Pour la première fois depuis l’assassinat de l’entrepreneur sportif Vally Amisi, tué en avril dernier dans un hôtel de Kinshasa, le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, a publiquement livré sa version des faits. Invité, mercredi, dans un Space animé par le journaliste Stanis Bujakera, le membre du gouvernement est revenu en détail sur sa relation avec la victime, les marchés publics évoqués dans ce dossier et les rumeurs circulant sur les réseaux sociaux.
Face aux nombreuses interrogations suscitées par cette affaire, Didier Budimbu a d’abord retracé les débuts de sa collaboration avec Vally Amisi. Selon lui, leur relation est née à la faveur d’un premier marché de faible montant portant sur la réhabilitation de son bureau ainsi que de la loge présidentielle du Stade des Martyrs.
Le ministre affirme que ces travaux, réalisés dans le cadre des procédures internes du ministère, sans nécessité d’approbation de la Direction générale du contrôle des marchés publics (DGCMP), lui ont permis d’évaluer le savoir-faire du jeune entrepreneur.
« C’était une manière de voir si ce jeune Congolais était capable de réaliser un travail de qualité avant d’envisager de lui confier d’autres projets », a-t-il expliqué, rappelant que la fresque représentant un léopard dans les escaliers de la loge présidentielle avait également été réalisée par Vally Amisi.
Didier Budimbu soutient que cette première collaboration a progressivement rapproché les deux hommes. Il affirme que Vally Amisi avait ensuite adhéré à son parti politique, Autre Vision du Congo (AVC), convaincu par son engagement en faveur de la jeunesse.
Le ministre a ensuite abordé le dossier le plus sensible : la réhabilitation de la pelouse du Stade des Martyrs.
Depuis plusieurs mois, des publications sur les réseaux sociaux évoquent un supposé rôle d’intermédiaire joué par Vally Amisi dans ce chantier. Didier Budimbu réfute catégoriquement cette version.
Selon lui, l’entrepreneur souhaitait effectivement intervenir comme intermédiaire entre le ministère et une entreprise sud-africaine spécialisée. Toutefois, il affirme que les autorités lui ont demandé de traiter directement avec cette société afin d’éviter toute intermédiation.
« Nous sommes allés en Afrique du Sud et le contrat a été signé directement avec cette entreprise, qui réalise aujourd’hui les travaux », a-t-il déclaré.
Le ministre a également révélé que le plus important contrat destiné à Vally Amisi concernait, en réalité, la réhabilitation du stade Lumumba de Kisangani. Il assure que le dossier avait bien été constitué, mais que son approbation administrative est intervenue après le décès de l’entrepreneur.
« C’est regrettable », a-t-il reconnu, précisant avoir partagé cette information avec la famille du défunt.
Didier Budimbu a aussi expliqué le mécanisme financier mis en place pour la rénovation du Stade des Martyrs. Selon lui, les lenteurs administratives liées au décaissement des fonds publics ont conduit le ministère à recourir à un système de préfinancement, avec l’appui de plusieurs membres du gouvernement, afin de permettre le démarrage rapide du chantier. Il affirme que les paiements à l’entreprise sud-africaine ont ensuite été effectués en plusieurs tranches, entre décembre dernier et ces dernières semaines.
« Je ne connais pas le présumé assassin »
Interrogé sur les nombreuses accusations relayées sur les réseaux sociaux, Didier Budimbu s’est montré catégorique. Le ministre assure ne connaître ni le principal suspect interpellé récemment à Brazzaville, ni les personnes qui tentent, selon lui, d’établir un lien entre son nom et l’assassinat de Vally Amisi.
« Nous parlons d’une personne qui a été assassinée et dont la famille souffre. Nous aussi, nous souffrons. Je ne connais pas le présumé assassin et je n’ai absolument rien à me reprocher. La justice fera son travail », a-t-il déclaré.
Il a également dénoncé ce qu’il considère comme une campagne de désinformation alimentée par des accusations de détournement, de contrats fictifs et d’enrichissement illicite.
« On voit des personnes utiliser les réseaux sociaux pour détruire la réputation des autres. Je ne répondrai pas aux rumeurs. Je continuerai à faire mon travail, convaincu que la vérité finira par triompher », a conclu le ministre.
L’assassinat de Vally Amisi, entrepreneur actif dans le secteur des infrastructures sportives, avait profondément marqué le monde du sport congolais. Plusieurs mois après les faits, l’enquête judiciaire se poursuit afin d’établir les circonstances exactes de sa mort et les éventuelles responsabilités.
Josaphat Mayi


