À l’occasion de la Journée internationale de la jeune fille, le Conseil national de la jeunesse de la RDC (CNJ-RDC), en partenariat avec le ministère de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique ainsi qu’ONU Femmes, a organisé, du 29 au 30 octobre 2026, le Forum national de la jeune fille dans la salle du gymnase de la Police nationale congolaise.
Placée sous le thème « La jeune fille congolaise, socle de la paix et de la cohésion sociale, investir dans son leadership, c’est sécuriser l’avenir de la RDC », cette rencontre a notamment donné la parole à deux jeunes femmes venues partager leurs expériences de terrain.
Modéré par Ronaldo Muyumbu Matata, conseiller en matière d’emploi et d’entrepreneuriat au sein du CNJ, ce moment d’échange a permis à Noella Sifa et Princesse Nzangi de revenir sur les circonstances qui ont façonné leur engagement, les obstacles rencontrés et les initiatives entreprises au sein de leurs communautés.
Noella Sifa, dix ans d’engagement pour la paix et la sécurité
Activiste et étudiante à l’Université de Kinshasa, Noella Sifa a commencé son parcours à l’âge de 12 ans, dans un environnement marqué par les conflits armés à l’est de la RDC. Témoin des conséquences de l’insécurité sur les familles et la scolarité des enfants, elle a progressivement compris qu’elle pouvait, elle aussi, contribuer au changement.
« Tout commence par une observation. Quand on observe tout ce qui est en train de se passer, on réfléchit à comment faire pour pallier certains problèmes qui nous environnent », a-t-elle expliqué.
Son engagement a débuté au sein du Parlement d’enfants, zone Est, avant de se poursuivre dans la Synergie mondiale de jeunes pour la consolidation de la paix et de la sécurité.
Par ses actions, elle contribue à la vulgarisation de l’agenda Jeunesse, paix et sécurité, notamment la résolution 2250 des Nations unies, ainsi que de l’agenda Femmes, paix et sécurité.
Son travail consiste également à sensibiliser les jeunes dans les écoles et les communautés, en adaptant les messages à leur réalité. Elle relève toutefois le grand défi du désengagement de certains jeunes, confrontés à la précarité et pour qui la violence ou certaines activités à risque constituent parfois des moyens de subsistance.
« Nous, les jeunes, sommes là pour sensibiliser, pour leur parler de tout ce qui se passe. Mais après tout ça, comment va-t-on les prendre en charge ? C’est ça, pour moi, le problème majeur », a-t-elle souligné, en insistant sur la nécessité d’un accompagnement concret des autorités.
Princesse Nzangi, de l’observation du quartier à l’engagement associatif
Pour sa part, Princesse Nzangi, conseillère chargée de l’entrepreneuriat et de l’emploi des jeunes au Conseil provincial de la jeunesse de Kinshasa, présidente de l’Association des jeunes forts et capables pour le développement (AGFCD) et dirigeante d’Abitu Collections, a retracé un parcours construit à partir des réalités de son quartier.
Ayant grandi à Bumbu, elle dit avoir été marquée par les phénomènes de délinquance juvénile, les violences et les difficultés sociales observées dans son environnement. En 2016, cette réalité l’a poussée à mobiliser d’autres jeunes et à entreprendre des actions de sensibilisation et de dénonciation.
Malgré les réticences initiales de son père, qui souhaitait qu’elle se consacre exclusivement à ses études, elle a poursuivi son ambition de créer une structure associative. Elle raconte notamment avoir organisé, avec quelques proches, une première rencontre réunissant une soixantaine de jeunes, le 27 décembre 2016.
Son initiative a ensuite bénéficié de l’accompagnement du ministère de la Jeunesse, puis d’un encadrement qui lui a permis de s’impliquer progressivement dans les instances de représentation des jeunes, du quartier jusqu’aux niveaux communal et provincial.
Elle a particulièrement insisté sur l’importance du soutien familial dans la réalisation des ambitions des jeunes filles.
« L’accompagnement des parents, c’est aussi très important. Lorsqu’un enfant a un rêve, a fixé ses objectifs et qu’il met en place un plan pour les atteindre, il faut l’accompagner », a-t-elle fait valoir.
Des parcours qui soulignent l’importance de l’engagement
À travers leurs témoignages, Noella Sifa et Princesse Nzangi ont mis en évidence deux trajectoires différentes, mais portées par une même volonté de contribuer à la transformation de leurs communautés.
De l’activisme en faveur de la paix à la mobilisation associative, leurs expériences illustrent le rôle que les jeunes femmes peuvent jouer dans la prévention des conflits, la cohésion sociale et le développement local.
Leurs interventions ont également fait ressortir plusieurs conditions favorables à cet engagement entre autres l’accès aux opportunités, l’accompagnement institutionnel et familial ainsi que la prise en compte des difficultés socio-économiques auxquelles les jeunes sont confrontés.
Lydia Mangala


