un traitement particulier
Dans son intervention, le ministre a également voulu écarter l’idée d’un traitement particulier accordé au TP Mazembe. Didier Budimbu rappelle que plusieurs clubs congolais sollicitent régulièrement l’accompagnement financier de l’État.
Il a notamment cité le cas du DCMP, qui aurait récemment bénéficié d’un appui compris entre 600 000 et 700 000 dollars pour contribuer au règlement de ses arriérés envers certains entraîneurs.
Pour le ministre, cet exemple démontre que l’État peut intervenir lorsqu’une demande est correctement introduite et que les conditions administratives sont réunies.
Le message adressé au club de Lubumbashi est donc clair : le gouvernement se dit disposé à examiner la revendication, mais demande au préalable des éléments permettant de justifier les montants réclamés.
Mazembe maintient sa revendication
De son côté, le TP Mazembe continue de considérer ces 16 millions de dollars comme des sommes correspondant à plusieurs années de prise en charge gouvernementale non versée.
Frédéric Kitengie Kinkumba, secrétaire général du club, avait récemment relancé le dossier en rappelant que plusieurs responsables gouvernementaux avaient déjà promis de régler cette situation, sans qu’un dénouement ne soit trouvé.
Selon lui, le montant réclamé correspondrait à environ cinq à six années de prise en charge que le club estime ne pas avoir perçue.
Cette revendication alimente désormais un bras de fer qui dépasse la simple question comptable. D’un côté, Mazembe réclame le règlement de ce qu’il considère comme un engagement financier de l’État. De l’autre, le gouvernement exige des pièces justificatives avant toute reconnaissance officielle d’une éventuelle créance.
Le dossier reste entre les mains des justificatifs
Didier Budimbu a également invité le TP Mazembe à rendre son dossier public lorsqu’il sera complet, afin que le débat puisse se dérouler sur le terrain de la transparence plutôt que sur celui des accusations réciproques.
Le dossier reste donc ouvert. Le gouvernement ne nie pas sa volonté d’accompagner les clubs congolais, mais refuse d’engager des fonds publics sans validation administrative et financière.
Pour le TP Mazembe, la prochaine étape consiste désormais à présenter les éléments réclamés par le ministère. Pour l’État, il s’agit de vérifier les dépenses et de déterminer, sur cette base, si une intervention financière peut être engagée.
Les 16 millions de dollars restent ainsi au cœur d’un différend entre la revendication d’un grand club congolais et les exigences de la gestion des finances publiques.
Josaphat Mayi


