Cette affaire m’a rappelé une chose que j’avais complètement oubliée, alors que je l’avais moi-même vécue: la liberté d’expression existe, c’est vrai MAIS elle ne nous protège pas toujours des conséquences de nos propres paroles, surtout lorsque notre nom, notre poste, notre visibilité, voire notre avenir professionnel, sont en jeu.
Il y a quelques années, j’ai reçu une très belle opportunité d’embauche en tant que Community Manager. Une opportunité qui semblait presque conclue, qui était là, juste devant moi. Puis, quelqu’un qui estimait me connaître est intervenu auprès des responsables de la structure concernée.
Ce dernier m’a présentée comme une personne trop tranchante sur les réseaux sociaux, en affirmant que j’avais déjà critiqué certaines structures, certaines personnes, et même eux, directement ou indirectement.
Avec du recul, je peux dire que certains propos de ce Mr avaient été exagérés. Peut-être qu’il était jaloux de moi, peut-être que j’avais refusé ses avances quelque part je ne sais pas, 𝙈𝘼𝙄𝙎 le résultat était là : ses paroles, ajoutées à certaines de mes anciennes publications, ont pesé dans la balance. Je n’ai finalement pas été retenue pour ce poste.
Sur le moment, on peut trouver ce qui m’est arrivé comme injuste. Et, honnêtement, je l’avais pris dans ce sens au fait. Surtout qu’à cette 𝙚́𝙥𝙤𝙦𝙪𝙚 (𝙥𝙤𝙪𝙧 𝙘𝙚𝙪𝙭 𝙦𝙪𝙞 𝙨𝙖𝙫𝙚𝙣𝙩), je me présentais comme une activiste pro-démocratie. J’avais des opinions fortes, des prises de position assumées, parfois très directes. Je pensais défendre des causes justes, dénoncer ce qui devait l’être, dire tout haut ce que d’autres pensaient tout bas.
Mais avec le temps, on grandit. On apprend.
À plus de 30 ans j’ai compris que dans la vie professionnelle, les compétences ne suffisent pas toujours. L’image que nous renvoyons compte aussi. La manière dont nous parlons compte. Les combats que nous choisissons de mener publiquement comptent. Même les personnes avec qui nous traînons, échangeons ou nous associons peuvent parfois influencer la perception que les autres ont de nous.
C’est dur à accepter, mais c’est une réalité.
On peut avoir raison sur le fond et se mettre en difficulté sur la forme. On peut défendre une cause légitime et perdre une opportunité parce qu’on n’a pas mesuré le poids de ses mots. On peut parler en tant que citoyen, mais être jugé en tant que professionnel.
Voilà pourquoi, à mon humble avis, il faut apprendre à choisir ses combats, surtout lorsqu’on sait qu’on a une famille derrière soi, des responsabilités, un avenir à construire et parfois des personnes qui comptent sur nous.
En tant que citoyen congolais, chacun a le droit moral de s’interroger lorsque certaines décisions concernent notre pays, son image, sa souveraineté ou sa dignité. Ce droit existe. En effet aimer son pays, ce n’est pas tout applaudir sans réfléchir. C’est aussi se poser des questions, demander des explications et refuser que certaines choses se fassent dans le silence total.
Mais en même temps, il y a la réalité professionnelle.
Quand on travaille dans une institution, une ambassade, une organisation internationale, une administration publique ou une structure sensible, il faut faire très attention à ce que l’on dit publiquement. Non pas parce qu’il faut devenir hypocrite ou renoncer à ses convictions, mais parce que certaines paroles peuvent se retourner contre nous plus vite qu’on ne l’imagine.
Melissa Nzowo


