Dans un environnement où les créateurs de contenus cherchent de plus en plus à vivre de leur créativité, la collaboration avec les marques ne repose pas uniquement sur le nombre d’abonnés. Elle implique aussi une adéquation entre le profil du créateur, sa communauté, son contenu et les objectifs de la marque. C’est l’un des principaux enseignements de l’intervention de Binja Basimike, fondatrice et directrice générale de Kivu Brand Architects, lors du panel « Monétiser sa créativité », organisé ce vendredi 18 septembre 2026 au Musée National de la RDC, à Kinshasa, dans le cadre de la première édition de Creators Bomoko.
Tout commence par le brief de la marque
Selon Binja Basimike, une collaboration réussie entre une marque et un créateur commence avant même la production du contenu. L’agence doit d’abord comprendre précisément les attentes du client afin de déterminer quel profil correspond réellement à la campagne.
Certaines marques arrivent déjà avec le nom d’un créateur avec lequel elles souhaitent travailler. Mais ce choix doit être confronté à la réalité de sa communauté et de son contenu.
« Est-ce que sa communauté à lui, qui répond à tout ce qu’il fait, tant qu’on dit voyage, etc., vont répondre vraiment à ces vidéos-contenus ? », s’est-elle interrogée.
Pour elle, l’objectif n’est donc pas de proposer systématiquement le créateur le plus connu, mais celui dont l’univers correspond au produit ou au message à promouvoir.
« Je ne vends pas des rêves. Moi, les rêves se réalisent », a-t-elle affirmé.
Une fois le brief établi, l’agence travaille avec la marque sur le concept et les différentes possibilités créatives. La validation du client intervient ensuite, avant de laisser au créateur une marge suffisante pour produire son contenu.
Laisser la créativité aux créateurs
Binja Basimike défend ainsi une organisation dans laquelle l’agence encadre la collaboration sans étouffer la créativité des talents.
Après validation du concept, explique-t-elle, le créateur doit pouvoir exprimer son propre style et proposer un contenu qui reste cohérent avec son identité.
Cette approche permet également d’éviter les incompréhensions entre marques, agences et créateurs. Les idées sont discutées en amont afin de limiter les modifications tardives et les allers-retours au moment de la production.
La rémunération repose aussi sur un partage
Sur la question financière, Binja Basimike a expliqué que Kivu Brand Architects fonctionne notamment sur un système de pourcentage lorsqu’une campagne est réalisée par l’intermédiaire de l’agence.
Une partie du montant payé par la marque revient ainsi à l’agence pour couvrir son intervention et ses frais administratifs, tandis que le reste est destiné au créateur.
L’enjeu, insiste-t-elle, est de construire un écosystème dans lequel les créateurs peuvent réellement tirer des revenus de leur travail.
Le « Brand Safety », un critère qui compte
Au-delà de l’audience et de l’engagement, la réputation du créateur constitue également un élément pris en compte par les agences et les marques.
Binja Basimike évoque à ce sujet la notion de « Brand Safety », qui consiste notamment à évaluer les risques qu’une collaboration peut représenter pour l’image d’une marque.
« Même si vous avez l’engagement, même si vous avez le nombre d’abonnés, mais vous êtes mêlé dans beaucoup de choses, ça aussi pour nous, c’est un danger. En fait, c’est un risque pour nous », a-t-elle expliqué.
Une polémique passée ne signifie toutefois pas nécessairement qu’un créateur est définitivement écarté. Pour elle, le contenu produit aujourd’hui doit également être pris en compte.
« Je ne vais pas te juger à la base de ce que tu as fait avant », a-t-elle précisé.
L’évolution du créateur peut donc être considérée dans l’évaluation d’une éventuelle collaboration, à condition que son positionnement actuel corresponde aux attentes du client.
Le contenu publié devient le CV du créateur
Pour Binja Basimike, les créateurs doivent surtout prendre conscience que chaque publication contribue à construire leur image professionnelle.
« Ce que tu fais, c’est vraiment ton CV », a-t-elle souligné.
Les marques peuvent en effet consulter les contenus déjà publiés avant de prendre une décision. Le fil d’actualité devient alors une sorte de portfolio accessible publiquement, capable de montrer le style, le sérieux, le positionnement et la capacité du créateur à toucher une communauté.
« Même les clients, ils viennent à la base de ce que tu as déjà publié », a-t-elle fait remarquer.
Cette réalité pousse les créateurs à réfléchir à la cohérence de leur contenu sur le long terme. Ce qui attire aujourd’hui l’attention peut également influencer les opportunités professionnelles de demain.
Monétiser sans nécessairement montrer son visage
L’intervention de Binja Basimike a également élargi la notion de création de contenu. Pour elle, la monétisation n’est pas réservée aux créateurs qui apparaissent systématiquement devant la caméra.
Des contenus centrés sur les mains, les produits, la cuisine, les démonstrations ou encore les tutoriels peuvent également intéresser des marques.
Elle cite notamment l’exemple de créateurs qui ont construit une activité rentable sans faire de leur visage le principal élément de leur contenu.
L’essentiel reste donc de trouver une niche, de comprendre sa communauté et de créer une proposition suffisamment claire pour intéresser des partenaires commerciaux.
L’engagement dépasse le simple nombre d’abonnés
La fondatrice de Kivu Brand Architects a également évoqué l’engagement. Pour elle, une communauté active se mesure à sa capacité à réagir aux contenus, à participer aux défis, répondre aux sondages et interagir avec les publications.
Le nombre d’abonnés ne suffit donc pas, à lui seul, à déterminer la valeur commerciale d’un créateur.
Binja Basimike a ainsi présenté la monétisation comme un véritable écosystème où créativité, audience, positionnement, réputation et stratégie commerciale doivent se rencontrer.
Pour les créateurs présents à Creators Bomoko, le message passé est que publier du contenu peut être le point de départ, mais construire une identité professionnelle cohérente peut ouvrir la voie à des collaborations durables avec les marques.
Lydia Mangala


