Une forte audience ne suffit pas toujours à décrocher un contrat avec une grande marque. Pour Marc Tshibasu, responsable de l’Orange Digital Center en RDC, la capacité d’un créateur de contenu à construire une image cohérente, à se structurer professionnellement et à démontrer la valeur de son travail constitue un élément déterminant pour accéder aux collaborations. Il l’a expliqué lors du panel « Collaboration : comment faire croître le marché ? », modéré par Yves Nsiala, dans le cadre de la première édition de Creators Bomoko.
Le bad buzz peut fermer les portes des grandes marques
Pour les entreprises, particulièrement les multinationales, l’image du créateur avec lequel elles collaborent représente un enjeu important. Une audience élevée ne suffit donc pas à compenser une réputation jugée incompatible avec celle d’une marque.
« Si quelqu’un a déjà fait du bad buzz, même s’il a une très forte audience, les marques auront des risques », a expliqué Marc Tshibasu.
Cette prudence s’explique notamment par la portée internationale des contenus numériques. Une publication réalisée en RDC peut être consultée instantanément à l’autre bout du monde et avoir des répercussions sur l’image d’une entreprise présente dans plusieurs marchés.
« Si on fait quelque chose de mal ici, ça peut toucher la marque dans tout le monde. Donc souvent, pour les entreprises, les créateurs qui font du bad buzz, c’est un no-go », a-t-il relevé.
Le responsable de l’Orange Digital Center en RDC estime toutefois qu’un créateur peut faire évoluer son image. Mais cette reconstruction demande du temps et de la constance.
Une collaboration doit ouvrir au-delà du marché local
Pour Marc Tshibasu, les collaborations ne doivent pas être pensées uniquement comme une source de revenus immédiats. Elles peuvent également constituer un moyen pour un créateur ou une entreprise de gagner en visibilité au-delà de son environnement habituel.
« Est-ce que le partenaire avec qui vous allez travailler vous permet de vous ouvrir au monde ? », a-t-il questionné.
Une collaboration avec une marque internationale peut notamment permettre à un créateur d’acquérir une première référence susceptible d’être valorisée auprès d’autres partenaires. Selon lui, cette expérience peut contribuer à établir une crédibilité à la fois locale et internationale.
Il cite notamment le cas d’un créateur congolais retenu pour un tournage avec le média français Brut, après que son expérience avec d’autres partenaires a été prise en compte dans le choix final.
L’enjeu est donc aussi de penser son parcours sur le long terme, de pas se limiter à son quartier, sa commune ou son pays, mais envisager progressivement des collaborations à l’échelle africaine et internationale.
La formation comme préparation aux opportunités
La croissance du marché passe également par le développement des compétences. Pour Marc Tshibasu, les créateurs doivent investir dans leur formation afin de mieux comprendre les réalités professionnelles auxquelles ils seront confrontés.
« Quand tu sais que tu es un créateur de contenu, tu dois comprendre que même si je tourne avec mon téléphone, ça va devenir une entreprise », a-t-il souligné.
Il encourage ainsi les jeunes à commencer par des formations accessibles, notamment sur l’entrepreneuriat, la structuration d’une activité et les aspects juridiques liés à leur travail.
Cette préparation peut faire la différence lorsqu’une opportunité se présente. Car, selon lui, dans un marché où les occasions ne sont pas toujours nombreuses, il faut être capable de saisir celles qui apparaissent.
« Quand tu as l’opportunité, il faut la saisir et il faut se préparer pour avoir cette opportunité », a-t-il insisté.
Se structurer pour être pris au sérieux
Au-delà du talent et de l’audience, la manière dont un créateur présente son activité peut également influencer la perception des partenaires. Marc Tshibasu recommande notamment de formaliser progressivement son activité ou de se faire accompagner par une structure spécialisée.
L’objectif est de pouvoir présenter clairement son activité, ses services et son cadre de travail lorsqu’une entreprise manifeste son intérêt.
Cette structuration concerne également les documents et les relations contractuelles. Le créateur doit comprendre ce qu’il accepte, ce qu’il cède et dans quelles conditions son contenu sera utilisé.
« Comprenez comment les choses fonctionnent. Comprenez comment vous pouvez vous structurer », a-t-il conseillé.
Il a également évoqué l’intérêt de certains outils juridiques, notamment les accords de confidentialité, ainsi que la possibilité de consulter un professionnel du droit avant certaines collaborations.
Construire une image capable de soutenir plusieurs contrats
Le développement de l’activité peut rapidement entraîner une multiplication des sollicitations. Une situation qui, selon Marc Tshibasu, exige elle aussi de l’organisation.
Un créateur qui travaille simultanément avec plusieurs marques doit pouvoir respecter les engagements pris auprès de chacune, tout en maintenant la qualité de ses contenus.
« Commencez déjà à vous imaginer que si je commence à avoir du succès, vous allez vous attendre que vous allez avoir trois, quatre clients », a-t-il expliqué.
Cette capacité à gérer plusieurs collaborations devient alors une partie intégrante de la professionnalisation du métier.
Faire de son idée une activité réelle
Pour faire croître le marché, Marc Tshibasu invite également les entrepreneurs et créateurs à prendre en charge leurs propres idées avant d’attendre un accompagnement extérieur.
« Quand tu es un entrepreneur, le gros du travail, c’est d’abord toi-même qui vas le faire », a-t-il affirmé.
Il encourage ensuite les porteurs de projets à présenter leur idée à leur entourage, à recueillir des retours et à rechercher progressivement des personnes capables de contribuer à sa réalisation.
Cette démarche repose, selon lui, sur une vision claire : savoir ce que l’on veut construire, matérialiser l’idée et être capable de l’expliquer suffisamment pour convaincre d’autres personnes de la rejoindre.
Une image cohérente avec le niveau de collaboration recherché
Enfin, Marc Tshibasu souligne que les attentes peuvent varier selon la taille et le profil du partenaire. Une petite entreprise et une multinationale ne mobilisent pas nécessairement les mêmes exigences en matière d’image, de processus ou de professionnalisme.
« Il y a une différence entre les dimensions d’entreprise, les niveaux d’entreprise et les niveaux de vie », a-t-il rappelé.
Pour les créateurs qui souhaitent accéder à des collaborations plus importantes, cette réalité implique de travailler non seulement sur leur contenu, mais également sur leur identité professionnelle, leur environnement de travail, leur organisation et leur capacité à respecter les standards attendus.
Au fond, la croissance du marché des créateurs ne repose donc pas uniquement sur l’augmentation du nombre d’abonnés. Elle passe aussi par la réputation, la formation, la structuration, la qualité du travail et la capacité à transformer chaque collaboration en référence pour la suivante. Pour Marc Tshibasu, c’est cette professionnalisation progressive qui peut permettre aux créateurs congolais de dépasser leur marché immédiat et de s’inscrire dans des collaborations à plus grande échelle.
Lydia Mangala


