Dans le cadre de la campagne Octobre Rose 2026, Angel Foundation, en partenariat avec le Groupe Angel, a organisé, jeudi 29 octobre, un panel suivi d’un dîner de sensibilisation au Pullman Grand Hotel de Kinshasa. Modérée par Naomi Dangbele, cette rencontre a réuni plusieurs intervenants autour de la prévention et de la prise en charge du cancer du sein.
À cette occasion, Arsène Tshivwadi, oncologue au Centre Médical de Kinshasa, a insisté sur la reconnaissance des signes d’alerte, l’importance du diagnostic précoce et les difficultés d’accès aux soins en République démocratique du Congo.
Les signes à ne pas négliger
L’oncologue a rappelé que le cancer du sein peut se manifester de différentes manières : apparition d’une masse, modification du volume ou de la coloration du sein, rétraction du mamelon, douleur ou écoulement anormal. Il a également évoqué les changements de texture de la peau, notamment un aspect comparable à celui d’une peau d’orange.
Pour faciliter la détection des changements, il recommande aux femmes de connaître l’apparence habituelle de leurs seins et de pratiquer régulièrement l’autopalpation, idéalement cinq à sept jours après les règles, lorsque les seins sont généralement moins tendus et sensibles.
« L’objectif de cette autopalpation, c’est que votre cerveau puisse enregistrer l’image de vos seins. Un cerveau qui est habitué à voir une image chaque mois retient l’endroit où il y avait, par exemple, un bouton. Lorsque vous allez revenir la deuxième ou la troisième fois, vous pourrez remarquer un changement », a-t-il expliqué.
Il a également insisté sur l’exploration des aisselles, où des ganglions peuvent être palpables. Toutefois, il a rappelé que l’autopalpation ne remplace pas une consultation médicale. Face à une anomalie, les femmes doivent se faire examiner et bénéficier des examens nécessaires.
L’oncologue a par ailleurs mis en garde contre le recours aux crèmes, potions ou traitements non médicaux pour tenter de faire disparaître une masse suspecte.
« Le cancer, c’est la maladie de la cellule. Ce n’est pas la sorcellerie, ce n’est pas un sort », a-t-il martelé, appelant à privilégier une orientation médicale appropriée.
Des traitements adaptés à chaque patiente
Abordant la prise en charge, Arsène Tshivwadi a présenté plusieurs approches thérapeutiques utilisées contre le cancer du sein, notamment la chimiothérapie, les thérapies ciblées, l’hormonothérapie, l’immunothérapie, la radiothérapie et la chirurgie.
Il a expliqué que le choix du traitement dépend de plusieurs éléments, dont le stade de la maladie, la taille de la tumeur et son profil biologique. Des examens complémentaires, notamment l’immunohistochimie, permettent d’identifier certains sous-types de cancer et d’orienter la stratégie thérapeutique.
« On peut avoir trois ou quatre femmes avec un cancer du sein, chacune avec son traitement personnalisé », a-t-il souligné, invitant les patientes à demander des explications à leurs médecins avant toute intervention chirurgicale.
L’oncologue a également évoqué le coût élevé de certains traitements, particulièrement celui de l’immunothérapie. Selon les chiffres qu’il a présentés, un flacon utilisé dans certains protocoles peut coûter jusqu’à 21 000 dollars, ce qui rend ces traitements difficilement accessibles à de nombreuses patientes en RDC.
Le manque de spécialistes et le coût des soins, des défis majeurs
Outre les difficultés financières, le déficit en ressources humaines spécialisées constitue, selon lui, un obstacle important à la prise en charge du cancer. Évoquant la situation de Kinshasa, il a indiqué que la capitale compterait quatre oncologues pour une population estimée à 18 millions d’habitants.
« Nous sommes quatre à Kinshasa, pour 18 millions d’habitants. Si vous divisez par quatre, moi seul, je dois avoir 4 250 000 patients. Comment voulez-vous que je traite ? Comment voulez-vous que je diagnostique ? Ce n’est pas possible », a-t-il déclaré pour illustrer l’ampleur du défi.
Il a également rappelé que les chances de guérison dépendent notamment du stade auquel la maladie est diagnostiquée, de la taille de la tumeur et de ses caractéristiques biologiques. Plus le diagnostic intervient tôt, plus les possibilités de prise en charge sont importantes.
Dans le cadre de la campagne Octobre Rose, il a signalé que quatre établissements hospitaliers de Kinshasa avaient été mobilisés pour proposer des dépistages gratuits. Il a encouragé les femmes à se rapprocher des structures sanitaires afin de bénéficier d’un suivi adapté.
Faire d’Octobre Rose un engagement quotidien

Pour Arsène Tshivwadi, la sensibilisation ne doit pas se limiter au mois d’octobre. Il souhaite voir les acteurs du secteur de la santé, les institutions et les partenaires se retrouver régulièrement afin d’évaluer les progrès réalisés en matière de prévention, de diagnostic et de traitement.
« Je veux que nous fassions d’Octobre Rose notre vie quotidienne. Si c’est possible, chaque trois mois, qu’on se réunisse dans ce genre de salles pour savoir quels objectifs nous avons atteints dans les aspects sensibilisation, diagnostic et traitement », a-t-il souhaité.
Il a ainsi rappelé qu’encourager les femmes à se faire dépister doit nécessairement s’accompagner de moyens permettant de confirmer les diagnostics et d’assurer leur prise en charge.
Lydia Mangala


