Dans un univers numérique où la visibilité ne se résume plus au nombre d’abonnés, le positionnement, les valeurs et la capacité à raconter des histoires congolaises deviennent aussi des leviers de création de valeur. C’est autour de cette vision que Medie Senemona est intervenu lors du panel « Monétiser sa créativité », organisé ce vendredi 18 septembre 2026 au Musée National de la RDC à Kinshasa, dans le cadre de la première édition de Creators Bomoko.
Le jeune Congolais, connu notamment pour ses contenus autour de l’histoire, de la culture et des opportunités liées à la République démocratique du Congo, a partagé son expérience avec les participants. De la sélection des collaborations au repositionnement de son contenu, il a expliqué les choix qui structurent aujourd’hui son activité numérique.
Une collaboration doit d’abord reposer sur des valeurs
Pour Medie Senemona, recevoir une proposition commerciale ne signifie pas nécessairement l’accepter. Avec son manager et son équipe, il explique prendre le temps d’étudier le projet, son intérêt et surtout les valeurs portées par le potentiel partenaire.
« Avant toute chose, il faut discuter, comprendre le projet et comprendre ce que nous pouvons gagner en retour », a-t-il expliqué.
Cette démarche vise également à protéger son image. Le créateur considère que toute association avec une entreprise ou une organisation peut avoir des répercussions sur sa propre réputation.
« Je regarde par rapport aux valeurs que vous représentez et qu’est-ce que je peux gagner. Et par rapport à votre image, est-ce que mon image sera protégée ? », a-t-il ajouté.
Pour lui, une collaboration doit donc être pensée comme une relation dans laquelle les deux parties trouvent un intérêt et peuvent évoluer ensemble.
Le contenu comme identité professionnelle
Au-delà des collaborations, Medie Senemona a expliqué travailler actuellement sur le rebranding de son compte et de son identité numérique. Une démarche motivée notamment par les nombreuses interrogations reçues sur la nature exacte de ses contenus.
Son objectif est désormais de mieux affirmer un positionnement orienté vers l’éducation, les entreprises, l’entrepreneuriat et le partage d’opportunités.
« Moi, j’aime un peu la différence, partager des opportunités, évoluer dans l’éducation, tout ce qui est conseil et entrepreneuriat », a-t-il précisé.
Il résume ainsi son univers comme du « corporate, educational content », une orientation qui lui permet de se distinguer des contenus essentiellement tournés vers les tendances et le divertissement.
Cette spécialisation constitue, selon son expérience, un élément important pour permettre aux partenaires potentiels de comprendre rapidement ce que représente le créateur et à quel public il s’adresse.
86 000 abonnés, mais une visibilité qui dépasse les chiffres
Medie Senemona a également évoqué sa propre progression sur les réseaux sociaux. Avec 86 000 abonnés, il estime que le nombre de followers ne constitue pas l’unique indicateur de la valeur d’un créateur.
Il a notamment rappelé que certains créateurs disposent d’audiences dépassant le million d’abonnés, tout en soulignant que les opportunités dépendent aussi du contenu produit, du positionnement et du potentiel identifié.
Sa présence à Creators Bomoko, aux côtés de plusieurs acteurs de l’écosystème créatif, illustre à ses yeux l’importance de travailler continuellement sa présence numérique.
« Il faut élever les niveaux, il faut aller des millions, il faut être exceptionnel, il faut être extraordinaire », a-t-il lancé.
L’authenticité dans la création de contenu
Face aux jeunes créateurs, son message s’est progressivement transformé en appel à la différenciation.
« Ne faites pas comme tout le monde. Ne faites pas des blagues. Créez votre chose à vous. Soyez exceptionnel », a-t-il conseillé.
Pour Medie Senemona, les créateurs congolais disposent d’un espace important pour développer leurs propres concepts et mettre en avant des sujets qui correspondent à leur identité.
Il les encourage notamment à sortir des formats déjà largement reproduits sur les plateformes afin de construire une signature reconnaissable.
Raconter la RDC par des voix congolaises
L’autre dimension forte de son intervention concerne la représentation de la RDC dans l’espace numérique international.
Pour Medie Senemona, les créateurs congolais ne doivent pas seulement chercher à produire pour leur audience locale mais ils peuvent également contribuer à faire connaître le pays à travers leurs propres récits.
« Raconter des histoires congolaises par des voix congolaises », a-t-il résumé.
Cette vision donne aux créateurs un rôle qui dépasse la simple production de contenus commerciaux. À travers l’histoire, la culture, les opportunités et les réalités du pays, ils peuvent contribuer à construire des récits portés directement par des Congolais.
Les agences comme passerelles vers les marques
Medie Senemona a enfin insisté sur l’importance d’un écosystème professionnel autour des créateurs. Il encourage les jeunes talents à se rapprocher des agences spécialisées afin de mieux structurer leurs activités et d’accéder à des opportunités avec de grandes entreprises ou institutions.
Selon lui, les agences peuvent notamment servir d’intermédiaires entre les créateurs et les marques, en facilitant les collaborations et en donnant davantage de visibilité aux talents.
« C’est vous qui devez devenir les créateurs des contenus. Allez-y, lancez-vous vers les agences », a-t-il encouragé.
Pour lui, plus les créateurs développent leurs propres histoires et apprennent à valoriser leur travail, plus ils participent à la construction d’un écosystème créatif congolais capable de rayonner au-delà des frontières.
À Creators Bomoko, son intervention a ainsi placé la différenciation, le positionnement et le storytelling congolais au cœur de la monétisation de la créativité. Une manière de rappeler que derrière chaque audience se trouve aussi une identité à construire, une histoire à raconter et une valeur à faire reconnaître.
Lydia Mangala


