Face à la surpopulation carcérale, aux contraintes budgétaires et aux difficultés d’accès aux services judiciaires, le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, appelle à un renforcement des moyens du secteur. Auditionné mardi 20 octobre 2026 par la commission Suivi et Évaluation de l’exécution des lois, des résolutions, des recommandations et des politiques publiques de l’Assemblée nationale, il a présenté les défis du système judiciaire congolais et les mesures envisagées pour améliorer son fonctionnement.
Présidée par le député national Mwanza Hamissi Singoma, cette séance de contrôle parlementaire a notamment porté sur la situation des établissements pénitentiaires, les conditions de travail des magistrats et l’accès à la justice sur l’ensemble du territoire national.
Au cours de son intervention, le garde des Sceaux a dressé un état des lieux des infrastructures pénitentiaires en République démocratique du Congo. Selon les données présentées, le pays compte un potentiel de 214 prisons, dont 116 subventionnées, 24 non subventionnées et 74 non opérationnelles.
Au 20 octobre 2026, la population carcérale nationale s’élevait à 52 095 personnes, parmi lesquelles 11 835 condamnés et 40 260 prévenus. Les statistiques font également état de 80 femmes accompagnées d’enfants ou de nourrissons et de 27 femmes enceintes.
Cette situation met en évidence la pression exercée sur les établissements pénitentiaires, dont plusieurs infrastructures, construites avant l’indépendance, ne correspondent plus aux besoins actuels. La prison centrale de Makala figure notamment parmi les établissements confrontés à la surpopulation.
Le ministre a également relevé les difficultés liées au financement de l’alimentation et des soins médicaux des détenus, notamment en raison de l’irrégularité des décaissements budgétaires.
Pour améliorer les conditions de détention, le gouvernement travaille à l’assainissement de la gestion des approvisionnements, à travers la négociation d’un partenariat avec le Service national et la révision des contrats de fourniture. Des projets d’infrastructures sont également en cours, notamment la construction de la prison moderne de Mbandaka et des travaux ciblés de réhabilitation.
L’audition a également permis d’aborder les conditions de travail des magistrats et les moyens mis à la disposition des juridictions.
Guillaume Ngefa a rappelé que, conformément aux dispositions légales, la gestion du budget de fonctionnement et de rémunération de la magistrature relève de l’autonomie du Conseil supérieur de la magistrature (CSM).
Il a, dans le même temps, réaffirmé la volonté du gouvernement d’accompagner le pouvoir judiciaire, notamment par la mise à disposition d’infrastructures adéquates et le renforcement du cadre de concertation paritaire avec le CSM.
Les députés nationaux ont, pour leur part, soulevé plusieurs préoccupations relatives à la couverture judiciaire du territoire, à la présence effective des magistrats dans les juridictions de l’intérieur du pays et à la lutte contre les zones insuffisamment desservies par les services judiciaires.
Les échanges ont également porté sur les procédures de passation des marchés publics et la prise en charge des personnes vulnérables.
Au terme de cette séance, le ministre d’État a sollicité l’appui de la représentation nationale pour la mise en place d’un fonds spécial de soutien à la justice. Cette proposition vise à accroître les ressources disponibles pour le secteur et à contribuer à l’amélioration de l’accès au droit pour les citoyens.
Parmi les pistes évoquées figure également un projet pilote de prison-école sur le site de l’île de Bulambemba, à Boma, dans la province du Kongo Central. Cette initiative a été soulevée au cours des échanges avec les députés.
Les défis de la justice congolaise apparaissent à la fois budgétaires, infrastructurels et organisationnels. La mise en œuvre des mesures annoncées devra notamment répondre à l’urgence des conditions de détention, au fonctionnement des juridictions et à la nécessité de rapprocher les services judiciaires des populations.
Lydia Mangala


