Sous pression après l’abandon du projet FIFA Forward Enterprise (FFE), Gianni Infantino tente de reprendre l’initiative. Le président de la FIFA a convoqué, ce mercredi, une réunion de travail au Complexe Mohammed VI de Salé, près de Rabat, dans un contexte de contestation grandissante autour de sa gouvernance, à moins d’un an du congrès électif de 2027.
Officiellement, la FIFA n’a pas détaillé l’ordre du jour de cette rencontre. Son calendrier, en revanche, ne laisse guère de place au hasard. L’instance mondiale du football traverse une période de fortes turbulences depuis l’abandon du projet FIFA Forward Enterprise, une réforme stratégique portée personnellement par Gianni Infantino.
Ce projet visait à créer une société commerciale dont une partie du capital aurait été ouverte à des investisseurs privés. L’objectif était de lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars afin d’accélérer le financement du développement du football mondial. La structure envisagée était valorisée à près de 20 milliards de dollars.
Mais l’initiative s’est rapidement heurtée à une opposition ferme. Plusieurs confédérations, notamment l’UEFA et la Concacaf, ainsi que de nombreuses fédérations nationales, ont dénoncé un manque de concertation et exprimé leurs inquiétudes quant à l’avenir du modèle économique de la FIFA. Face à cette fronde, Gianni Infantino a finalement renoncé à son projet.
Ce recul n’a toutefois pas suffi à apaiser les tensions. La crise s’est prolongée au sein même de la direction de la FIFA. Carlos Cordeiro, proche conseiller du président, a quitté ses fonctions pour marquer son désaccord avec la réforme. D’autres personnalités influentes de l’organisation, parmi lesquelles le directeur général Kevin Lamour, le secrétaire général Mattias Grafström et Arsène Wenger, auraient également exprimé leurs réserves.
Les critiques dépassent désormais le seul dossier FIFA Forward Enterprise. Elles visent plus largement le mode de gouvernance du président de la FIFA. Le prince Ali Al Hussein, ancien candidat à la présidence de l’institution, a notamment accusé l’entourage de Gianni Infantino d’avoir exercé des pressions sur certaines associations membres, dénonçant une situation qu’il a qualifiée de « chantage ».
À ce stade, aucune procédure officielle visant à destituer Gianni Infantino n’a été engagée. L’avenir du dirigeant suisse devrait donc se jouer lors du congrès électif prévu en mars 2027 à Rabat.
Pour espérer conserver son poste, Gianni Infantino devra obtenir la majorité des suffrages des 211 fédérations membres de la FIFA. Bien qu’il bénéficie encore d’un solide soutien sur le continent africain, plusieurs associations européennes, asiatiques et nord-américaines ont progressivement pris leurs distances.
Dans ce contexte, la réunion organisée au Maroc apparaît comme une étape importante. Au-delà des discussions internes, elle devrait permettre au président de la FIFA de resserrer les rangs, de restaurer la confiance de ses collaborateurs et de préparer une campagne qui s’annonce plus incertaine que jamais.
Josaphat Mayi


