La bibliothèque du Centre Wallonie-Bruxelles à Kinshasa a accueilli, ce vendredi 23 mai 2025, une conférence exceptionnelle autour du thème : « La photographie comme écriture », suivie de la présentation du livre « Photo comme écriture », œuvre du professeur Baudouin Bikoko consacrée à l’histoire de la photographie congolaise.
Une matinée riche en émotions, en réflexions et en perspectives, marquée par des interventions complémentaires de figures engagées du paysage culturel congolais.
La photographie, une écriture plurielle

Do Nsoseme, slameuse, photographe et poétesse, a ouvert la rencontre par une réflexion originale sur la convergence entre photographie, slam et poésie.
Pour elle, ces disciplines, bien que distinctes, partagent une essence commune, celle de traduire l’émotion et la vision de l’artiste.
Elle a défini la photographie comme une écriture visuelle, la poésie comme sensorielle et le slam comme une poésie orale urbaine.
À travers cinq points de convergence notamment expression personnelle, narration brute, rythme, puissance émotionnelle et accessibilité, elle a démontré comment photographie et slam s’entrelacent dans une dynamique de création et de transmission.
Elle a conclu avec sa série Mbila, Palmier et un poème inspiré par une photo prise à Bumba, « Ils ne l’auront pas », symbolisant la synergie entre image et parole poétique.
Photographie et industries culturelles : un enjeu de développement

Augustin Bikale, le chargé de programme culture de l’Unesco, a ensuite mis en lumière le rôle transversal de la photographie dans les industries culturelles et créatives (ICC).
Il a rappelé que la photographie est à la fois un art, un métier et une industrie, vecteur d’emploi, de mémoire collective et d’innovation, tout en soulignant ses nombreuses applications : publicité, mode, réseaux sociaux, patrimoine, etc.
Il a insisté sur les défis de l’ère numérique entre autres droits d’auteur, explosion de l’image, technologies de sécurisation, mais aussi sur les opportunités à saisir.

Il a salué l’ordonnance n° 25/030 du 12 mars 2025 qui amorce une structuration du secteur en RDC.
Parmi ses recommandations, il a suggéré la création d’un festival national de photographie, son intégration dans l’éducation, le soutien à l’international et des résidences artistiques.
Baudouin Bikoko : raconter l’histoire par la lumière

Clôturant la conférence, le professeur Baudouin Bikoko a partagé l’histoire émouvante de la publication de son livre Photo comme écriture, grâce à une collaboration fortuite avec des universitaires londoniens et le soutien du professeur Henri Kalama de l’Académie des Beaux-Arts.
Ce projet, soutenu par Wallonie-Bruxelles, Rosette Kabona et d’autres partenaires, a permis de rendre visibles ses archives photographiques et de retracer l’histoire méconnue de la photographie congolaise, de 1888 à nos jours.
Il a rappelé que la photographie est une écriture avec la lumière, un art capable de transmettre émotions, mémoire et récit.

Il a évoqué les pionniers congolais comme Samuel Lema et Jacqueline Sidula, première femme photographe à Kinshasa, ainsi que la relève formée à l’Académie.
La photographie, selon lui, doit être reconnue pour ce qu’elle est : un langage artistique majeur, résilient et indispensable.
Vers un centenaire de la photographie

L’année 2025 marque les 100 ans de la photographie congolaise. Une série d’événements est annoncée, notamment une exposition inaugurale à l’Académie des Beaux-Arts le 19 août, en écho à la Journée internationale de la photographie proclamée par l’ONU.
Dans la dynamique de l’année dédiée à la femme par Wallonie-Bruxelles, un atelier photographique rassemblera de jeunes étudiantes, qui exposeront leurs œuvres dans un esprit de transmission et de valorisation du regard féminin.

La conférence a révélé combien la photographie, au-delà de l’image, est un acte de mémoire, un outil d’expression et un levier de développement culturel.
En associant image, parole et réflexion, elle invite à écrire collectivement une histoire visuelle de la RDC, sensible, engagée et en perpétuelle réinvention.
Lydia Mangala


