Dans un environnement numérique où une information peut toucher des milliers de personnes en quelques minutes, la liberté d’expression des médias s’accompagne d’une responsabilité particulière de vérifier, d’expliquer et d’assumer ce qui est publié. C’est autour de cette réalité que Jonathan Gambi, directeur général du média PEPELE NEWS, est intervenu lors du panel « Liberté d’expression et réussite dans l’univers numérique », organisé ce vendredi 18 septembre 2026 au Musée national de la RDC à Kinshasa, dans le cadre de la première édition de Creators Bomoko.
Modérée par Yves Nsiala, la discussion a notamment porté sur les difficultés rencontrées par les médias numériques lorsqu’ils doivent informer dans un contexte marqué par les attentes du public, les pressions et la nécessité de préserver leur crédibilité.
Informer, mais surtout expliquer l’information

Dans son intervention, Jonathan Gambi a insisté sur la responsabilité du média vis-à-vis de son audience. Pour lui, publier une information ne constitue pas une finalité en soi : le lecteur doit également pouvoir comprendre ce qu’elle signifie et savoir comment l’appréhender.
« Je vais informer mon lecteur de ce qu’il est vraiment de l’utilisation de cette information. Il fallait que j’arrive à convaincre mes lecteurs », a-t-il expliqué.
Cette approche place ainsi le travail éditorial au-delà de la simple diffusion d’une information. Le média doit également établir une relation de confiance avec son public, particulièrement lorsque le sujet traité est sensible.
Quand informer devient une épreuve
Jonathan Gambi a également évoqué les difficultés auxquelles peuvent être confrontés les médias lorsqu’ils abordent certains sujets dans un contexte de pression.
« Quand vous êtes face à des pressions du gouvernement, et vous pensez que ce n’est pas possible », a-t-il déclaré, en revenant sur une expérience qui l’aurait particulièrement marqué.
Son témoignage montre les tensions auxquelles peut être confrontée une rédaction lorsqu’elle doit maintenir son travail éditorial tout en faisant face aux réactions suscitées par certaines publications.
Pour lui, la pression ne se mesure cependant pas uniquement à travers les réactions des autorités ou des acteurs concernés. Le public lui-même peut constituer une force capable de soutenir, mais aussi de contester fortement, un média.
Une audience qui peut soutenir comme contester
Le directeur général de PEPELE NEWS a raconté avoir constaté cette dualité au fil du développement de son média.
« Il y a des gens qui nous encouragent tous les jours, mais ce sont ces mêmes lecteurs qui se sont réunis contre moi », a-t-il témoigné.
Cette situation souligne une réalité du paysage médiatique numérique dans laquelle une communauté construite autour d’un média n’est pas nécessairement acquise à toutes ses publications. Les lecteurs peuvent soutenir une plateforme tout en contestant une information, un choix éditorial ou une manière de la traiter.
La croissance de l’audience devient alors indissociable de l’exigence de savoir gérer la contradiction sans perdre le cap éditorial.
La pression impose aussi une organisation interne
Jonathan Gambi a enfin évoqué la manière dont les responsabilités sont réparties au sein de sa rédaction. Dans un média numérique où l’actualité impose parfois une publication rapide, les décisions éditoriales doivent néanmoins respecter une chaîne de validation.
« Mon journaliste qui produit l’information, sans tenir compte de moi, doit passer par le directeur en charge. Parce que je lui ai permis d’inscrire l’alerte », a-t-il expliqué.
Cette organisation traduit la nécessité, pour les médias numériques, de concilier instantanéité et contrôle éditorial. Une alerte publiée trop rapidement peut engager la responsabilité du média, tandis qu’une information insuffisamment vérifiée peut fragiliser la confiance construite auprès du public.
La liberté d’expression face à l’exigence de crédibilité
Par son témoignage, Jonathan Gambi a ainsi ramené le débat sur la liberté d’expression verws la préservation de la liberté d’informer tout en assumant la responsabilité qui accompagne chaque publication.
Dans un écosystème où l’audience peut rapidement atteindre plusieurs millions de personnes, la puissance d’un média ne se mesure plus seulement à sa capacité à faire du bruit. Elle se mesure aussi à sa capacité à informer, expliquer, organiser son travail éditorial et maintenir la confiance de son public malgré les pressions et les désaccords.
C’est précisément cette articulation entre liberté, responsabilité et professionnalisation qui s’est dessinée derrière les échanges de ce panel de Creators Bomoko.
Lydia Mangala


