Sur les réseaux sociaux, quelques secondes peuvent suffire pour faire exploser une publication. Une controverse, une confrontation ou une opinion clivante peut rapidement attirer des milliers de réactions et propulser un compte au-devant de l’actualité numérique. Mais derrière cette course à l’attention, une question se pose : la polémique peut-elle réellement devenir une source de revenus durable pour un créateur ?
C’est autour de cet enjeu que s’articulera le panel « Polémiques et contenus négatifs en ligne : est-ce réellement payant ? », organisé dans le cadre de Creators Bomoko, les 18 et 19 septembre 2026 au Musée national de la RDC, à Kinshasa.
La discussion réunira Jonathan Batulukisi, Cédric Isengoma et Macklean Mac, sous la modération du créateur de contenus Dave Aradjabu.
Sur les plateformes numériques, les contenus qui suscitent de fortes réactions bénéficient souvent d’une importante circulation. Une polémique peut provoquer des commentaires, des partages, des reprises par d’autres comptes et, par conséquent, une augmentation rapide de la visibilité.
Pour certains créateurs, cette dynamique peut apparaître comme une opportunité. Plus une publication fait parler, plus elle attire l’attention sur son auteur.
Mais la visibilité ne constitue pas nécessairement une activité économique. Un contenu viral peut générer beaucoup d’attention sans produire automatiquement des revenus.
Le panel entend ainsi questionner la différence entre les performances visibles d’une publication et sa véritable valeur pour l’activité d’un créateur.
Parmi les intervenants, Jonathan Batulukisi évolue dans l’univers de la communication digitale. Il exerce comme Head of Digital Communication au sein de l’agence Miteka Advertising.
Son parcours est également marqué par des initiatives destinées à rapprocher l’univers numérique des réalités du terrain. Il est notamment à l’initiative de « Du virtuel au réel » (VAR), une série d’activités réunissant jeunes, influenceurs et acteurs de différents secteurs.
Son regard permettra d’interroger la place de l’engagement numérique et la manière dont une communauté en ligne peut être mobilisée au-delà du simple buzz.
Cédric Isengoma, graphic designer, évolue également dans l’univers de la création, notamment à travers le textile et la mode.
Son profil apporte la dimension d’un créateur dont l’activité repose sur une identité visuelle, une production artistique et une image de marque.
Dans un environnement où l’image peut rapidement devenir virale, la question de la frontière entre provocation, créativité et construction d’une réputation prend tout son sens.
La créatrice de contenus Macklean Mac participera également aux échanges.
Son expérience dans la création numérique permettra d’aborder la réalité des créateurs confrontés quotidiennement aux réactions de leurs communautés, aux mécanismes de visibilité et à la pression liée à la recherche de contenus capables de retenir l’attention.
Pour les créateurs, cette pression peut parfois conduire à privilégier les sujets susceptibles de provoquer une réaction immédiate, au risque de faire de la polémique une composante permanente de leur identité numérique.
Vues, commentaires, partages et abonnements constituent des indicateurs facilement visibles sur les plateformes. Pourtant, ils ne permettent pas à eux seuls de déterminer la rentabilité d’un contenu.
Une publication peut atteindre un large public sans générer de ventes, de partenariats ou de revenus. À l’inverse, un contenu moins viral mais destiné à une audience bien ciblée peut contribuer davantage au développement d’une activité.
L’enjeu sera donc de regarder au-delà des statistiques et de comprendre ce que le créateur fait de l’attention obtenue.
Si le buzz peut attirer rapidement l’attention, une stratégie fondée en permanence sur la controverse peut également influencer l’image du créateur.
Pour une marque ou un partenaire potentiel, la taille de l’audience n’est pas nécessairement le seul élément pris en compte. L’identité du créateur, la nature de ses contenus, son rapport à sa communauté et la cohérence de son image peuvent également entrer dans l’équation.
La recherche de visibilité devrait capter l’attention sans fragiliser la crédibilité construite au fil du temps.
Le débat ne porte pas sur l’interdiction de la controverse. La critique, l’humour, la satire ou les opinions divergentes font partie de la création et des échanges sur Internet.
La difficulté apparaît lorsque la recherche d’engagement pousse à provoquer artificiellement, à humilier, à diffuser de fausses informations ou à entretenir volontairement des conflits.
Pour un créateur qui souhaite inscrire son activité dans la durée, l’enjeu est donc de trouver un équilibre entre liberté éditoriale, capacité à retenir l’attention et responsabilité envers son audience.
Par ce panel, Creators Bomoko ouvre une réflexion sur la capacité de la polémique à générer de l’attention.
Les échanges entre Dave Aradjabu, Jonathan Batulukisi, Cédric Isengoma et Macklean Mac permettront d’examiner ce qui se cache derrière les chiffres.
Dans l’économie des créateurs, attirer l’attention peut faire décoller une publication. La transformer en confiance, en opportunités et en revenus durables demande toutefois bien plus qu’un simple buzz.
Lydia Mangala


