Le mercredi 30 avril, à l’Université de Kinshasa, Raoul Kienge‑Kienge Intudi, professeur et directeur de l’École de criminologie, a ouvertement remis en cause la politique sécuritaire à l’égard des jeunes qualifiés de Kuluna.
Au cours d’un atelier consacré à « l’approche d’accompagnement holistique de proximité et d’émancipation des jeunes impliqués dans la violence de Kuluna pour leur sortie de violence par la réinsertion socioprofessionnelle », il a dénoncé le caractère superficiel des opérations policières :
« Les opérations policières apparaissent comme du verni qui couvre le vrai problème sans le faire disparaître », a-t‑il affirmé, soulignant que la seule sanction pénale ne saurait prévenir la montée de la délinquance juvénile.
L’approche AHPER, une réponse sociale fondée sur la dignité
Le professeur Kienge‑Intudi a détaillé les contours de l’« approche AHPER » (Accompagnement Holistique de Proximité pour l’Émancipation et la Réinsertion), une méthode centrée sur l’individu.
Plutôt que de se contenter de réprimander, cette démarche propose d’accompagner chaque jeune dans l’élaboration d’un projet de vie alternatif à la violence, en s’appuyant sur une activité génératrice de revenus et le respect de sa dignité.
Expérimentée depuis 2020 dans les communes de Kimbanseke, Ndjili, Kisenso et Limete, elle a déjà permis à plusieurs adolescents de se détourner de la culture du gang en retrouvant un emploi ou une formation professionnelle.
Vers une prévention plutôt qu’une répression isolée
Pour le docteur en criminologie, l’État congolais doit désormais soutenir ces initiatives locales plutôt que de privilégier une logique exclusivement sécuritaire :
« Nous demandons que l’État puisse soutenir les initiatives qui sont mises en œuvre au niveau local pour développer cette réponse alternative à la violence », a-t‑il insisté.
Il a rappelé que la violence urbaine n’est pas qu’un problème judiciaire ; elle est avant tout sociale et résulte d’un manque criant d’accès à l’éducation, à la santé et aux conditions de vie de base.
À ses yeux, seule une stratégie globale de prévention, enracinée dans le tissu communautaire, pourra endiguer durablement le phénomène Kuluna et offrir un avenir serein aux jeunes de Kinshasa.
Lydia Mangala


