Dans le sillage des grandes orientations économiques débattues à Kinshasa, la conférence dédiée à l’énergie, organisée ce jeudi 23 avril lors de la 9ᵉ édition de la Semaine française de Kinshasa, a mis en lumière l’enjeu de convertir un potentiel énergétique colossal en projets réels, financés et exécutés pour l’avenir de la République démocratique du Congo.
Placée sous le thème évocateur « La décennie de l’électrification pour accélérer le développement du pays », cette session a réuni, au Pullman Grand Hôtel, décideurs publics, régulateurs et acteurs privés autour d’un commun objectif d’accélérer l’accès à l’électricité et structurer durablement le secteur énergétique congolais.

Au cœur des échanges, l’Autorité de Régulation de l’Électricité (ARE) a rappelé les avancées majeures enregistrées ces dernières années, notamment la libéralisation du secteur et la mise en place d’un cadre réglementaire désormais plus lisible et attractif pour les investisseurs. Mais au-delà des réformes, le message principal était que le défi n’est plus seulement de poser des bases juridiques solides, mais de passer à l’exécution.
En ouverture, le Professeur Jean-Marie Beya Kamba, Président du Conseil d’Administration de l’ARE et Doyen de l’Université de Kinshasa, a dressé un constat à la fois prometteur et préoccupant. Avec plus de 100 000 MW de potentiel hydroélectrique et un important gisement solaire, la RDC figure parmi les pays les mieux dotés au monde en ressources énergétiques.
Pourtant, cette richesse contraste fortement avec la réalité quotidienne des populations. Le taux d’accès à l’électricité plafonne autour de 20 % à l’échelle nationale, et reste inférieur à 5 % en milieu rural. Un écart qui traduit, selon lui, l’urgence d’accélérer la mise en œuvre des projets et de repenser les stratégies d’électrification.
Dans cette dynamique, la vision à l’horizon 2040 repose sur une transformation en profondeur du secteur à travers la production massive d’énergie, la décentralisation des systèmes, la modernisation des infrastructures et la consolidation du cadre réglementaire.
Revenant sur ce dernier point, Me Pascal Tshimbalanga, Directeur juridique de l’ARE, a détaillé les avancées réalisées depuis 2014. Il a notamment évoqué l’ouverture à la concurrence du secteur électrique, le renforcement du rôle du régulateur, la simplification des procédures d’accès au marché ainsi que l’amélioration de la lisibilité juridique pour les investisseurs. Mais au-delà des textes, il a insisté sur l’appropriation effective de ces outils par les opérateurs.

Selon lui, la réussite des réformes passe nécessairement par une meilleure vulgarisation du cadre réglementaire, afin de permettre aux investisseurs et porteurs de projets de s’inscrire pleinement dans les mécanismes existants.
En clôture, Marco Kuyu, Directeur Général adjoint de l’ARE, a livré une lecture pragmatique de la situation actuelle. Pour lui, le secteur électrique congolais est aujourd’hui ouvert et offre des opportunités réelles d’investissement dans plusieurs segments.
Cependant, cette ouverture appelle à un changement d’approche du côté des opérateurs privés. Il a ainsi plaidé pour une structuration plus rigoureuse des projets, un dialogue technique renforcé avec le régulateur et une clarification des attentes entre les institutions publiques et les investisseurs.
Il en ressort que la RDC ne manque ni de ressources ni de cadre réglementaire. Le véritable défi réside désormais dans la capacité à transformer les ambitions en projets concrets, bancables et exécutés.
Cette transition repose sur trois piliers essentiels notamment une meilleure appropriation des outils réglementaires, une structuration solide des projets et une coopération étroite entre l’État, le régulateur et le secteur privé.
L’ARE insiste sur le fait que l’électrification du pays ne se fera pas uniquement par la vision, mais par l’action, la rigueur et la capacité collective à transformer le potentiel en réalité tangible pour les populations congolaises.
Lydia Mangala


