Trente jours après la déclaration officielle de la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, le gouvernement a procédé à une première évaluation de la riposte lors d’un briefing de presse organisé jeudi 18 juin à Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, principal foyer de l’épidémie.
Animé notamment par le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Roger Kamba, en présence de plusieurs membres du gouvernement et des responsables sanitaires, ce point de situation a permis de dresser un état des lieux de l’évolution de l’épidémie dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Selon les chiffres communiqués par le ministre de la Santé, la RDC totalise à ce jour 896 cas confirmés d’Ebola et 232 décès, soit un taux de létalité estimé à environ 26 %.
« À ce jour, nous totalisons 896 cas confirmés d’Ebola et 232 décès confirmés, soit un taux de létalité d’environ 26 %. Nous comptons également 78 personnes guéries après deux tests négatifs consécutifs », a déclaré Roger Kamba.
Le ministre a toutefois souligné que l’augmentation du nombre de cas détectés ne traduit pas nécessairement une aggravation de la situation. Selon lui, cette hausse résulte également du renforcement de la surveillance épidémiologique et de la recherche active des cas au sein des communautés.
Près de 6 000 personnes ayant été en contact avec des malades sont actuellement suivies par les équipes de la riposte. Le taux de suivi est évalué à 71 %, alors que les autorités sanitaires visent un objectif de 95 %.
Malgré un bilan encore préoccupant, les autorités ont mis en avant plusieurs signaux encourageants. Depuis le début de l’épidémie, 78 patients ont été déclarés guéris après avoir obtenu deux tests négatifs successifs.
Pour Roger Kamba, ces guérisons démontrent l’importance de la détection précoce et de la prise en charge rapide dans les centres spécialisés.
« Les recherches que nous menons montrent que plus les malades arrivent tôt dans les structures de soins, plus leurs chances de guérison augmentent considérablement », a-t-il expliqué.
Les autorités sanitaires espèrent que ces résultats contribueront à renforcer la confiance des populations envers les équipes médicales et à lutter contre les rumeurs qui entourent encore la maladie dans certaines localités.
Sur le terrain, la stratégie de riposte repose essentiellement sur une approche décentralisée. Le chef de la Division provinciale de la santé de l’Ituri, le docteur Marcel Lola, a indiqué que des structures de riposte ont été installées dans les 36 zones de santé de la province.
La coordination des interventions est assurée à partir de ces zones de santé, avec l’appui de relais communautaires déployés dans les différentes aires de santé. Des centres de traitement Ebola fonctionnent déjà dans les zones affectées, tandis que des centres de transit sont progressivement mis en place dans les foyers les plus exposés.
Malgré ces efforts, les autorités reconnaissent que plusieurs défis persistent, notamment l’adhésion des communautés aux mesures de prévention.
« Le principal défi reste l’appropriation de la riposte par les communautés afin de garantir l’efficacité des interventions mises en œuvre », a souligné le docteur Marcel Lola.
La question du financement de la riposte a également occupé une place importante lors du briefing. Face aux interrogations de l’opinion sur la gestion des fonds mobilisés, Roger Kamba a tenu à apporter des clarifications.
Le ministre a révélé que 20 millions de dollars ont déjà été mis à disposition pour soutenir la lutte contre l’épidémie, tandis que 30 millions supplémentaires ont été annoncés mais n’ont pas encore été décaissés.
« Nous avons reçu 20 millions de dollars. Les 30 millions supplémentaires ont été annoncés hier, mais ils ne sont même pas encore encaissés par le gouvernement », a-t-il précisé.
Le ministre a également rejeté les accusations selon lesquelles les fonds destinés à la riposte seraient gérés à Kinshasa au détriment des provinces touchées.
« À Kinshasa, il n’y a aucune activité de riposte. Toute la réponse se déroule ici. L’argent sert à acheter les véhicules, les équipements de protection et à payer les équipes engagées sur le terrain », a-t-il insisté.
Il a par ailleurs invité les députés provinciaux à exercer leur mission de contrôle afin de garantir la transparence dans l’utilisation des ressources mobilisées.
De son côté, la ministre d’État chargée des Affaires sociales et Actions humanitaires, Eve Bazaïba, a alerté sur les conséquences humanitaires de l’épidémie dans une région déjà fragilisée par plusieurs crises.
Selon elle, Ebola vient aggraver une situation humanitaire déjà préoccupante dans l’est du pays, où plusieurs millions de personnes vivent dans des conditions de grande vulnérabilité.
Au terme de ce premier bilan, les autorités ont réaffirmé leur détermination à renforcer la riposte afin de contenir la propagation du virus. Elles misent notamment sur l’amélioration du suivi des contacts, l’implication accrue des communautés et la poursuite des efforts de sensibilisation pour espérer inverser la tendance dans les semaines à venir.
Lydia Mangala


