À Bunia, les lieux de culte deviennent aussi des espaces de sensibilisation face à Ebola. Dans la province de l’Ituri, où la riposte contre la maladie à virus Ebola se poursuit, les acteurs communautaires sont davantage sollicités pour rapprocher les messages de prévention des populations.
C’est dans cette perspective que l’Institut national de santé publique (INSP), à travers le Centre des opérations d’urgence de santé publique (COUSP), avec l’appui financier de l’UNICEF, a organisé le lundi 24 août 2026, à l’Espace Pacifique de Bunia, une session de sensibilisation destinée aux leaders religieux de la zone de santé de Bunia.
Au total, 75 responsables issus notamment des communautés protestantes et musulmanes, ainsi que des représentants des églises de réveil et de l’Église kimbanguiste, ont pris part à cette rencontre consacrée à leur implication dans la riposte.
Le choix de ces acteurs n’est pas anodin. Présents au quotidien auprès des communautés, les responsables religieux disposent d’une capacité importante à transmettre des messages et à répondre aux préoccupations de leurs fidèles.
L’objectif de la rencontre était donc de leur fournir des informations fiables afin qu’ils puissent, à leur tour, sensibiliser leurs communautés sur les comportements à adopter face à Ebola.
« La lutte contre Ebola est l’affaire de tous », a rappelé le Dr Pierrette Mubadi, chargée de communication à l’INSP, soulignant l’importance du respect des mesures de prévention, du signalement rapide des cas suspects et de l’engagement communautaire pour interrompre la transmission de la maladie.

Les participants ont été invités à mettre leur influence au service de la riposte, notamment à travers les cultes, les rencontres communautaires et leurs différents réseaux de proximité.
Durant l’atelier, plusieurs modules ont permis aux leaders religieux de mieux comprendre la maladie et les différentes étapes de la riposte.
Les échanges ont notamment porté sur les modes de transmission d’Ebola, les signes cliniques et les mesures de prévention. Les experts ont également expliqué la chaîne d’alerte et de transfert des cas suspects, la prise en charge au Centre de traitement Ebola (CTE), les enterrements dignes et sécurisés ainsi que le listage et le suivi des contacts.
L’objectif était de permettre aux participants de disposer d’éléments suffisamment précis pour répondre aux questions de leurs communautés et éviter que les rumeurs ne prennent le dessus sur les informations sanitaires officielles.
La désinformation et les fausses informations ont occupé une place importante dans les discussions.
Les participants ont notamment évoqué la peur et la méfiance envers les équipes médicales, deux facteurs susceptibles de retarder le recours aux soins ou le signalement des cas suspects.
Une session spécifique a ainsi été consacrée à l’impact des infodémies, ces flux de fausses informations et de rumeurs qui peuvent compliquer la réponse à une épidémie.
Le Dr Blaise, de la Division provinciale de la santé de l’Ituri, a insisté sur le rôle déterminant des leaders religieux pour restaurer la confiance entre les communautés et les équipes de riposte.
Selon lui, leur implication peut contribuer à encourager la consultation précoce et l’adoption des gestes de prévention.
La rencontre a également donné lieu à un échange direct entre les leaders religieux et les experts sanitaires.
Plusieurs préoccupations entendues dans les communautés ont été soumises aux intervenants, notamment autour du fonctionnement des écoles et des marchés, des rumeurs concernant les Centres de traitement Ebola ainsi que des interrogations liées aux origines de la maladie.

Ces échanges ont permis aux experts d’apporter des clarifications et de fournir aux participants des réponses susceptibles d’être relayées auprès des fidèles.
Pour l’INSP, cette approche permet de lutter contre la désinformation à sa source et de renforcer la confiance indispensable à l’efficacité de la riposte.
Au terme de la session, les leaders religieux ont pris l’engagement de poursuivre la sensibilisation au sein de leurs communautés respectives.
À travers les églises, les mosquées et leurs réseaux communautaires, ils sont désormais appelés à transmettre les messages essentiels sur la prévention, l’alerte précoce et la prise en charge, tout en contribuant à déconstruire les rumeurs qui alimentent la méfiance.
Pour le Dr Pierrette Mubadi, l’attente de l’INSP est de voir ces acteurs traduire les connaissances reçues en actions concrètes sur le terrain et contribuer activement à l’éradication de la maladie.
Cette initiative ne devrait d’ailleurs pas rester limitée à Bunia. La chargée de communication de l’INSP a annoncé que d’autres séances de sensibilisation sont prévues dans plusieurs zones de santé de l’Ituri et du Nord-Kivu.
À Bunia, la riposte contre Ebola mise sur la confiance des communautés, une force qui dépasse les structures sanitaires. En donnant aux leaders religieux les moyens de mieux informer leurs fidèles, les acteurs de la riposte espèrent faire de chaque lieu de culte un relais de prévention et de chaque communauté un véritable rempart contre la propagation de la maladie.
Lydia Mangala


