La controverse enfle autour du déploiement du Service national dans la capitale congolaise. Le lundi 31 août 2026, plusieurs séquences vidéo diffusées sur les réseaux sociaux ont suscité indignation et nombreuses réactions. Les personnes visibles sur ces images sont présentées comme des éléments du Service national intervenant auprès de commerçantes et de propriétaires de marchandises, dans des scènes marquées par des gestes de violence et des destructions présumées.
Si les circonstances exactes des faits et l’identité de toutes les personnes impliquées restent encore à établir, la diffusion de ces images relance déjà une question essentielle sur comment restaurer l’ordre urbain sans franchir la ligne qui sépare l’autorité de la brutalité.
Depuis son déploiement dans la ville de Kinshasa, le Service national participe, à travers la Task Force présidentielle, aux opérations d’assainissement et de lutte contre l’occupation anarchique des espaces publics.
L’initiative vise notamment à améliorer la salubrité de la capitale et à restaurer une certaine discipline dans l’occupation de la voie publique.
Mais les images qui circulent depuis lundi montrent des interventions dont la brutalité présumée contraste avec l’objectif initialement affiché. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes dénoncent notamment la manière dont certaines commerçantes auraient été traitées lors de ces opérations.
Une voix s’est particulièrement élevée pour condamner ces scènes.
« Je condamne fermement cette barbarie observée dans le chef de certains agents du Service national. Il existe plusieurs manières de faire comprendre à ces femmes qu’elles ne peuvent pas vendre sur la voie publique, notamment à la Gombe, sans recourir à la violence », a dénoncé un observateur.
Pour lui, l’application de la loi ne peut justifier des traitements dégradants.
« Dans un État de droit, tout doit se faire dans le respect des règles, de la dignité humaine et des procédures établies. Faire respecter la loi ne signifie pas humilier, brutaliser ou maltraiter les citoyens », a-t-il insisté.
La polémique intervient alors que le recours aux jeunes formés par le Service national avait été présenté comme l’un des symboles d’une politique de transformation sociale.
Plusieurs d’entre eux sont issus du processus de rééducation et de formation organisé à Kaniama-Kasese. Anciennement associés au phénomène « Kuluna », ces jeunes ont été appelés à tourner la page de la délinquance pour participer à des activités utiles à la communauté.
Leur déploiement dans les rues de Kinshasa devait montrer la possibilité de transformer d’anciens délinquants en citoyens capables de contribuer à la reconstruction de leur environnement.
Il s’agissait également de démontrer que la réinsertion pouvait produire des résultats durables et permettre à ces jeunes de retrouver une place constructive dans la société.
C’est précisément cette ambition qui se retrouve aujourd’hui mise à l’épreuve.
Kinshasa fait face à des défis réels entre autres insalubrité, commerce anarchique, occupation illégale des trottoirs et désordre dans plusieurs espaces publics. Les autorités ont donc la responsabilité de faire respecter les règles. Mais l’exercice de cette autorité doit rester encadré.
Faire quitter un espace public à un commerçant ou procéder à une opération d’assainissement ne devrait pas ouvrir la voie à des humiliations, à des violences physiques ou à la destruction arbitraire des biens.
Si les faits visibles dans les vidéos sont confirmés après une enquête approfondie, ils risqueraient de créer un dangereux amalgame entre les objectifs de rééducation poursuivis par le Service national et les comportements auxquels ce programme était justement censé mettre fin.
La discipline que l’on veut restaurer dans la ville doit d’abord être celle des agents chargés de la faire respecter.
Cette polémique pose la question de la confiance entre les institutions et les citoyens.
Une opération d’assainissement ne peut produire des résultats durables si les populations finissent par redouter ceux qui sont chargés de l’exécuter.
La réussite d’un programme de cette ampleur ne se mesure pas uniquement au nombre d’avenues nettoyées, de marchés dégagés ou d’espaces publics récupérés. Elle dépend également de la manière dont ces résultats sont obtenus.
Professionnalisme, retenue, discipline et respect de la dignité humaine doivent accompagner toute intervention sur le terrain.
Car quelques comportements individuels, lorsqu’ils sont filmés et largement diffusés, peuvent rapidement jeter le discrédit sur l’ensemble d’une institution et sur des centaines de jeunes qui accomplissent peut-être correctement leur mission.
Face aux réactions suscitées par ces vidéos, une clarification des faits apparaît nécessaire.
Il revient désormais à la hiérarchie du Service national d’établir les circonstances exactes de ces interventions, d’identifier les personnes impliquées et de déterminer si les actes posés correspondent aux consignes et aux règles qui encadrent les opérations sur le terrain.
En cas de dérapages avérés, des mesures appropriées permettraient non seulement d’établir les responsabilités, mais également de rappeler que la discipline constitue le fondement même d’une institution appelée à restaurer l’ordre.
Cette séquence devrait également pousser les autorités à renforcer l’encadrement des équipes déployées, à préciser les procédures d’intervention et à mettre en place des mécanismes permettant aux citoyens de signaler d’éventuels abus.
Le débat ne devrait pas remettre en cause la nécessité d’assainir Kinshasa ni le principe de réinsertion des jeunes passés par le programme du Service national.
La capitale a besoin de solutions concrètes et d’une action publique efficace pour répondre au désordre urbain qui affecte quotidiennement la vie de millions d’habitants.
La fermeté ne doit jamais être confondue avec la violence. L’autorité publique gagne en crédibilité lorsqu’elle démontre sa capacité à faire respecter la loi tout en protégeant ceux auxquels cette loi s’applique.
Le véritable défi pour le Service national sera donc de préserver les acquis d’un projet qui avait suscité de l’espoir, tout en corrigeant avec rigueur tout comportement susceptible de le ramener à l’image qu’il devait précisément combattre.
À Kinshasa, assainir la ville est une nécessité. Le faire dans le respect de la dignité humaine devrait être une obligation.
Lydia Mangala


