Le vice-Premier ministre chargé des Transports, Voies de communication et Désenclavement, Jean-Pierre Bemba, a été auditionné le vendredi 16 octobre 2026 au Sénat, où il a répondu à une question d’actualité du sénateur Faustin Luanga sur la sécurité, la gouvernance et la modernisation des transports en République démocratique du Congo. Parmi les dossiers abordés figure le crash aérien survenu à Kenge, dans la province du Kwango, qui a coûté la vie à 17 personnes le 25 septembre dernier.
Devant les sénateurs, Jean-Pierre Bemba a indiqué que la boîte noire de l’appareil accidenté avait été retrouvée et acheminée à Kinshasa pour les besoins de l’enquête. Il a appelé à la prudence dans l’interprétation des éléments disponibles, alors que les circonstances exactes du drame restent à établir.
Les enquêteurs examinent plusieurs hypothèses, notamment l’état technique de l’avion, sa navigabilité, sa maintenance, les conditions météorologiques, les facteurs humains, la trajectoire du vol et d’éventuelles défaillances institutionnelles.

« Mais une hypothèse ne constitue pas une conclusion d’enquête. Le rôle du gouvernement est précisément de laisser les organes compétents établir les faits en toute indépendance, déterminer les causes de l’accident et, le cas échéant, identifier les responsabilités qui en découlent », a déclaré le ministre.
Le bilan communiqué reste de 17 morts, dont 13 officiers militaires. Parmi les victimes figuraient notamment le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalayi Tiende, premier président de la Haute Cour militaire, et le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, auditeur général des FARDC.
L question d’actualité a porté sur dix grands axes de la politique nationale des transports. Les préoccupations soulevées concernaient notamment les mesures urgentes de sécurité, l’audit des infrastructures aéroportuaires, la lutte contre la surcharge des unités flottantes, le balisage fluvial, la gouvernance de l’OGEFREM et la gestion du Go Pass.
En présentant son bilan depuis sa prise de fonctions en juin 2024, Jean-Pierre Bemba a décrit un secteur confronté à des insuffisances structurelles, dont la vétusté des infrastructures, le manque d’entretien, l’insuffisance des équipements de sécurité et la faible interconnexion entre les différents modes de transport.
Il a également relevé le coût élevé de la logistique, les limites de la régulation et la sous-exploitation des voies fluviales et ferroviaires, alors que le pays reste fortement dépendant du transport routier.
« Le secteur que j’ai trouvé est confronté à des déficits historiques. Mais depuis mon avènement en juin 2024, j’ai engagé des actions concrètes dans plusieurs domaines, et j’ai changé la méthodologie », a-t-il affirmé.
Pour répondre à ces difficultés, le vice-Premier ministre a mis en avant une approche axée sur la modernisation des infrastructures, la prévention des risques, la digitalisation des procédures et le renforcement des contrôles.
Il a notamment défendu une évolution des méthodes de gestion du secteur, résumée par la volonté de moderniser plutôt que de procéder à des réparations provisoires, de prévenir plutôt que de guérir et de digitaliser plutôt que de maintenir des procédures manuelles.
Le programme gouvernemental 2024-2028 prévoit, dans cette perspective, la construction, la réhabilitation et la modernisation des infrastructures aériennes, ferroviaires, routières, maritimes et fluviales, ainsi que l’amélioration des équipements et des services de transport.

Les échanges ont également porté sur la gouvernance des entreprises publiques du secteur, le fonctionnement de l’OGEFREM et la gestion du Go Pass. Ces dossiers s’inscrivent dans les préoccupations plus larges liées à la transparence, à l’efficacité des services et à la responsabilisation des acteurs.
Cette audition intervient dans un contexte où les accidents et les défaillances des transports continuent de susciter des interrogations sur l’efficacité des mesures de sécurité et le rythme des réformes.
Au terme de cette séance, les réponses de Jean-Pierre Bemba ont permis de présenter les orientations défendues par le gouvernement. Leur portée dépendra toutefois de la mise en œuvre effective des réformes annoncées, du renforcement des contrôles et des résultats des enquêtes sur les accidents, notamment celui de Kenge.
Lydia Mangala


