La liberté d’expression ne se résume pas au droit de parler. Elle implique également la capacité d’écouter, de tolérer et d’assumer ses propos. C’est autour de cette vision que Gloire Babadi est intervenu lors du panel « Liberté d’expression et réussite dans l’univers numérique », organisé dans le cadre de la première édition de Creators Bomoko, ce vendredi 18 septembre 2026 au Musée National de la RDC à Kinshasa.
Face aux créateurs de contenus, artistes et acteurs du numérique réunis pour cette première édition, Gloire Babadi a d’abord souligné l’influence grandissante des plateformes numériques sur les pratiques culturelles, notamment dans l’industrie musicale. Mais au-delà de leur capacité à donner de la visibilité, ces espaces imposent aussi, selon lui, une réflexion sur la manière de prendre la parole.
TikTok et les réseaux sociaux redessinent les pratiques musicales
Pour Gloire Babadi, l’essor de TikTok a profondément transformé la manière dont les artistes pensent et diffusent leurs œuvres. La recherche de contenus susceptibles d’être repris dans les challenges et de circuler rapidement sur les réseaux influence désormais jusqu’au format des chansons.
Il observe notamment que certains artistes adaptent la durée et la structure de leurs morceaux afin de favoriser leur appropriation par les utilisateurs. Une évolution qui illustre, selon lui, la nécessité pour les créateurs de comprendre les codes propres à chaque plateforme.
Mais cette adaptation ne signifie pas que tous les contenus doivent répondre aux mêmes mécanismes. Le choix du réseau social doit aussi dépendre du contenu, du public visé et du positionnement de l’artiste.
Ne rien dire sans pertinence
C’est toutefois sur la liberté d’expression que Gloire Babadi a particulièrement insisté. Pour lui, la possibilité de s’exprimer publiquement, notamment sur les réseaux sociaux, doit être accompagnée d’une capacité à mesurer la portée de ses paroles.
« Quand vous savez que vous n’avez pas de pertinence, dites rien », a-t-il déclaré.
Il invite les créateurs à ne pas confondre liberté de parole et prise de parole systématique. Avant de publier, estime-t-il, chacun devrait interroger la pertinence de ce qu’il s’apprête à dire, mais aussi les limites liées à son éducation, à sa tolérance et au respect des autres.
Le franc-parler implique aussi de savoir écouter
Gloire Babadi a ensuite développé une conception réciproque de la liberté d’expression. Celui qui revendique le droit de dire ce qu’il pense doit également accepter que les autres puissent exprimer une opinion différente.
« Le vrai franc-parler, c’est la capacité d’écouter le franc-parler des autres », a-t-il affirmé.
Pour l’intervenant, la tolérance constitue ainsi une composante essentielle de la liberté d’expression. Il ne s’agit pas seulement de demander que sa propre opinion soit respectée, mais aussi d’accorder ce même droit aux autres.
Cette exigence devient particulièrement importante sur les réseaux sociaux, où une parole peut rapidement sortir de son contexte et toucher un public beaucoup plus large que celui initialement visé.
Dire ce qui dérange, mais avec les mots qu’il faut
Gloire Babadi n’a pas pour autant appelé à éviter les sujets controversés. Il défend plutôt le droit de dénoncer une situation lorsque les faits le justifient, à condition de choisir les mots appropriés et de pouvoir soutenir ses propos.
« Je préfère être crucifié pour la vérité que de crucifier la vérité », a-t-il cité.
Il a illustré cette idée par une expérience personnelle liée au décès, le 25 juin, d’une personne qui lui était proche. Il a expliqué avoir dénoncé publiquement une situation vécue dans le parcours de prise en charge, sans pour autant recourir aux injures.
Son propos est alors devenu un plaidoyer pour une parole capable de déranger sans tomber dans l’attaque personnelle. Pour lui, il faut dire ce que l’on considère comme vrai, mais savoir comment le dire.
Le respect mutuel d’opinion
Dans l’univers numérique, où les réactions peuvent être immédiates et parfois virulentes, Gloire Babadi appelle donc les créateurs à mesurer leurs propos avant leur publication.
« Il faut être libre de s’exprimer, mais il faut s’exprimer d’une manière responsable pour ne pas déranger les autres », a-t-il souligné.
Il invite également les utilisateurs à accepter les conséquences de leurs prises de position. Pour lui, la liberté implique une part d’assumation : celui qui choisit de s’exprimer doit être prêt à répondre de ce qu’il avance.
Cette responsabilité concerne aussi bien les critiques que les contenus positifs. Filmer une situation problématique pour la dénoncer ou montrer une réalisation jugée positive relève, selon son raisonnement, du même droit à l’expression.
Une liberté qui doit résister aux logiques des réseaux
Au terme de son intervention, Gloire Babadi a mis en garde contre une liberté progressivement conditionnée par la recherche de visibilité ou par les mécanismes des plateformes.
Pour lui, les créateurs doivent éviter de laisser les algorithmes, la recherche du buzz ou la peur des réactions déterminer entièrement leur manière de s’exprimer. La liberté conserve son sens lorsqu’elle s’accompagne de vérité, de responsabilité et de respect.
À Creators Bomoko, son intervention aura ainsi démontré qu’une présence en ligne suppose aussi de savoir pourquoi l’on parle, ce que l’on dit et comment on accepte d’entendre les autres.
Lydia Mangala


