Du 29 au 30 octobre 2026, le Conseil national de la jeunesse de la RDC (CNJ-RDC), en partenariat avec le ministère de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique et ONU Femmes, a organisé le Forum national de la jeune fille dans la salle du gymnase de la Police nationale congolaise, à Kinshasa.
Placée sous le thème « La jeune fille congolaise, socle de la paix et de la cohésion sociale, investir dans son leadership, c’est sécuriser l’avenir de la RDC », cette rencontre a notamment permis à Christenvie Melly, vice-présidente chargée du genre au CNJ-RDC, de présenter les enjeux de la paix et de la cohésion nationale, ainsi qu’une feuille de route en faveur de la jeune fille.
La paix dans l’Est, une préoccupation qui concerne toute la nation
Dès son mot de bienvenue, Christenvie Melly a situé les échanges dans le contexte de l’insécurité persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Elle a évoqué les familles séparées, les enfants privés de perspectives, les violences sexuelles et les jeunes filles dont la sécurité, l’éducation et la dignité sont menacées par les conflits.
« Face à cette réalité, notre message est clair : il faut que cette guerre qui nous est imposée cesse au plus vite », a-t-elle déclaré
Elle a ensuite rappelé que la paix ne pouvait se limiter à une déclaration d’intention.
« Mais la paix ne se décrète pas seulement. Elle se construit. Et elle se construit avec les jeunes filles », a-t-elle insisté.
La diversité congolaise, une richesse à préserver
Outre la situation sécuritaire dans l’Est, la vice-présidente du CNJ-RDC a appelé à une prise de conscience collective face aux divisions communautaires. Elle a invité les jeunes filles des 26 provinces et de la diaspora à faire de leur diversité culturelle une force, plutôt qu’un motif de séparation.
« Notre diversité, qu’elle soit culturelle ou communautaire, constitue une richesse et non un motif de division. Que nous venions de l’Est, de l’Ouest, du Nord ou du Sud de la RDC, nous appartenons à une même nation », a-t-elle rappelé.

Pour Christenvie Melly, les souffrances vécues par les jeunes filles dans une partie du territoire national doivent concerner toute la jeunesse congolaise. Elle a ainsi appelé au rejet des discours de haine et de l’instrumentalisation de la jeunesse, tout en encourageant la solidarité, le dialogue et le vivre-ensemble.
« La souffrance d’une jeune fille de n’importe quel coin du pays doit interpeller toute la jeunesse congolaise. Nous devons rejeter les discours de haine, combattre les divisions et promouvoir la solidarité, le dialogue et la cohésion nationale. Ainsi, nous ne serons plus victimes de guerre, mais actrices incontournables de paix », a-t-elle souligné.
Un message de solidarité a également été adressé aux jeunes filles de l’Est, dont les droits à la sécurité, à l’éducation et à un avenir digne doivent, selon elle, mobiliser l’ensemble de la nation.
Une feuille de route pour faire de la jeune fille une actrice de paix
À la clôture du forum, Christenvie Melly a présenté une feuille de route construite à partir des réalités vécues par les jeunes filles, particulièrement dans les zones affectées par les conflits. Déplacements forcés, ruptures scolaires, violences basées sur le genre et atteintes à la dignité constituent autant de défis auxquels ce document entend apporter des réponses.
« La feuille de route que je présente aujourd’hui n’est pas née dans le confort des salles de réunion. Elle est née des réalités que vivent nos jeunes filles, dans un contexte sécuritaire qui continue de meurtrir notre pays, particulièrement dans l’Est de la République », a-t-elle expliqué.
Elle a placé la cohésion nationale au centre de cette démarche, la présentant comme un héritage collectif dont la préservation engage toutes les générations.

« La cohésion nationale n’est pas un slogan. C’est ce qui fait qu’un pays tient debout malgré les épreuves. C’est ce qui permet à des communautés différentes de vivre ensemble, de se respecter et de construire un avenir commun. C’est l’héritage de nos ancêtres, et nous n’avons pas le droit de le dilapider », a-t-elle déclaré.
La feuille de route s’articule autour de quatre axes notamment la protection et la promotion des droits de la jeune fille, sa participation aux processus de paix et de sécurité, son autonomisation économique et son accès aux opportunités, ainsi que la mise en place de mécanismes de suivi et d’évaluation.
Le deuxième axe accorde une attention particulière à l’implication des jeunes filles dans la prévention et la résolution des conflits, la consolidation de la cohésion nationale et les instances de décision.
« Celles qui vivent la guerre sont aussi celles qui savent ce que la paix exige », a affirmé Christenvie Melly, défendant leur participation effective aux décisions qui concernent l’avenir du pays.
La paix durable passe aussi par l’autonomisation
Pour la vice-présidente chargée du genre au CNJ-RDC, la construction de la paix ne peut être dissociée des conditions de vie des jeunes filles. L’éducation, la formation professionnelle, le numérique et l’entrepreneuriat figurent ainsi parmi les leviers retenus pour leur offrir des perspectives et réduire leur exposition à la précarité et à la violence.
« La paix ne se construit pas seulement avec des armes déposées, mais avec des estomacs nourris, des esprits formés et des avenirs ouverts », a-t-elle lancé.
Elle a également insisté sur la nécessité de mettre en place un mécanisme de suivi pour transformer les recommandations du forum en réalisations concrètes.
« Les promesses sans suivi sont des trahisons silencieuses », a-t-elle prévenu, soulignant que chaque engagement devait produire des résultats tangibles, mesurables et visibles sur le terrain.
Des recommandations à transformer en engagements concrets
Ce forum a réuni des jeunes filles des 26 provinces et de la diaspora, des institutions et des organisations de la société civile. Modérés par Ronaldo Muyumbu Matata, conseiller en matière d’emploi et d’entrepreneuriat au CNJ, les travaux ont permis de porter la question de la paix et de la cohésion nationale au cœur des réflexions sur l’avenir de la jeune fille congolaise.
Par cette feuille de route, Christenvie Melly défend une vision dans laquelle la jeune fille ne doit plus être reléguée au rang de victime des conflits, mais pleinement reconnue comme actrice de dialogue, de solidarité et de paix.
Elle a donc lancé un appel aux autorités, aux partenaires et aux organisations de jeunesse à traduire les recommandations en actions concrètes, pour que l’unité nationale se construise aussi avec celles qui porteront demain l’héritage du pays.
Lydia Mangala


