Survivante du cancer du sein et présidente de l’ONG Espoir Pour Elles, Carine Nanikian a partagé son parcours face à la maladie, marqué par un diagnostic tardif, des traitements éprouvants et d’importantes difficultés financières. Son témoignage a été livré lors du panel et dîner de sensibilisation organisé par Angel Foundation, en partenariat avec le Groupe Angel, le jeudi 29 octobre 2026, au Pullman Grand Hotel de Kinshasa, dans le cadre d’Octobre Rose.
De par son expérience, elle a mis en évidence les conséquences du manque d’information, les obstacles financiers liés à la prise en charge et la nécessité de renforcer le dépistage ainsi que l’accompagnement des femmes touchées par le cancer.
Des antécédents familiaux, mais une information insuffisante
Le parcours de Carine Nanikian a été marqué par le cancer du sein de sa mère, diagnostiquée en 2016 et ayant subi une ablation du sein. Malgré cette expérience familiale, elle explique ne pas avoir disposé des informations nécessaires pour commencer suffisamment tôt sa propre surveillance.
À 33 ans, elle pensait que la mammographie ne concernait que les femmes âgées de 40 ans et plus. C’est finalement à cet âge qu’elle a commencé à s’intéresser davantage à sa santé mammaire. Quelques jours après son quarantième anniversaire, une autopalpation lui a permis de découvrir une boule au niveau du sein.
Une première consultation avait évoqué une dilatation des canaux mammaires. Après quatre mois de traitement, la douleur persistait, le sein augmentait de volume et des ganglions apparaissaient. De nouveaux examens, suivis d’une biopsie, ont finalement confirmé un cancer du sein HER2 positif.
« Je suis intellectuelle, mais je n’avais pas la bonne information », a-t-elle reconnu.
Elle a souligné que le niveau d’instruction ne garantit pas toujours une bonne connaissance des moyens de prévention et de dépistage.
Des traitements éprouvants et le poids des dépenses médicales
Après l’annonce du diagnostic, Carine Nanikian s’est rendue à Istanbul, en Turquie, pour sa prise en charge. Elle y a suivi des séances de chimiothérapie et de thérapie ciblée, avant de subir une intervention chirurgicale.
Elle a décrit les effets secondaires des traitements, notamment les nausées, les vomissements, les insomnies et l’angoisse. À ces difficultés se sont ajoutés l’éloignement de sa famille et la barrière linguistique, qui ont rendu cette période particulièrement éprouvante.
Cependant, le coût des soins a constitué l’un de ses principaux obstacles. Ayant perdu son emploi durant cette période, elle devait trouver les ressources nécessaires pour poursuivre son traitement. Elle a évoqué des dépenses de plusieurs milliers de dollars pour certaines séances, organisées à intervalles réguliers.
« Ce n’est pas la maladie qui m’a fait pleurer, mais c’était le manque de ressources », a-t-elle confié, revenant sur les moments où elle ne savait plus comment financer la suite de sa prise en charge.
Elle a finalement poursuivi une partie de ses soins au Centre Nganga, où elle a bénéficié d’un accès à certains médicaments à un coût nettement plus abordable, selon son témoignage. Elle a notamment évoqué un traitement payé à 160 dollars, alors que des soins similaires lui revenaient auparavant à plusieurs milliers de dollars.
Espoir Pour Elles, un engagement né de son expérience
C’est au cours de son propre combat que Carine Nanikian a décidé de créer l’association Espoir Pour Elles où elle apporte du soutien aux femmes confrontées au cancer et contribuer à leur accompagnement.
Son engagement repose notamment sur la conviction qu’un diagnostic de cancer ne doit pas priver une patiente d’espoir. Elle insiste sur l’importance d’un accompagnement adapté, du soutien psychologique et de la solidarité autour des personnes malades.
Elle a également attiré l’attention sur les retards de consultation et les conséquences du manque d’information. Pour elle, les femmes doivent apprendre à connaître leur corps, rester attentives aux changements inhabituels au niveau des seins et solliciter l’avis des professionnels de santé sans attendre que la maladie progresse.
Faire du dépistage une priorité au-delà d’Octobre Rose
La présidente d’Espoir Pour Elles a appelé à faire de la prévention et du dépistage des priorités permanentes, au-delà des campagnes organisées au mois d’octobre. Elle a encouragé les femmes à ne pas négliger leur santé et les différents acteurs à multiplier les initiatives d’information et d’accompagnement.
« Je n’ai qu’un seul mot : le dépistage », a-t-elle insisté.
Elle a rappelé que les conséquences du cancer dépassent la personne diagnostiquée et touchent également son entourage.
« Lorsque une femme meurt, c’est toute la famille qui s’effondre », a-t-elle conclu.

Carine Nanikian a ainsi transformé son expérience de survivante en un appel à mieux informer les femmes, à favoriser le dépistage précoce et à rendre les traitements plus accessibles.
En clôture de cette rencontre, Béatrice Coly, Directrice Pays de Angel Foudation et directrice communication de Angel Group, a annoncé un accompagnement en faveur de la Fondation Bomoko et de l’ONG Espoir Pour Elles, deux structures engagées dans la lutte contre le cancer et le soutien aux personnes touchées par la maladie, pour l’année 2027.
Lydia Mangala


