Après trois jours de formation intensive autour de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, de la Résolution 2250 et des politiques publiques, les 50 jeunes de la première cohorte du programme Ambassadeurs 2250 ont officiellement prêté serment et reçu leurs certificats, mercredi 2 septembre 2026, au Mémorial GENOCOST à Kinshasa. Entre plaidoyers, témoignages, engagements et devoir de mémoire, la cérémonie organisée par la Dynamique Jeunesse Responsable (DYJERES) a marqué le passage de la formation à l’action.
Ils étaient plus de 300 à avoir manifesté leur intérêt pour cette première cohorte. Ils ne sont finalement que 50 à avoir franchi les différentes étapes du processus pour devenir les premiers Ambassadeurs 2250. Mercredi, au Mémorial GENOCOST, leur parcours de formation s’est officiellement achevé par une cérémonie de certification et de prestation de serment, donnant à leur engagement une portée à la fois symbolique et opérationnelle.
Pendant trois jours, ces jeunes âgés de 20 à 30 ans ont été outillés sur l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité et la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies, mais également sur le plaidoyer communautaire, la mobilisation citoyenne, les mécanismes de financement, les partenariats stratégiques, l’Accord de Washington, la justice transitionnelle, la réparation des victimes, la mémoire et la cohésion nationale.
L’objectif était de dépasser la simple connaissance des textes pour permettre à cette jeunesse de comprendre les enjeux, analyser les problèmes et formuler des propositions.
Trois jours pour passer de la formation à la proposition
La première partie de la formation a posé les bases de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, avec un accent sur la Résolution 2250, le plaidoyer communautaire, la mobilisation citoyenne et les enjeux de l’Accord de Washington pour la jeunesse.
Les participants ont ensuite approfondi leurs connaissances sur les mécanismes de financement internationaux, la mobilisation des ressources et les partenariats stratégiques, tout en travaillant sur les techniques de plaidoyer et la rédaction de notes de politique publique.
Mais l’exercice central de cette formation a consisté à placer les jeunes dans une situation proche de celle à laquelle ils seront confrontés sur le terrain afin d’identifier un problème, de l’analyser, de formuler des recommandations et de défendre celles-ci devant un jury.
Répartis en cinq groupes, ils ont ainsi produit des Policy Briefs autour des cinq piliers de la Résolution 2250 entre autres participation, prévention, protection, partenariat, désengagement et réintégration.

Le premier groupe a travaillé sur la participation effective et représentative des jeunes aux processus de gouvernance et de paix. Le deuxième a abordé leur rôle dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix. Le troisième s’est penché sur la protection des jeunes victimes et des acteurs de paix ainsi que l’accès à la justice transitionnelle.
Le quatrième a placé la jeunesse au cœur de la mémoire du GENOCOST et des partenariats pour la paix, tandis que le cinquième a travaillé sur le désengagement, la réintégration communautaire et la contribution des jeunes au processus de DDR.

Une manière, selon Djessy Bukasa, président de la DYJERES et initiateur du programme, de faire de cette formation un véritable exercice de production de solutions.
« Cette exigence était volontaire. Nous ne voulions pas simplement vous apprendre à connaître la Résolution 2250, nous voulions vous amener à comprendre un problème, à chercher des données, construire une analyse, formuler des recommandations et défendre une proposition », a expliqué Djessy Bukasa.
Ces cinq notes constituent désormais, selon lui, la première contribution de cette cohorte au débat public.
Au Mémorial GENOCOST, la certification prend le visage de la mémoire

Le choix du Mémorial GENOCOST comme cadre de la cérémonie a donné une dimension particulière à cette certification.
Dans son mot de bienvenue, Huguette Nzeba, chargée des relations publiques de la DYJERES et maîtresse de cérémonie, a rappelé que devenir Ambassadeur 2250 ne pouvait se réduire à recevoir un certificat.
« Être ambassadeur 2250, ce n’est pas simplement porter un titre ou recevoir un brevet. C’est accepter une responsabilité envers sa génération, sa communauté et son pays », a-t-elle déclaré.

Une responsabilité qui, dans ce lieu de mémoire, appelle à comprendre le passé pour mieux prévenir la répétition des violences.
« Se souvenir pour comprendre, comprendre pour prévenir, prévenir pour construire la paix », a-t-elle lancé aux nouveaux Ambassadeurs.

Un message prolongé par Sany Mbala, coordonnatrice du site Mémorial du GENOCOST. Pour elle, le certificat remis aux jeunes doit devenir le point de départ d’un engagement envers les victimes et la mémoire nationale.
« À partir d’aujourd’hui, vous êtes appelés à devenir des ambassadeurs de la mémoire et de la réparation », a-t-elle déclaré.

Elle a également rappelé que la réparation ne pouvait être réduite à une compensation financière et qu’elle devait intégrer la reconnaissance, la vérité, la réhabilitation, l’accompagnement et les garanties de non-répétition.
Pour les nouveaux Ambassadeurs, le message était donc aussi celui de porter l’histoire sans la déformer, écouter les victimes et faire de la mémoire un outil de prévention.
Une jeunesse appelée à devenir actrice de la paix

La dimension institutionnelle du programme a été portée par Deborah Nyamugabo, coordonnatrice nationale adjointe du Secrétariat technique national de la Résolution 2250 (STN2250-RDC).
Elle a rappelé le poids démographique de la jeunesse congolaise et surtout la responsabilité qui en découle dans les processus de paix et de gouvernance.
« Au-delà de vos titres, vous êtes les éducateurs et les émissaires de la Résolution 2250 sur les terrains », a-t-elle insisté.

