La prévention du cancer du sein passe par une meilleure connaissance de son corps, un dépistage précoce et une prise en charge médicale sans retard. C’est le message défendu par la docteure Believe Mashala lors d’une conférence organisée ce vendredi 16 octobre 2026 par la structure « Elle et sa Santé », à l’American Corner de l’Université protestante au Congo (UPC), à Kinshasa, dans le cadre de la campagne Octobre Rose.
Médecin engagée dans la lutte contre le cancer, elle a consacré son intervention à l’autopalpation des seins, aux signes d’alerte, aux possibilités de dépistage et aux traitements disponibles.
Elle a particulièrement insisté sur la nécessité de dépasser les tabous et les idées reçues qui retardent encore le recours aux soins.
Au cours de son intervention, Believe Mashala a expliqué les différentes étapes de l’autopalpation, un examen que chaque femme peut réaliser elle-même pour repérer d’éventuels changements au niveau des seins. Pour les femmes ayant leurs menstruations, elle recommande de pratiquer ce geste trois à cinq jours après les règles.
L’exercice consiste d’abord à observer l’aspect des seins devant un miroir, notamment leur forme, leur volume et l’état de la peau. Il faut ensuite palper chaque sein avec trois doigts, en effectuant des mouvements méthodiques sur l’ensemble de la zone, y compris vers l’aisselle et sous la clavicule.
L’apparition d’une boule, une modification inhabituelle du volume, une rétraction du mamelon, un changement de la peau ou un écoulement anormal doivent conduire à consulter un professionnel de santé.

« L’autopalpation, c’est un examen de moi face à mon corps. Donc, je le fais moi seule », a expliqué la médecin, en insistant sur l’importance de transformer cette pratique en habitude régulière.
Elle a toutefois rappelé qu’une masse dans le sein ne signifie pas systématiquement la présence d’un cancer. L’objectif de l’autopalpation est de repérer une anomalie, et non de poser soi-même un diagnostic.

« N’ayons pas peur de nous faire dépister. Ayons l’habitude de faire l’autopalpation de manière régulière. Consultez en cas de masse, en cas de rétraction mammaire, en cas de coloration », a-t-elle insisté.
Pour Believe Mashala, le manque d’information et la peur du diagnostic contribuent à retarder la consultation. Certaines femmes dissimulent leurs symptômes par honte ou par crainte du regard de leur entourage, tandis que d’autres associent encore le cancer à la sorcellerie ou à une maladie nécessairement mortelle.
La médecin a raconté le cas d’une jeune femme de 18 ans rencontrée lors d’une campagne de sensibilisation à Kikwit, dans la province du Kwilu. Malgré des signes importants de la maladie, celle-ci avait tardé à consulter et s’était tournée vers des pratiques traditionnelles. Son état s’était progressivement aggravé.
Ce témoignage illustre, selon elle, les conséquences possibles d’une prise en charge tardive et la nécessité de mieux informer les communautés, y compris dans les milieux ruraux.
« Parce qu’elles sont sous-informées. Elles n’ont pas l’information. Peut-être que nous qui sommes des femmes qui avons cette information, nous gardons cela pour nous. Or, c’est quelque chose dont nous devons parler sans tabou », a-t-elle souligné.

Elle a également rappelé que les hommes ne sont pas épargnés par le cancer du sein. Même si la maladie est beaucoup plus fréquente chez les femmes, ils doivent eux aussi rester attentifs aux changements inhabituels et consulter en cas de signe suspect.
Outre l’autopalpation, Believe Mashala a insisté sur l’importance du dépistage médical. Dans le cadre de la campagne en cours, elle a annoncé que des examens étaient proposés gratuitement jusqu’au 31 octobre 2026, en orientant les participants vers des structures sanitaires partenaires notamment le Centre Nganda, le Centre hospitalier Monkole et le Centre hospitalier universitaire du Cinquantenaire.

Elle a notamment évoqué l’examen clinique réalisé par un médecin ainsi que des examens complémentaires, comme la mammographie et l’échographie mammaire, selon la situation de chaque patiente.
La médecin a souligné l’importance des antécédents familiaux dans l’évaluation du risque et encouragé les personnes concernées à en parler à un professionnel de santé afin de bénéficier d’un suivi adapté.
Elle a également rappelé que le coût des examens et des traitements constitue un obstacle pour de nombreuses familles. La gratuité du dépistage représente ainsi une occasion de consulter et de vérifier son état de santé sans attendre l’apparition de symptômes avancés.
Dans la dernière partie de son intervention, Believe Mashala a tenu à déconstruire l’idée selon laquelle un diagnostic de cancer équivaut automatiquement à une condamnation à mort.
Elle a expliqué que les possibilités de traitement dépendent notamment du type de cancer et de son stade au moment du diagnostic. La prise en charge peut associer plusieurs spécialités médicales et différentes approches thérapeutiques, parmi lesquelles la chimiothérapie, la radiothérapie, l’hormonothérapie ou les thérapies ciblées, selon les indications médicales.
Elle a également insisté sur le rôle du soutien psychologique dans le parcours de soins, soulignant que l’accompagnement des patientes ne doit pas se limiter aux traitements physiques.

« Mais on ne dit pas que quand on découvre ton cancer, tu vas forcément mourir. Enlevons ça de nos têtes », a-t-elle déclaré.
Pour elle, plus la maladie est détectée tôt, meilleures sont les possibilités de prise en charge. À l’inverse, un diagnostic tardif peut réduire les options thérapeutiques et conduire à des soins visant principalement à soulager les symptômes.
Pour conclure, Believe Mashala a plaidé pour que la lutte contre le cancer du sein ne se limite pas au mois d’octobre. Elle estime que les messages de prévention doivent se poursuivre dans les familles, les écoles et les communautés, afin que l’autopalpation, la vigilance face aux signes inhabituels et le recours aux soins deviennent des réflexes durables.
« Que cela ne soit pas une lutte juste pour ce mois. Que cela soit notre routine, que ce soit notre quotidien. Parlons de ça à chaque fois dans nos familles », a-t-elle insisté.
La docteure Believe Mashala a mis en avant trois leviers essentiels dans la lutte contre le cancer du sein entre autres l’information, la détection précoce et l’accès aux soins.
Ce sont des éléments qui font que la sensibilisation prend tout son sens lorsqu’elle conduit à des gestes concrets pour préserver la santé.
Lydia Mangala


