Deux jours d’échanges, de témoignages et de propositions pour faire de la jeune fille congolaise une actrice à part entière de la paix et de la cohésion nationale. Organisé du 29 au 30 octobre 2026 au gymnase de la Police nationale congolaise, à Kinshasa, le Forum national de la jeune fille s’est clôturé vendredi sur des engagements en faveur de la protection des droits, de l’autonomisation et de la participation des jeunes femmes aux décisions qui concernent leur avenir.
Initiée par le Conseil national de la jeunesse de la RDC (CNJ-RDC), en partenariat avec le ministère de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique et ONU Femmes, cette rencontre s’est tenue sous le thème : « La jeune fille congolaise, socle de la paix et de la cohésion sociale, investir dans son leadership, c’est sécuriser l’avenir de la RDC ».

Les travaux, modérés par Ronaldo Muyumbu Matata, conseiller en matière d’emploi et d’entrepreneuriat au sein du CNJ, ont réuni des responsables, des experts et des jeunes femmes autour de plusieurs axes de réflexion.
Droits, paix et autonomisation au cœur de la première journée
Présentée par Jacqueline Achigo, la synthèse de la première journée, jeudi 29 octobre, a fait ressortir trois principaux axes : la protection juridique, la participation des jeunes filles à la paix et à la sécurité, ainsi que leur autonomisation économique.
Les interventions de Maîtres Pacifique et Déote ont porté sur les fondements juridiques nationaux et internationaux relatifs aux droits des jeunes filles. Le Dr Jules, représentant d’ONU Femmes, a ensuite développé les enjeux de leur participation à la consolidation de la paix et de la cohésion nationale. Plus de quinze questions ont été soulevées par les participants au cours de cet échange.
Le troisième panel a exploré les possibilités offertes par l’éducation, le numérique et le développement des compétences.
Hélène Kakuru, directrice générale adjointe honoraire du FOGEC, une professeure et directrice générale de l’ISS-Kin, ainsi que la jeune entrepreneure Josline Tshomba, ont partagé leurs expériences autour de la détermination, de la vision et de la transformation des compétences en opportunités.
Mérite et autonomie professionnelle au centre du leadership féminin
Le panel consacré au leadership a notamment accueilli Noëlla Ngalula Ngandu, avocate inscrite au barreau et assistante principale du directeur général de l’Agence nationale de développement de l’entrepreneuriat congolais (ANADEC).
De par son parcours universitaire et professionnel, elle a encouragé les participantes à construire leur valeur par le travail, la compétence et la persévérance. Revenant sur les défis rencontrés, notamment ceux liés à ses responsabilités de jeune mère, elle a rappelé que les circonstances ne doivent pas mettre fin aux ambitions.

« Être une femme, une fille, une mère ne peut pas tuer vos rêves. Vous devez vous relever, relever la tête et continuer le chemin », a-t-elle déclaré.
Elle a également insisté sur la préparation financière et la maîtrise de son projet avant de rechercher des financements extérieurs, rappelant que les économies personnelles peuvent constituer le premier apport d’une initiative entrepreneuriale.
Santé sexuelle et reproductive, un enjeu d’information et d’inclusion
Le panel consacré à la santé sexuelle et reproductive ainsi qu’à la femme, la paix et la sécurité a réuni Fiston Djonga Manekanga, vice-président national du CNJ-RDC chargé des questions stratégiques et techniques, et Prisca Nsanga Landu, vice-présidente chargée des jeunes vivant avec handicap.
Fiston Djonga a insisté sur le droit des jeunes à accéder à une information fiable et à des soins de qualité. Il a notamment souligné l’importance du dialogue familial, de la prévention des infections sexuellement transmissibles et du recours aux professionnels de santé.

« Vous avez droit d’être informés, vous avez droit à recevoir des soins de qualité. Ceci vous permet aussi de faire des choix éclairés », a-t-il rappelé.

De son côté, Prisca Landu, orthoprothésiste de formation, a dénoncé les obstacles auxquels les jeunes filles vivant avec handicap restent confrontées, notamment dans l’accès à l’information, aux services de santé et aux opportunités.
Elle a rappelé qu’elles doivent être pleinement prises en compte dans les actions de sensibilisation à la santé sexuelle et reproductive.

« Les jeunes filles handicapées consentent aussi. Nous sommes entièrement humaines », a-t-elle insisté.

