Présente en République démocratique du Congo depuis environ un an et demi, l’entreprise américaine KoBold Metals développe une approche d’exploration minière qui associe les compétences des géologues aux technologies d’intelligence artificielle. Son directeur général en RDC, Benjamin Katabuka, a présenté les investissements, les avancées technologiques et les perspectives de cette stratégie, lors de la 5ᵉ édition du Café de presse du Cadastre minier (CAMI), consacrée au thème « Où en sommes-nous ? ».
50 millions de dollars déjà investis, un nouvel investissement annoncé
Depuis le lancement de ses activités, KoBold indique avoir obtenu 18 permis de recherche couvrant environ 3 500 km², soit plus de 4 000 carrés miniers. L’entreprise affirme avoir déjà investi près de 50 millions de dollars en RDC et prévoit un investissement supplémentaire d’environ 50 millions de dollars au premier trimestre 2027.
Ces activités contribuent également aux recettes publiques à travers les paiements liés aux titres miniers. Pour Benjamin Katabuka, il s’agit surtout d’améliorer la connaissance du sous-sol congolais afin de faciliter la découverte et la valorisation des ressources minérales.
« Ce qui est important, aujourd’hui, c’est l’amélioration de la connaissance géologique de notre pays », a-t-il souligné.
L’intelligence artificielle pour accélérer l’exploration
KoBold combine les données géologiques historiques, les prélèvements d’échantillons, les levés géophysiques aéroportés et les résultats de forage pour identifier des cibles d’exploration. L’intelligence artificielle analyse ces informations, formule des prédictions et aide les géologues à orienter leurs investigations sur le terrain.
L’entreprise a notamment développé HyperBot, un dispositif destiné à collecter des données géophysiques et hyperspectrales à haute résolution. Selon Yves Layao, collaborateur de KoBold, environ 15 000 kilomètres de lignes de levés ont déjà été réalisés sur le projet concerné, sur un objectif annoncé de 18 500 kilomètres.
Un laboratoire installé sur le projet de Manono, baptisé Metalab, permet par ailleurs de préparer et d’analyser jusqu’à 300 échantillons par jour, selon la présentation. Les résultats alimentent ensuite les modèles utilisés pour affiner les cibles de recherche.

Benjamin Katabuka précise toutefois que l’intelligence artificielle ne remplace pas les vérifications sur le terrain.
« Ça ne veut pas dire que toutes les prédictions sont bonnes, en fait, mais ça nous donne des indications pour maintenant aller un peu plus loin », a-t-il expliqué.
Les hypothèses produites par les modèles doivent être testées par des travaux géologiques et des forages pour confirmer la présence éventuelle de minéralisations.
Plus de 300 000 pages de données géologiques numérisées
La numérisation des archives constitue un autre volet de cette stratégie. En partenariat avec l’Université de Lubumbashi, KoBold a lancé en avril 2026 un projet de digitalisation de données géologiques historiques. En cinq mois, plus de 300 000 pages auraient été numérisées, selon Benjamin Katabuka.
L’entreprise souhaite poursuivre cette initiative avec le Cadastre minier (CAMI) et le Service géologique national du Congo (SGN-C), afin de rendre davantage de données historiques accessibles aux chercheurs et aux investisseurs.
Le directeur général de KoBold en RDC plaide également pour la mise à disposition gratuite des données géologiques publiques, estimant qu’elles peuvent encourager de nouveaux investissements dans l’exploration.
« Ce qui est important, c’est de mettre ces données-là à la disposition publique gratuitement, pour attirer plus d’investissements dans le secteur », a-t-il déclaré.
Le défi des permis miniers inactifs
En dehors de ses propres projets, Benjamin Katabuka a soulevé la question des titres miniers détenus pendant plusieurs années sans travaux d’exploration significatifs. Selon lui, cette situation limite la production de nouvelles connaissances géologiques et ralentit la valorisation du potentiel minier congolais.
Il appelle ainsi à favoriser l’accès aux permis de recherche pour les entreprises disposant des capacités techniques et financières nécessaires à leur développement.

« L’exploration, c’est le fer de lance du secteur minier. La création des richesses, la découverte des gisements commence par l’exploration », a-t-il insisté.
Avec ses investissements et ses recrutements, l’entreprise annonce compter plus de 200 personnes mobilisées sur son programme et l’intégration de l’intelligence artificielle à ses opérations, KoBold entend contribuer à une meilleure connaissance du sous-sol congolais.
Lydia Mangala


