Faire de la créativité une activité économiquement viable suppose de savoir financer ses projets, construire une marque cohérente, séduire les consommateurs et conquérir de nouveaux marchés. Ces enjeux ont marqué le Focus Day du Portail des Industries Créatives et Culturelles (PICC), organisé le samedi 31 octobre 2026 à Momento House, à Kinshasa, autour de la mode, de la beauté et de l’art de vivre, avec Gloire Ngamuna comme speaker.
À travers trois ateliers et deux panels, cette rencontre a réuni des professionnels de la banque, du marketing, de la mode et de la communication autour des défis auxquels font face les entrepreneurs et les acteurs des industries créatives.
Structurer son entreprise pour accéder au financement
Pour ouvrir le volet consacré à l’entrepreneuriat, Calvin Mukubuzi, responsable des produits PME et Corporates à Rawbank, a animé le premier atelier autour du thème « De l’idée au financement : par où commencer ? ». Il a rappelé qu’une idée entrepreneuriale doit répondre à un besoin réel et être transformée en une activité structurée avant de prétendre à un financement bancaire.
Il a notamment insisté sur la formalisation de l’entreprise, la tenue d’une comptabilité et l’évaluation de la capacité de remboursement. Il a également présenté différents mécanismes de financement adaptés aux PME, tout en mettant en garde contre les crédits disproportionnés.

« La banque ne finance pas des idées. La banque ne finance pas des projets. La banque finance des business implantés », a-t-il expliqué.
Construire une identité visuelle cohérente
Dans le deuxième atelier, consacré à la construction d’une marque désirable grâce à la direction artistique, Laëtitia Kandolo, fondatrice et directrice artistique de La Madrina, a présenté le moodboard comme un outil permettant de traduire une vision en un univers visuel compréhensible par les équipes et les partenaires d’un projet.
« C’est une manière de permettre à l’autre de pouvoir un peu rentrer dans votre tête », a-t-elle expliqué.

Elle a également souligné l’importance d’un brief précis, de la connaissance de la cible et de la collaboration entre les équipes créatives et techniques. Pour elle, la direction artistique doit concilier identité de marque, créativité et contraintes de production, sans tomber dans la simple reproduction de références existantes.
Transformer l’expérience client en décision d’achat
Le troisième atelier, animé par Tara Mpogazi, fondatrice du PICC et directrice Stratégie & Brand Experience chez Havas RDC, avec la participation d’Adriana Yala, Senior Makeup Artist chez M·A·C Cosmetics RDC, a porté sur la création d’une expérience de marque qui convertit.
Au moyen d’une démonstration pratique de maquillage, Adriana Yala a montré l’importance de comprendre les attentes du client avant de lui proposer un produit.

« La première des choses, c’est de poser des questions », a-t-elle souligné.
Tara Mpogazi a, pour sa part, présenté la méthode CLIC pour structurer la démonstration commerciale. Elle a insisté sur la nécessité de rendre les bénéfices du produit visibles et compréhensibles afin de susciter l’achat et de favoriser la fidélisation.
Préparer les marques congolaises à conquérir de nouveaux marchés
Du côté des panels, le premier, modéré par Jessy Kanda, Key Account Manager chez LAfricaMobile, s’est intéressé aux conditions permettant aux marques de dépasser le marché local.
À cette occasion, Jess Kilubukila, fondateur de KCP Kilubukila Ecosystem et membre du Yale Directors Forum Fellowship, a mis l’accent sur la qualité des produits, la maîtrise de la distribution et les contraintes logistiques liées à l’exportation. Il a rappelé que l’ambition internationale exige une offre fiable et une capacité à honorer les commandes.

Dans la même dynamique, responsable marketing d’une marque de mode internationale, Joelle Fotine a insisté sur le choix des destinations. Selon elle, les entrepreneurs doivent privilégier les marchés qui correspondent à leur positionnement et à leurs capacités, plutôt que de viser systématiquement les plus grands.
Pour sa part, Nicky Dimbenza Nzau, fondateur de Livro RDC et directeur général de NDN Consulting / ND Fashion Consulting, a, de son côté, souligné l’importance de tester son offre, d’étudier les habitudes de consommation et de construire des partenariats pour faciliter l’accès à de nouveaux réseaux commerciaux.

De son côté, Nadine Gonzalez, experte technique internationale mode et cheffe de projet IRMA, a abordé les exigences environnementales et les contraintes liées au changement d’échelle de production. Elle a également rappelé l’intérêt de préserver la singularité des créations, notamment à travers la rencontre entre modernité et héritage culturel.
Faire du consommateur le centre de la stratégie de marque
Dans le prolongement de ces réflexions, le deuxième panel, également modéré par Jessy Kanda, a porté sur la transformation d’un produit en marque de référence. Les échanges ont mis en avant la connaissance du consommateur, l’accessibilité de l’offre et la cohérence du positionnement.
À ce sujet, Eden Mbenga, Brand Manager d’Illicocash, a insisté sur l’identification des besoins et l’étude des habitudes de consommation avant le lancement d’un produit. Elle a également évoqué le sponsoring sportif comme moyen de toucher un public plus large et de créer une expérience autour de la marque.
Dans son intervention, Brunette Nsimba, Head of Marketing de Refriango, a rappelé que le produit doit répondre aux attentes du public en matière de qualité, de prix et de disponibilité. Elle a notamment souligné que l’identité d’une marque ne se limite pas à son logo ou à sa visibilité.

« Le branding, ce n’est pas simplement l’affaire de nos logos, l’affaire de nos visibilités. C’est également dans la qualité de ce que vous avez à offrir », a-t-elle déclaré.
Pour sa part, Tony Badika, directeur commercial online de Premier Bet, cofondateur de Biloko et Head of Marketing de Pizza Inn, a mis l’accent sur l’accessibilité des produits et la nécessité de tenir compte du pouvoir d’achat des consommateurs. Il a notamment évoqué la démocratisation de certaines offres pour toucher une clientèle plus large.
Également présente dans ce panel, Laëtitia Kandolo a insisté sur l’adaptation des produits, des prix et des messages aux différentes catégories de consommateurs. Elle a également rappelé que la présence physique sur le terrain reste importante pour transformer l’intérêt suscité en achat.
« La communauté digitale, c’est un complément. Mais pour moi, le plus important, c’est vraiment de pouvoir passer à l’achat », a-t-elle souligné.
Leanne Kadima, Talent Management & Brand Strategy chez Anemone Influence, a, quant à elle, abordé le rôle des artistes et des créateurs de contenu dans la communication des marques. Elle a insisté sur la nécessité de choisir des personnalités en adéquation avec la cible et d’adapter les campagnes internationales aux réalités locales, sans dénaturer l’identité globale de la marque.
Le PICC entend inscrire les industries créatives dans l’économie
À la clôture de la journée, Tara Mpogazi a rappelé la vocation du PICC, qui est de contribuer à transformer les industries culturelles et créatives en véritables activités économiques.
« Le PICC a pour vocation de transformer les industries culturelles et créatives en économie », a-t-elle déclaré.
Elle a invité les participants à partager leurs préoccupations, leurs idées et les sujets qu’ils souhaitent approfondir lors des prochaines rencontres.
Elle a également annoncé la tenue des Focus Day chaque dernier samedi du mois, à l’exception de décembre. Le prochain rendez-vous est fixé au 28 novembre 2026 autour des économies créatives.
Par ces rencontres, le PICC entend poursuivre les échanges et l’apprentissage entre professionnels, afin de donner aux acteurs créatifs des outils pour structurer leurs activités, développer leurs marques et mieux valoriser leur potentiel économique.
Lydia Mangala


