La création de contenus peut générer des revenus, mais l’accès aux programmes de monétisation des grandes plateformes reste conditionné par plusieurs facteurs, notamment le pays de résidence, l’éligibilité des plateformes et la capacité à attirer des annonceurs. Lors du panel « Monétisation : les étapes pour être en conformité », organisé ce vendredi 18 septembre 2026 au Musée national de la RDC à Kinshasa, dans le cadre de la première édition de Creators Bomoko, Gracy Omokoso, expert en marketing digital, entrepreneur, formateur et CEO de Streameex, a expliqué les mécanismes qui limitent encore la monétisation directe des créateurs en RDC. L’événement est organisé par l’Ambassade des États-Unis en RDC sur deux jours, les 18 et 19 septembre.
Modérée par Dave Aradjabu, alias Monsieur Toleka, la discussion a notamment porté sur YouTube, les revenus publicitaires, l’audience internationale et les alternatives offertes aux créateurs congolais.
Une monétisation directement liée à l’écosystème publicitaire
Pour Gracy Omokoso, il faut d’abord comprendre le fonctionnement économique des plateformes. La publicité constitue une source importante de revenus pour des plateformes comme YouTube, qui mettent en relation annonceurs, créateurs et audiences.
« Une plateforme comme YouTube est basée sur une régie publicitaire. Il faut qu’il y ait assez d’annonceurs pour faire la publicité sur YouTube. Une fois que la publicité passe grâce à un créateur de contenu, ils reversent un pourcentage, une commission, parce que tu m’as permis, à travers ton contenu, de faire passer la publicité », a-t-il expliqué.
Cette logique permet de comprendre pourquoi l’accès à certains programmes de monétisation varie d’un territoire à l’autre. Les conditions d’éligibilité ne dépendent donc pas uniquement du nombre d’abonnés ou de vues d’un créateur.
YouTube indique notamment que l’accès à son Programme Partenaire suppose de résider dans un pays ou une région où le programme est disponible, en plus de respecter ses politiques de monétisation.
La RDC face à la question de l’éligibilité
L’une des préoccupations majeures soulevées durant le panel concerne précisément la situation des créateurs établis en République démocratique du Congo.
Gracy Omokoso a expliqué que l’absence ou la limitation de certains programmes dans un pays ne signifie pas nécessairement que les contenus produits localement ne peuvent pas toucher une audience internationale.
« Les contenus congolais peuvent être consommés par les Français, par les Belges, par les Américains de souche. Si ce n’est pas des Français, des Belges, des Américains de souche, ça sera au moins notre diaspora », a-t-il fait remarquer.
Cette dimension internationale représente, selon lui, une possibilité pour les créateurs de toucher indirectement de la valeur économique générée par leurs contenus.
Le constat est d’autant plus important que la liste officielle de disponibilité du Programme Partenaire YouTube ne mentionne pas actuellement la RDC.
L’audience étrangère, un levier à ne pas négliger
Pour Gracy Omokoso, le créateur doit donc également s’interroger sur la nature géographique de son audience.
« Est-ce que ton contenu parle plus au Congolais ou à l’étranger, à tout le monde, en particulier aux Occidentaux ? Parce que le problème se situe au niveau du volume des budgets publicitaires que chaque pays dispose », a-t-il expliqué.
Il établit ainsi un lien entre la localisation de l’audience et les investissements publicitaires disponibles sur les différents marchés.
« Il y a des grandes firmes, par exemple aux États-Unis, qui offrent de gros budgets publicitaires. C’est tout à fait normal qu’un créateur de contenu aux États-Unis puisse recevoir plus de commissions, parce que son contenu parle aux Américains que par rapport à un Congolais », a-t-il poursuivi.
L’enjeu pour les créateurs congolais n’est donc pas uniquement de produire davantage, mais aussi de comprendre qui consomme leurs contenus, depuis où et pour quel type d’annonceurs ces audiences peuvent représenter une valeur.
Les partenariats avec les marques comme autre voie
Face aux limites de la monétisation automatique des plateformes, l’intervenant a insisté sur une autre source de revenus : les collaborations directes avec les entreprises.
« Pour se faire de l’argent, il n’y a pas seulement la publicité », a-t-il rappelé.
Selon lui, les placements de produits, les collaborations commerciales et les partenariats avec les entreprises locales peuvent constituer des pistes concrètes pour les créateurs.
« Il faudra avoir des statistiques qui vont réellement convaincre pourquoi une marque devrait travailler avec toi », a-t-il conseillé.
Autrement dit, une communauté doit pouvoir être présentée aux annonceurs à travers des données concrètes entre autres audience, portée, engagement, profil des abonnés ou encore performances des contenus.
Attention aux solutions qui contournent les règles
La question de la localisation des comptes a également suscité des échanges. Gracy Omokoso a évoqué l’existence de pratiques visant à utiliser des comptes ou des identités situés dans des pays éligibles.
Mais cette démarche comporte des risques lorsqu’elle implique de fausses informations ou un contournement des règles des plateformes.
« Il serait mieux d’être prudent quand vous voulez vous lancer avec un objectif de monétisation », a-t-il recommandé.
Cette prudence est particulièrement importante puisque les programmes de monétisation reposent sur des critères de résidence, d’identité, de paiement et de conformité propres à chaque plateforme. YouTube précise notamment que le créateur doit résider dans une région où le Programme Partenaire est disponible.
Doublage et ouverture à une audience internationale
Pour élargir leur audience, Gracy Omokoso a également encouragé les créateurs à réfléchir à l’adaptation de leurs contenus, notamment à travers le doublage ou la déclinaison linguistique.
L’idée est de permettre à un contenu conçu en RDC de circuler auprès d’un public qui ne partage pas nécessairement la même langue ou le même contexte.
Cette stratégie peut notamment permettre aux créateurs de ne pas limiter leur potentiel d’audience au seul marché congolais, sans pour autant abandonner leur identité ou leur ligne éditoriale.
La monétisation ne se résume pas aux revenus des plateformes
Au fil de son intervention, Gracy Omokoso a finalement élargi la réflexion : devenir créateur rentable ne signifie pas uniquement attendre les revenus publicitaires d’une plateforme.
Les partenariats avec les marques, les placements de produits et les collaborations constituent également des sources de revenus. Dans ce modèle, les statistiques deviennent un véritable outil commercial pour convaincre les annonceurs.
« Pour les placements de produits, tu peux travailler avec des annonceurs », a-t-il rappelé.
L’expert a ainsi invité les créateurs congolais à mieux comprendre les mécanismes économiques qui entourent leurs plateformes, à vérifier l’éligibilité de leur pays avant de bâtir une stratégie de monétisation et surtout à diversifier leurs sources de revenus.
Dans un marché où les programmes de monétisation directe ne sont pas accessibles partout, la question n’est donc plus seulement de savoir comment avoir des vues, mais comment transformer durablement une audience en valeur économique, dans le respect des règles des plateformes.
Lydia Mangala


