À l’occasion d’un atelier consacré au rôle des médias dans la mise en œuvre des résolutions 1325 et 2250, tenu mercredi 19 août la salle de conférence Kimia/MONUSCO-UTEX, Lech Walassa, journaliste à Radio Okapi et membre de la section Communication stratégique et sensibilisation sociale de la MONUSCO, a animé une session consacrée au fact-checking et aux outils de signalement.
Face aux journalistes et professionnels des médias, il a insisté sur la nécessité de vérifier les faits avant toute diffusion, particulièrement dans un contexte de paix où la désinformation peut alimenter les tensions, manipuler l’opinion et fragiliser la cohésion sociale.

« Fact » signifie faits et « checking », vérification. Pour Lech Walassa, le fact-checking consiste donc à soumettre une information à un processus rigoureux de vérification avant de la considérer comme vraie et de la diffuser au public. Une démarche qui, selon lui, relève directement de la responsabilité journalistique.
Au cœur de son intervention, le journaliste a placé une question essentielle : pourquoi lutter contre la désinformation dans un processus de paix ? La réponse tient, selon lui, au pouvoir que l’information exerce sur les perceptions et les comportements. Une information fausse ou manipulée peut contribuer à créer la peur, renforcer les divisions, alimenter les discours de haine ou encore compromettre les efforts de paix.
Pour détecter une intox, Lech Walassa invite les journalistes à commencer par examiner la source de l’information. Qui parle ? Quel est son intérêt ? Quel est son comportement habituel ? Quel public cherche-t-il à atteindre ? Et surtout, dans quel contexte l’information a-t-elle été produite ?
« Les techniques du fact-checking sont basées sur le journalisme », a-t-il rappelé.
Il a souligné que le journaliste doit vérifier l’information qu’il reçoit au lieu de la reprendre automatiquement.
Il recommande notamment de s’intéresser à trois éléments notamment l’auteur, le comportement de la source et le contenu publié. Cette première lecture permet déjà d’identifier les éventuelles incohérences et de déterminer si une information mérite une vérification approfondie.
La véracité n’est toutefois pas le seul élément à examiner. Le contexte et le récit occupent également une place importante. Une information peut être réelle tout en étant utilisée de manière trompeuse si elle est sortie de son contexte ou présentée à un moment précis dans le but d’influencer l’opinion.
Le journaliste doit ainsi se demander non seulement si ce qui est présenté est vrai, mais également ce que le contenu cherche à faire croire au public.
L’une des distinctions importantes soulevées durant l’atelier concerne la différence entre un fait, une opinion et une véritable désinformation.
Une personne peut exprimer une opinion erronée sans nécessairement produire de la désinformation. La désinformation implique généralement une volonté de tromper, d’induire en erreur ou de manipuler.
« Les faits sont sacrés, les commentaires sont libres », a-t-il rappelé.
Il a invité les journalistes à ne pas confondre une déclaration subjective avec une affirmation factuelle susceptible d’être vérifiée.
Il a également évoqué la malinformation, qui consiste notamment à utiliser une information vraie, mais à la sortir de son contexte ou à la diffuser dans une intention susceptible de nuire.
Cette distinction devient particulièrement importante dans le traitement des questions politiques, sécuritaires et sociales, où une information ancienne peut être recyclée pour donner l’impression qu’elle décrit une situation actuelle.
Dans un environnement numérique dominé par les images et les vidéos, les journalistes doivent développer des réflexes de vérification adaptés aux différents types de contenus.
Lech Walassa a notamment cité Google Lens comme un outil permettant d’effectuer une recherche à partir d’une image. Une photographie présentée comme récente ou prise dans un lieu donné peut ainsi être recherchée afin d’identifier ses anciennes occurrences sur Internet et de retrouver éventuellement son contexte d’origine.
Cette technique permet notamment de démasquer les images anciennes utilisées pour illustrer de nouveaux événements.
Pour les vidéos, il a évoqué InVID, qui permet notamment d’extraire des images clés d’une vidéo afin de les soumettre à des recherches inversées. L’objectif est de retrouver l’origine d’une séquence ou de déterminer si une vidéo ancienne est présentée comme un événement récent.
Le journaliste a également insisté sur l’importance des métadonnées, qui peuvent renseigner sur la date, l’heure, la localisation ou encore le dispositif utilisé pour produire une image. Il a toutefois averti que ces données peuvent être supprimées ou manipulées et qu’elles ne doivent donc pas constituer, à elles seules, une preuve définitive.