Dans le même volet, Christenvie Melly, vice-présidente chargée du genre au CNJ-RDC, a annoncé le lancement, avec l’appui du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), d’un appel à financement destiné aux structures de jeunes. Dix organisations doivent être retenues dans cette première phase pour mener des actions de sensibilisation sur les grossesses précoces.
Elle a également présenté une feuille de route articulée autour de la protection des droits, de la participation des jeunes filles aux processus de paix et de leur autonomisation économique.
L’exemplarité et le sens du service, piliers d’un leadership responsable
Au panel sur le leadership, le docteur Silas Mimile Makangu, professeur d’universités, expert stratégique, pasteur et formateur en leadership, a développé une approche fondée sur la préparation, l’intégrité, la compétence et le service.
Pour lui, le leadership ne se résume pas à l’occupation d’une fonction, mais se construit par les actes et la capacité à contribuer au bien-être collectif.

« Les gens n’écoutent pas ce que le leader dit. Les gens font ce qu’ils voient le leader faire », a-t-il affirmé.
Il a également encouragé les jeunes filles à développer leur savoir-faire, leur savoir-être et leur capacité à transmettre leurs connaissances, tout en les invitant à prendre leur place dans la construction nationale.
« Nous avons moins à recevoir du Congo, nous avons plus à donner au Congo », a-t-il souligné.
Engagement citoyen et expériences inspirantes de jeunes filles
Un autre temps fort a été consacré au partage d’expériences de Noella Sifa, activiste et étudiante à l’Université de Kinshasa, et de Princesse Nzangi, conseillère chargée de l’entrepreneuriat et de l’emploi des jeunes au Conseil provincial de la jeunesse de Kinshasa, présidente de l’Association des jeunes forts et capables pour le développement (AGFCD) et responsable d’Abitu Collections.
Engagée depuis l’âge de 12 ans, Noella Sifa a raconté comment les conflits vécus dans l’Est de la RDC ont nourri son implication dans les initiatives de paix et de sécurité. Elle a toutefois relevé les difficultés liées au désengagement de certains jeunes, dont les conditions de vie rendent parfois difficile l’abandon de pratiques violentes.

« Nous, les jeunes, sommes là pour sensibiliser mais après tout ça, comment va-t-on les prendre en charge ? C’est ça, pour moi, le problème majeur », a-t-elle relevé.
Princesse Nzangi a, quant à elle, retracé la création de son association en 2016, née de son observation des problèmes sociaux dans son quartier à Bumbu. Malgré les réticences initiales de son père, elle a mobilisé des jeunes avant de bénéficier d’un accompagnement institutionnel qui l’a conduite à s’engager dans les instances de représentation de la jeunesse.
Elle a notamment rappelé l’importance du soutien familial dans la réalisation des ambitions.
« L’accompagnement des parents, c’est aussi très important », a-t-elle martelé.
Des engagements communs pour renforcer la paix et le leadership des jeunes filles
La clôture a été marquée par la restitution des travaux en groupes, consacrés notamment à la paix et à la cohésion sociale. Les rapporteurs ont présenté leurs réflexions.
A l’issue de cette restitution, Naomie Utadi, vice-présidente chargée de l’administration au CNJ-RDC, représentant le président Claude Mbuyi, en mission, a remis l’ouvrage du docteur Silas Makangu intitulé « Leadership au féminin », aux trois rapporteurs.

Un slam en lien avec le thème du forum a également ponctué la cérémonie.
Au nom des organisateurs, Christenvie Melly a présenté les principales orientations de la feuille de route, insistant sur la nécessité de transformer les recommandations en actions concrètes.

« La paix ne se construit pas seulement avec des armes et des dossiers, mais avec des estomacs nourris, des esprits formés et des avenirs ouverts », a-t-elle déclaré.
Au nom des participantes, l’ingénieure Naomie a exprimé leur gratitude aux organisateurs et partenaires, tout en réaffirmant leur volonté de contribuer à la paix dans leurs milieux de vie.
« La paix se construit avec nous, par nous et pour nous », a-t-elle affirmé.

Enfin, Sarah Lena, représentante de la ministre de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique, Grâce Émie Kutino, a rappelé que les jeunes filles doivent participer aux décisions qui concernent leur avenir. Elle a notamment insisté sur leur droit à évoluer sans subir de violences ni de discriminations.

« Vous avez votre place dans ce pays, dans ces écoles, dans ces universités, dans ces institutions et partout où se prennent des décisions qui vous concernent avant tout », a-t-elle déclaré.

Au terme de ces deux journées, le forum aura ainsi permis de croiser les expériences, de formuler des recommandations et de dégager des priorités autour de la protection, de l’inclusion, de l’autonomisation et de la participation des jeunes filles à la paix et à la cohésion nationale.
Lydia Mangala


