La sensibilisation et le dépistage précoce restent essentiels dans la lutte contre le cancer du sein en République démocratique du Congo. Médecin directeur des Cliniques du Cœur, Trésor Mpoyi Baruani a présenté les résultats des campagnes menées avec Angel Foundation, tout en soulignant les obstacles socioculturels et médicaux qui freinent encore l’accès des femmes au dépistage.
Il est intervenu lors du panel et dîner de sensibilisation organisé le jeudi 29 octobre 2026 au Pullman Grand Hotel de Kinshasa, dans le cadre de la campagne Octobre Rose, en partenariat avec le Groupe Angel.
Plus de 9 000 personnes sensibilisées chaque année
Dans le cadre de leur collaboration avec Angel Foundation, les Cliniques du Cœur ont déployé des campagnes de sensibilisation sur huit sites opérationnels à Kinshasa. Selon Trésor Mpoyi, ces actions permettent de sensibiliser entre 9 000 et 12 000 personnes par an.
Sur cet ensemble, environ 327 femmes ont bénéficié d’examens de dépistage, parmi lesquelles 11 ont nécessité une attention médicale particulière et une orientation pour la suite de leur prise en charge.
Le médecin a salué les efforts des pouvoirs publics pour faciliter l’accès aux soins des femmes diagnostiquées, soulignant la difficulté pour les professionnels de santé de détecter une maladie sans pouvoir proposer rapidement une solution thérapeutique.
Les croyances et les idées reçues, des freins au dépistage
En dehors des difficultés d’accès aux services de santé, Trésor Mpoyi Baruani a attiré l’attention sur le poids des croyances et des préjugés dans le recours tardif au dépistage.
« Vous serez étonnés de voir, en termes d’initiation, le niveau d’ignorance sur cette maladie qui est très grave et qui touche nos communautés », a-t-il relevé, appelant à intensifier les actions d’information et à déconstruire les idées reçues.
Parmi les fausses croyances rencontrées, certaines femmes associent systématiquement un écoulement au niveau du sein à un cancer. D’autres estiment qu’en l’absence de douleur, un examen n’est pas nécessaire.
« Tant que je n’ai pas mal, ça ne sert à rien d’être dépistée », a-t-il cité parmi les propos entendus lors des consultations.
Il a ensuite rappelé que le cancer du sein peut évoluer sans provoquer de douleur à ses premiers stades.
Il a ainsi insisté sur l’importance de la palpation, de l’observation des changements physiques et du recours aux examens médicaux, même en l’absence de symptômes douloureux.
Mieux informer les femmes sur les facteurs de risque
Le médecin a également évoqué la nécessité de renforcer l’information sur les facteurs susceptibles d’influencer le risque de développer un cancer du sein, notamment certains facteurs hormonaux et environnementaux.
Il a notamment abordé la question de la contraception hormonale, en soulignant l’importance d’un échange avec un professionnel de santé avant tout choix contraceptif. Il a plaidé pour que les femmes disposent d’informations complètes sur les différentes méthodes, leurs bénéfices et leurs risques éventuels, afin de faire un choix éclairé.
Pour lui, la sensibilisation doit permettre aux femmes de mieux comprendre leur santé, de reconnaître les signes nécessitant une consultation et de ne pas laisser les croyances retarder leur prise en charge.
Renforcer les moyens de diagnostic et le suivi médical
Trésor Mpoyi a enfin plaidé pour un meilleur accès aux examens diagnostiques et un renforcement du suivi des femmes présentant des résultats suspects. Il a notamment souligné l’intérêt de disposer de davantage de moyens d’imagerie médicale pour faciliter la détection de la maladie.
Il estime également nécessaire de mieux organiser l’orientation des patientes vers des structures capables d’assurer leur prise en charge après les premières consultations et les examens de dépistage.
Le médecin directeur des Cliniques du Cœur a ainsi appelé à poursuivre les campagnes de sensibilisation, à combattre les préjugés et à rapprocher les services de diagnostic des communautés afin de permettre aux femmes de consulter plus tôt et d’accéder à une prise en charge adaptée.
Lydia Mangala


