Lors du forum national de la jeune fille, le professeur d’universités, expert stratégique, pasteur et formateur en leadership, le docteur Silas Mimile Makangu, a développé sa conception du leadership devant les participantes. Pour lui, diriger ne consiste pas simplement à occuper une fonction ou une position hiérarchique, mais à se préparer, servir et incarner les valeurs que l’on souhaite transmettre aux autres.
Le leadership se construit avant de s’exercer
Pour Silas Makangu, certaines personnes naissent avec des aptitudes naturelles qui peuvent faciliter l’exercice du leadership. Toutefois, ces qualités ne suffisent pas à faire d’elles des leaders. Le leadership exige une préparation consciente et une construction personnelle.
« On naît avec certaines qualités, mais on devient leader », a-t-il expliqué.
Il a rappelé que le leadership n’est ni un événement ni une fonction temporaire, mais une véritable architecture qui se prépare et se construit intentionnellement.
Selon lui, les véritables leaders ne courent pas après les postes. Ils se distinguent plutôt par leur capacité à servir et à contribuer au bien-être collectif.
« Le leader, c’est celui qui contribue le plus au bien-être d’un plus grand nombre de personnes », a-t-il souligné.
Il a également insisté sur l’importance de l’intégrité dans l’exercice des responsabilités. Un leader doit être cohérent entre ses paroles et ses actes, car son comportement constitue une référence pour ceux qu’il conduit.
« Les gens n’écoutent pas ce que le leader dit. Les gens font ce qu’ils voient le leader faire », a-t-il affirmé.
Le leadership au féminin, entre compétence et affirmation de soi
Abordant la question du leadership exercé par les femmes, le professeur a estimé que les principes du leadership ne changent pas selon le genre. Il a toutefois dénoncé les perceptions sociales qui continuent de distinguer les femmes dans l’exercice des responsabilités, notamment à travers des appellations qui mettent davantage en avant leur genre que leur fonction.
Face à ces préjugés, il a insisté sur la nécessité pour les jeunes filles de renforcer leur expertise et de se préparer davantage.
« Je dois travailler deux fois plus que les garçons pour me faire respecter, non pas parce que je suis une femme, mais parce que j’ai une tête qui réfléchit et qui peut trouver des solutions là où même certains hommes n’ont pas réussi à les faire », a-t-il déclaré, reprenant un conseil qu’il dit transmettre à sa fille.
Il a néanmoins rappelé que les femmes n’ont pas à renoncer à leur féminité pour exercer des responsabilités. La douceur, a-t-il souligné, n’est pas une faiblesse. L’essentiel reste de démontrer sa maîtrise, sa compétence et sa capacité à assumer les fonctions qui leur sont confiées.
Il a également relevé que les femmes leaders ne doivent pas rechercher à tout prix l’approbation de leur entourage professionnel.
« La femme leader n’a pas besoin d’être aimée. Elle a besoin d’être comprise. Elle a besoin d’être crue. Elle a besoin de gagner la confiance des uns et des autres », a-t-il fait valoir.
Savoir-faire, savoir-être et partage des connaissances
Dans son intervention, Silas Makangu a mis l’accent sur trois dimensions essentielles à l’épanouissement personnel et professionnel, à savoir le savoir-faire, le savoir-être et la capacité à faire savoir.
Il a encouragé les jeunes filles à investir dans l’apprentissage continu, notamment à travers les outils numériques, afin d’acquérir des compétences pratiques susceptibles de leur ouvrir des perspectives professionnelles et économiques.
Pour illustrer son propos, il a partagé l’expérience de sa fille, qu’il a encouragée à apprendre la coiffure pendant les vacances et qui a ensuite développé cette compétence au point de la mettre au service de son entourage.
« Le savoir-faire vous ouvre les portes. Le savoir-être garde ces portes ouvertes pendant longtemps », a-t-il expliqué.
Il a également souligné l’importance de transmettre ses connaissances, estimant que le partage du savoir renforce l’utilité et l’influence de celui qui le possède.
À ces qualités, il a ajouté l’importance de choisir un environnement favorable à la progression personnelle. Les fréquentations, selon lui, influencent les ambitions, les comportements et les perspectives d’avenir. Il a ainsi encouragé les participantes à s’entourer de personnes qui les stimulent intellectuellement, moralement et professionnellement.
Faire de la jeune fille une actrice de la cohésion nationale
Élargissant son propos aux enjeux de la République démocratique du Congo, le professeur a souligné la responsabilité des jeunes Congolaises dans le développement national. Il les a notamment encouragées à dépasser le tribalisme, l’oisiveté et les pratiques qui fragilisent leur dignité.
« Nous avons moins à recevoir du Congo, nous avons plus à donner au Congo », a-t-il déclaré.
Il a souligné la nécessité pour les jeunes femmes de participer activement à l’amélioration du bien-être collectif et à la préservation de la cohésion nationale.
Pour favoriser cette prise de responsabilité, il a également insisté sur l’importance de l’éducation familiale et de la masculinité positive. Selon lui, l’égalité des chances ne doit pas seulement être enseignée aux filles, mais aussi aux garçons, dès le plus jeune âge, afin que le respect et le partage des responsabilités deviennent des valeurs intégrées au sein des familles.
Enfin, Silas Makangu a proposé aux participantes un exercice de projection vers 2032. Il leur a demandé d’écrire ce qu’elles souhaiteraient devenir, puis d’identifier les compétences et les qualités qu’elles doivent encore développer pour concrétiser leurs ambitions et enfin noter les noms de trois personnes modèles au travers qui ils se voient plutard.
Le professeur a placé la vision, la préparation, l’intégrité et l’exemplarité au cœur du leadership. Il a notamment rappelé qu’un véritable leader ne se limite pas à porter une vision personnelle, mais doit la rendre collective et préparer d’autres personnes à la poursuivre au-delà de sa propre présence.
Lydia Mangala


