La République démocratique du Congo renforce progressivement la disponibilité des médicaments anticancéreux, mais leur utilisation exige un suivi rigoureux pour prévenir les effets indésirables et améliorer la sécurité des patients. Lors de la conférence « Combat quotidien », organisée par Chaz-Lune Medical Center ASBL le samedi 17 octobre 2026 au Golden Tulip, à Kinshasa, dans le cadre d’Octobre Rose, le Dr Benjamin Penge Libe, coordonnateur technique du Centre national de lutte contre le cancer (CNLC), a plaidé pour une pharmacovigilance renforcée et une meilleure surveillance des traitements.
Juriste et médecin diplômé en épidémiologie des cancers, il a consacré son intervention aux mécanismes de détection, de suivi et de prévention des effets indésirables liés aux médicaments, particulièrement en oncologie.
La pharmacovigilance pour prévenir les risques liés aux traitements
Face aux inquiétudes des patientes concernant les effets secondaires de la chimiothérapie, notamment la chute des cheveux et les réactions cutanées, le Dr Benjamin Penge Libe a tenu à rappeler que ces traitements nécessitent un encadrement médical adapté.
« Cette présentation voudrait rassurer que le pays a un système de pharmacovigilance, c’est-à-dire un système qui réussit la détection, la correction et le traitement des effets indésirables liés aux médicaments », a-t-il expliqué.

Selon lui, si les médicaments contribuent à réduire la morbidité et à traiter de nombreuses maladies, leur mauvaise utilisation peut également entraîner des conséquences importantes pour la santé. D’où la nécessité de mettre en place des mécanismes de contrôle et de surveillance.
La pharmacovigilance ne concerne pas uniquement les médicaments. Elle s’étend notamment aux vaccins, aux dispositifs médicaux, aux produits de santé et aux plantes médicinales, dont la composition ou les doses peuvent présenter des risques lorsqu’ils sont mal maîtrisés.
La lutte anticancer, une responsabilité citoyenne
Pour le coordonnateur technique du CNLC, la sécurité des traitements constitue un enjeu majeur dans la lutte contre le cancer. Une surveillance efficace permet de détecter les effets indésirables, d’en évaluer les causes et de prendre des mesures pour limiter les risques.
« Aujourd’hui, au regard de l’ampleur de la problématique du cancer, la lutte contre le cancer est un devoir civique », a-t-il déclaré.
Le dispositif présenté repose notamment sur la collecte des signalements, l’analyse des cas, la validation des effets indésirables et la transmission des informations aux structures compétentes. Cette démarche permet, entre autres, d’identifier les médicaments présentant des risques et de déclencher des alertes lorsque cela s’avère nécessaire.
Le médecin a également insisté sur l’importance des réunions de concertation pluridisciplinaire, qui permettent aux oncologues, pathologistes, radiologues et autres spécialistes de discuter des dossiers afin d’adapter les traitements aux besoins des patients.
« Il n’y a aucune patiente qui peut être aujourd’hui mise sous anticancéreux ou chimiothérapie » sans cette concertation, a-t-il affirmé en présentant cette mesure parmi les actions engagées pour réduire les risques thérapeutiques.
80 anticancéreux disponibles sur environ 300
Abordant la disponibilité des médicaments en RDC, le Dr Benjamin Penge a indiqué qu’environ 300 médicaments anticancéreux existent, dont 80 seraient actuellement disponibles dans le pays, selon les chiffres présentés lors de son intervention.
Il a néanmoins souligné que l’accès aux traitements dépend du type de cancer et des molécules nécessaires. Certains médicaments indispensables à des protocoles spécifiques ne figurent pas parmi ceux disponibles dans le dispositif public, obligeant alors certains patients à chercher d’autres solutions.
Le coordonnateur technique du CNLC a toutefois évoqué les efforts consentis par les autorités pour améliorer l’approvisionnement. Selon lui, une livraison récente d’anticancéreux, évaluée à 11 millions de dollars américains, permettrait de traiter plus de 10 000 patients.
Il a également cité les thérapies ciblées fournies gratuitement grâce à un partenariat avec le laboratoire Roche, dont le coût pourrait atteindre environ 60 000 dollars américains par patiente si ces médicaments devaient être achetés individuellement.
« Certains médicaments, comme les thérapies ciblées qui sont fournies par Roche, ces médicaments sont gratuits. Mais s’il était question de les acheter, pour une patiente, c’est autour de 60 000 dollars américains », a-t-il précisé.
Des contrôles réguliers et des professionnels mieux formés
En dehors de la disponibilité des produits, le responsable du CNLC a rappelé que les traitements anticancéreux nécessitent des examens avant leur administration et des contrôles réguliers pendant leur déroulement. Ces bilans, qui peuvent concerner notamment le sang, les reins et le cœur, représentent un coût supplémentaire pour les patients, mais contribuent à la prévention des complications.
Il a également évoqué les exigences relatives à la conservation et au transport des médicaments, notamment le respect de la chaîne du froid pour certaines molécules, ainsi que la qualification des professionnels chargés de prescrire et d’administrer les traitements.
Le CNLC travaille par ailleurs à l’évaluation des établissements de soins avant de leur permettre de disposer de certains médicaments anticancéreux. L’objectif est de s’assurer que les structures concernées disposent d’un plateau technique adapté et peuvent garantir une prise en charge conforme aux exigences médicales.
Enfin, le Dr Benjamin Penge a évoqué les perspectives d’élargissement de l’accès aux traitements, avec l’ambition de mieux couvrir les provinces du pays et d’intégrer les médicaments anticancéreux dans la couverture santé universelle.
Pour lui, la surveillance des médicaments, l’amélioration de leur disponibilité et le renforcement des compétences médicales doivent avancer ensemble afin de sécuriser les traitements et de rassurer les patientes sur la prise en charge du cancer en RDC.
Lydia Mangala