Pour elle, la certification ne doit donc pas être considérée comme un aboutissement.
« Votre certification n’est pas un aboutissement, c’est le début d’une responsabilité nationale », a-t-elle martelé.

Le STN2250-RDC entend, dans cette nouvelle phase, accompagner les jeunes afin que les connaissances acquises durant la formation puissent être prolongées par des initiatives et des actions concrètes.
De victime à actrice de paix : le témoignage de la major de promotion

Moment particulièrement fort de la cérémonie, le témoignage de Desanges Kabuo Kamate, survivante des violences dans l’Est de la RDC et major de la première cohorte, a donné un visage humain à l’engagement porté par les Ambassadeurs 2250.
Son parcours lui permet de parler de la guerre non seulement à partir des enseignements reçus, mais aussi à partir de son expérience.

« Être victime ne signifie pas être condamnée à rester uniquement dans la position de victime », a-t-elle rappelé.
Pour elle, l’expérience de la violence peut devenir une force d’engagement.

« Nous pouvons aussi devenir des voix. Nous pouvons devenir des actrices et des acteurs de paix. Nous pouvons transformer ce que nous avons vécu en conscience, en engagement et en propositions », a-t-elle affirmé.
Au nom de ses collègues, elle a finalement résumé l’esprit de cette première cohorte en une phrase d’apprendre la paix pour désormais contribuer à la construire.

« Nous sommes venus apprendre la paix. Nous repartons avec la responsabilité de la construire », a-t-elle déclaré.
L’après-formation, véritable test de l’impact

Cette nécessité de transformer les acquis en résultats a également été au cœur du message de Michel Bafiba, coordonnateur exécutif de l’Institut Di Angelo & Camille, partenaire académique et technique du programme.
Son institution a réaffirmé sa disponibilité à accompagner les Ambassadeurs 2250 dans la durée, notamment à travers la formation continue et les rencontres avec des experts.
Mais au-delà de l’accompagnement, il a surtout invité les jeunes à mesurer leur réussite à leurs réalisations futures.
« Le véritable succès de ce programme ne se mesurera donc pas uniquement au nombre de certificats remis. Il se mesurera à ce que vous serez capables de conduire après cette période », a-t-il souligné.
Pour lui, les compétences acquises doivent désormais produire de l’action et des résultats.
La mémoire comme promesse de non-répétition

Le coordonnateur exécutif de la CIA-VAR, François Kakese, a, pour sa part, replacé la prestation de serment dans le devoir de mémoire.
Dans un lieu consacré aux victimes, il a rappelé aux jeunes qu’ils ne prêtaient pas seulement serment devant les institutions, mais aussi devant la mémoire de celles et ceux qui ont payé le prix des violences.

« Une mémoire qui ne se transmet pas finit par s’effacer, et une mémoire qui s’efface ouvre la porte à l’erreur et à la répétition », a-t-il averti.
Il leur a ainsi demandé de faire preuve de rigueur, de cohérence et de persévérance dans leur futur engagement.

« Un ambassadeur de la mémoire ne travaille pas avec des rumeurs. Il travaille avec des faits, des preuves et le droit », a-t-il insisté.
Et face aux cinquante jeunes désormais appelés à porter cette mémoire, il a rappelé une promesse faite aux victimes.
« Cette promesse a désormais un visage : le vôtre », a-t-il déclaré.
« Oui, nous le jurons ! »
Après les différents témoignages et interventions, le temps fort de la cérémonie est venu avec la remise des certificats de participation et la prestation de serment, dirigées par Sympho Luboya, Secrétaire général de la DYJERES.
Face aux engagements qui leur étaient soumis, les cinquante Ambassadeurs ont solennellement promis de respecter la dignité humaine, les droits fondamentaux, les lois de la République et les principes de paix et de non-violence.
Ils se sont également engagés à promouvoir la participation des jeunes, la prévention des conflits, la protection, les partenariats ainsi que le désengagement et la réintégration.
Leur statut ne devait pas être perçu comme une distinction, mais comme une responsabilité permanente au service de la paix.
À l’appel du SG, les cinquante jeunes ont alors répondu d’une seule voix.
« Oui, nous le jurons ! », ont-ils répondu collectivement.
Puis ils ont scellé leur engagement par une dernière déclaration.

« Que notre engagement soit notre parole, que notre parole devienne notre action, et que notre action contribue à la paix en République démocratique du Congo », ont-ils déclaré.
« Nous sommes les Ambassadeurs 2250. Responsables aujourd’hui. Leaders demain », ont-ils proclamé.
De la certification à la responsabilité
La cérémonie s’est poursuivie par une visite guidée du Mémorial GENOCOST, au cours de laquelle les autorités officielles, les ambassadeurs et les invités ont découvert les espaces consacrés à la mémoire des victimes.
Cette dernière séquence est venue prolonger le sens de former une jeunesse capable de comprendre les mécanismes de paix tout en restant connectée à l’histoire et aux victimes.

Pour la DYJERES, cette première cohorte constitue désormais le noyau d’un réseau national appelé à s’étendre progressivement dans les 26 provinces de la RDC.
La cérémonie du 2 septembre aura marqué le passage d’une génération de jeunes de l’apprentissage à l’engagement, de la réflexion à la proposition et désormais de la proposition à l’action.
Le véritable défi reste de faire vivre, dans les communautés et dans les espaces de décision, les principes pour lesquels ces cinquante jeunes viennent de prêter serment.
Lydia Mangala


