Face à l’aggravation de la crise sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), les députés européens belges Elio Di Rupo et Hilde Vautmans appellent l’Union européenne à sortir de son silence. Ils réclament des sanctions ciblées contre les responsables de la déstabilisation, notamment Joseph Kabila et les dirigeants rwandais accusés de soutenir le M23, ainsi qu’un renforcement de l’aide humanitaire aux populations affectées.
La situation sécuritaire dans l’Est de la RDC suscite de nouvelles inquiétudes au sein du Parlement européen. Dans un communiqué de presse, Elio Di Rupo, membre du groupe des Socialistes et Démocrates (S&D), et Hilde Vautmans, du groupe Renew Europe, dénoncent l’insuffisance de la réaction européenne face à un conflit qui perdure depuis plus de trente ans.

Les deux élus belges estiment que la crise congolaise ne bénéficie pas de la même attention internationale que d’autres conflits, notamment celui en Ukraine. Ils rappellent que des millions de Congolais continuent de subir les conséquences des violences armées, des déplacements forcés et de l’insécurité alimentaire.
« Les vies congolaises ont la même valeur que les vies ukrainiennes. L’Europe doit sortir de son silence », insistent-ils, appelant à une réponse européenne à la hauteur de la gravité de la situation.
Joseph Kabila et le FRN : une nouvelle source d’inquiétude
L’annonce de la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), présenté dans le communiqué comme un mouvement politico-militaire incluant le M23, constitue, selon les deux députés, une évolution particulièrement préoccupante.
Ils reprochent à l’ancien président congolais Joseph Kabila de s’associer à une dynamique armée visant à remettre en cause le pouvoir établi à Kinshasa. Cette évolution, estiment-ils, risque d’aggraver davantage les tensions politiques et sécuritaires dans le pays.
Pour Elio Di Rupo et Hilde Vautmans, le recours à la force pour conquérir le pouvoir représente une menace qui dépasse les seuls territoires affectés par les combats dans l’Est. La stabilité de l’ensemble de la RDC, mais aussi celle de la région des Grands Lacs, pourrait en être affectée.
Dans ce contexte, les deux parlementaires plaident pour des sanctions ciblées contre Joseph Kabila et les responsables de son mouvement, considérant que la communauté internationale doit envoyer un signal clair face à toute nouvelle escalade.
Le Rwanda appelé à respecter l’accord de Washington
Le rôle du Rwanda dans le conflit figure également au centre des préoccupations exprimées par les deux élus européens. Ils dénoncent le soutien attribué à Kigali au M23 et appellent le président rwandais, Paul Kagame, à respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord de Washington du 27 juin 2025.
Cet accord prévoit notamment des engagements relatifs à la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), au désengagement des forces rwandaises du territoire congolais et à la levée des mesures défensives rwandaises.
Pour les deux députés, ces obligations sont interdépendantes et doivent être exécutées de manière coordonnée, intégrale et vérifiable.
Ils demandent ainsi à l’Union européenne de soutenir un mécanisme de vérification indépendant et d’exiger le respect de l’ensemble des engagements pris. Des sanctions ciblées devraient également viser, selon eux, les responsables rwandais impliqués dans le soutien au M23.
« Un accord de paix ne peut être appliqué à la carte », soulignent-ils, insistant sur la nécessité de traduire les engagements diplomatiques en mesures concrètes.
L’Union européenne appelée à passer des paroles aux actes
Au-delà des condamnations diplomatiques, Elio Di Rupo et Hilde Vautmans estiment que l’Union européenne doit mobiliser davantage ses leviers politiques et diplomatiques pour contribuer à la désescalade.
Ils réclament notamment des sanctions ciblées contre les acteurs qu’ils considèrent comme responsables de la déstabilisation de la RDC, tout en plaidant pour une intensification de l’assistance humanitaire.
Les deux parlementaires rappellent qu’environ 18,5 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire en RDC, tandis que 26,5 millions sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Ils évoquent également jusqu’à 6,4 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, selon les estimations des Nations unies citées dans leur communiqué.
Ces chiffres illustrent, selon eux, l’urgence d’une mobilisation internationale plus soutenue en faveur des populations civiles, particulièrement exposées aux conséquences des affrontements dans l’Est du pays.
La crédibilité européenne en question
Pour les deux élus belges, la réponse apportée à la crise congolaise constitue un test pour la crédibilité internationale de l’Union européenne. Ils considèrent que la défense des accords de paix et du droit international doit s’accompagner de mesures concrètes lorsque les engagements pris ne sont pas respectés.
Ils insistent également sur le droit du peuple congolais à vivre en paix, à voir la souveraineté de son pays respectée et à bénéficier de garanties de sécurité durables.
À travers cette prise de position, Elio Di Rupo et Hilde Vautmans exhortent donc les institutions européennes à adopter une position plus ferme face à la crise dans l’Est de la RDC.
Leur message est sans équivoque : l’Europe ne peut pas se contenter de condamner les violences. Elle doit agir diplomatiquement, exercer une pression sur les acteurs concernés et renforcer son soutien humanitaire pour contribuer à une paix durable en République démocratique du Congo.
Joséphine Mawete