Il a abordé le défi de la montée des contenus générés ou manipulés grâce à l’intelligence artificielle.
Lech Walassa a particulièrement insisté sur les deepfakes, ces contenus qui permettent de reproduire le visage, la voix ou les gestes d’une personne afin de lui faire tenir des propos qu’elle n’a jamais prononcés.
« On clone la voix », a-t-il expliqué.
Il a rappelé qu’il est désormais possible de générer des vidéos extrêmement réalistes à partir d’un simple scénario ou d’un échantillon vocal.
Dans ce contexte, le journaliste ne peut plus se contenter de regarder une vidéo pour juger de son authenticité. Il doit rechercher la source originale, comparer avec les comptes officiels, vérifier les circonstances et confronter le contenu à plusieurs sources indépendantes.
L’IA peut également produire des images réalistes difficiles à distinguer immédiatement de photographies authentiques. D’où la nécessité, selon l’intervenant, de développer davantage l’esprit critique et les compétences numériques des journalistes.
Le fact-checking passe également par une bonne maîtrise des moteurs de recherche et des réseaux sociaux.
Lech Walassa recommande notamment d’utiliser des mots-clés précis, en combinant plusieurs termes liés à une information. Une recherche associant par exemple un lieu, une organisation, une personne et un événement peut permettre de retrouver les différentes mentions d’une même affirmation et d’en reconstituer le contexte.
Il a également évoqué les possibilités de recherche avancée sur X, permettant d’affiner les résultats et de retrouver des publications ou des citations précises.
Pour la veille et le monitoring, il a présenté Brandwatch, un outil utilisé pour suivre les mentions et les conversations autour de mots-clés sur différentes plateformes. L’outil permet notamment d’observer les tendances et les narratifs qui circulent sur les réseaux sociaux.
L’intervenant a toutefois précisé que Brandwatch est avant tout un outil de veille et de monitoring, et non un outil qui détermine automatiquement la véracité d’une information.
Outre la vérification, l’atelier a porté sur le signalement des contenus problématiques.
Sur Facebook, Instagram, X, YouTube ou d’autres plateformes, les utilisateurs disposent de mécanismes permettant de signaler une publication qui enfreint les règles de la plateforme. Le signalement est ensuite transmis aux équipes chargées de la modération, qui examinent le contenu au regard des standards en vigueur.
Lech Walassa a cependant appelé les journalistes et les utilisateurs à ne pas signaler systématiquement une publication simplement parce qu’ils ne sont pas d’accord avec son contenu. Il faut identifier précisément le problème et déterminer s’il s’agit d’une fausse information, d’une manipulation, d’un discours haineux, d’une incitation à la violence ou d’une autre violation des règles.
Signaler n’est donc pas censurer une opinion mais plutôt attirer l’attention sur un contenu susceptible de présenter un risque ou de violer les règles de la plateforme.
Il a également souligné qu’un signalement pertinent peut suffire à attirer l’attention des équipes de modération. La responsabilité ne repose donc pas nécessairement sur une mobilisation massive d’utilisateurs.
Pour Lech Walassa, la jeunesse représente un véritable atout dans la lutte contre la désinformation. Plus familiers avec les réseaux sociaux, les outils numériques et les nouvelles technologies, les jeunes peuvent contribuer à renforcer les capacités des rédactions en matière de vérification.
Mais cette évolution impose également une adaptation constante. Les producteurs de désinformation utilisent eux-mêmes de nouvelles techniques pour contourner les systèmes de modération, modifier les mots, contourner les algorithmes ou créer des contenus artificiels.
Face à cette évolution permanente, le journaliste doit donc continuer à se former.
Dans un contexte marqué par les conflits, les tensions communautaires et les processus de paix, la vérification de l’information devient ainsi bien plus qu’une compétence technique : elle constitue une responsabilité journalistique et citoyenne.
Lech Walassa a ainsi livré aux participants une boîte à outils allant de Google Lens à InVID, en passant par les recherches avancées, les métadonnées, YouTube Data Viewer, Brandwatch et les mécanismes de signalement des plateformes.
Pour lui, avant de partager une information, il faut la vérifier, face à un contenu problématique, il faut savoir le signaler.
Lydia Mangala


