La République démocratique du Congo fait face à la résurgence de la maladie à virus Ebola, souche Zaïre, dans la zone de santé de Bulape, province du Kasaï.
Le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba, a officiellement confirmé, lors d’un point de presse tenue ce jeudi 4 septembre, la 16ᵉ épidémie enregistrée dans le pays depuis l’identification de la maladie en 1976.
Selon le bilan provisoire, 28 cas suspects ont été recensés, dont 16 décès, parmi lesquels 4 agents de santé, soit un taux de létalité de 57 %, illustrant la gravité de la situation.
Une résurgence confirmée et minutieusement investiguée
Le ministre Roger Kamba a précisé que la résurgence du virus Ebola a été confirmée après des investigations rigoureuses menées par l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB).
Le premier cas suspect identifié remonte au 20 août 2025, lorsqu’une femme enceinte de 34 ans a été admise à l’Hôpital Général de Bulape avec des symptômes inquiétants notamment la fièvre intense, les vomissements, la diarrhée, la faiblesse extrême et les hémorragies.
Les échantillons prélevés ont été analysés le 3 septembre 2025 par l’INRB à Kinshasa, confirmant la présence du virus Ebola, souche Zaïre.
Roger Kamba a souligné que ces chiffres sont provisoires et que les investigations se poursuivent pour identifier tous les cas suspects et contacts à risque.
Les zones touchées et l’impact sur le personnel de santé
L’épidémie affecte principalement les zones de santé de Bulape et Mweka, deux territoires historiquement exposés à Ebola.
Parmi les 28 cas recensés, 4 agents de santé sont déjà décédés, rappelant la vulnérabilité des professionnels en première ligne et l’extrême dangerosité de cette maladie.
Le taux de létalité élevé, estimé à 57 %, alerte sur la gravité de l’épidémie et sur la nécessité d’une riposte rapide et coordonnée pour limiter la propagation.
La population est fortement invitée à respecter les mesures de prévention et à collaborer pleinement avec les équipes sanitaires.
Une riposte nationale et internationale immédiatement activée
Face à cette crise sanitaire, le Centre des opérations d’urgence de santé publique (COUSP) a activé le Système de gestion des incidents, mobilisant des équipes d’intervention rapide pour renforcer la surveillance épidémiologique, le triage, l’isolement et la prise en charge des malades. Des centres de traitement spécifiques ont été opérationnalisés pour garantir une prise en charge gratuite et efficace.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a dépêché des experts en épidémiologie, prévention et contrôle des infections, gestion des cas et laboratoire pour appuyer la réponse nationale. Deux tonnes de fournitures, incluant des équipements de protection individuelle, du matériel de laboratoire mobile et des équipements médicaux, ont été livrées pour soutenir les équipes sur le terrain.
« Nous agissons avec détermination pour arrêter rapidement la propagation du virus et protéger les communautés. La collaboration avec les autorités sanitaires congolaises est essentielle pour intensifier les mesures de réponse et mettre fin à l’épidémie au plus vite », a déclaré le docteur Mohamed Janabi, Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique.
Vaccination et médicaments prépositionnés
La RDC dispose déjà d’un stock de médicaments pour le traitement d’Ebola ainsi que de 2.000 doses du vaccin Ervebo, prépositionnées à Kinshasa.
Ces vaccins seront rapidement acheminés vers le Kasaï pour vacciner les contacts et les professionnels de santé de première ligne, renforçant ainsi la riposte et la protection des populations à risque.
Sensibilisation et mobilisation communautaire
Le ministre Roger Kamba a mis l’accent sur l’importance de la communication de risque et de la sensibilisation des populations, leur demandant de :
– Signaler tout cas suspect via le numéro vert 151 ;
– Éviter tout contact avec les malades ou les corps non pris en charge ;
– Ne pas manipuler d’animaux morts, notamment les chauves-souris frugivores, hôtes naturels du virus ;
– Maintenir une hygiène rigoureuse ;
– Rejeter toute forme de stigmatisation.
« Cacher un malade, c’est exposer ; déclarer, c’est sauver », a martelé le ministre, appelant à une mobilisation collective et à la discipline pour briser la chaîne de transmission.
Des campagnes radiophoniques en langues nationales, l’engagement des chefs traditionnels et religieux ainsi que la mobilisation des associations de femmes font partie des stratégies mises en œuvre pour lutter contre la désinformation et renforcer la vigilance communautaire.
Historique des épidémies et expertise de la RDC
La RDC connaît 16 épidémies d’Ebola depuis 1976, dont les précédentes dans le Kasaï en 2007, 2008 et 2011.
La plus meurtrière, celle de 2007, avait causé plus de 260 cas et 187 décès. Plus récemment, en avril 2022, la province de l’Équateur avait enregistré une épidémie maîtrisée en moins de trois mois grâce à la coordination efficace des autorités sanitaires.
Le pays dispose ainsi d’une expertise historique dans la lutte contre les épidémies virales, que les autorités sanitaires et partenaires internationaux mettent aujourd’hui à profit pour stopper la propagation dans le Kasaï.
Un appel à la responsabilité collective
Le ministre Roger Kamba a rendu hommage aux agents de santé décédés, qualifiés de héros discrets, et présenté ses condoléances aux familles endeuillées. Il a insisté sur l’importance de l’engagement de tous les Congolais :
« Ebola ne se vainc pas par l’effort d’un seul, mais par la discipline de tous. La riposte exige solidarité, vigilance et respect des mesures de prévention », a-t-il affirmé.
Avec la mobilisation simultanée des équipes nationales, de l’OMS, de MSF et d’autres partenaires internationaux, la RDC met tout en œuvre pour limiter la propagation de cette 16ᵉ épidémie et protéger ses populations.
Lydia Mangala


