À l’occasion de la 9ᵉ édition de la Semaine française de Kinshasa, la question de la ville durable s’est imposée comme un axe central des réflexions autour du développement urbain en République démocratique du Congo. Dans ce cadre, la conférence dédiée aux enjeux et perspectives de la ville durable à l’ère du numérique a offert une tribune stratégique aux acteurs institutionnels engagés dans la transformation des territoires.
Parmi les interventions marquantes, celle de la Directrice Générale de l’Agence Nationale d’Aménagement du Territoire (ANAT), Carine Onyemba, a retenu l’attention par sa portée à la fois concrète et prospective. Prenant la parole au sein de ce panel modéré par le Président de la CCIFC, Bertrand Bisengimana, elle a livré un retour d’expérience structuré sur la mise en œuvre du Programme Ville Durable de Boma, présenté comme un projet pilote pour la RDC.

Pensé comme un laboratoire d’expérimentation urbaine, ce programme vise à bâtir des villes plus résilientes, mieux organisées et adaptées aux défis contemporains. Le choix de Boma n’est pas anodin. Elle est l’ancienne première ville du pays, elle offre un cadre propice à la mise en place d’un modèle reproductible à l’échelle nationale.
Financé avec l’appui de partenaires tels que l’Agence Française de Développement (AFD), et mis en œuvre avec l’implication d’acteurs clés comme le FONAT, le Ministère de l’Aménagement du territoire, Expertise France et l’Unité de Gestion du Projet (UGP), ce programme repose sur une approche méthodologique participative. Coordination étroite, accompagnement technique et implication des parties prenantes locales en constituent les piliers essentiels.

Dans son intervention, Carine Onyemba a mis en lumière les avancées déjà enregistrées, notamment en matière de planification urbaine et de structuration des espaces. Elle a également évoqué des actions concrètes en cours, comme les opérations de curage destinées à améliorer les conditions de vie des populations face aux problématiques d’inondation.
Cependant, ce chantier ambitieux n’est pas exempt de défis. La Directrice Générale de l’ANAT a souligné la complexité des procédures administratives, les délais de mise en œuvre parfois longs, ainsi que les difficultés liées à la coordination entre des acteurs aux capacités institutionnelles hétérogènes. Autant d’éléments qui nécessitent des ajustements continus pour garantir l’efficacité du programme.
L’intégration du numérique apparaît, dans cette dynamique, comme un levier déterminant. Les outils technologiques permettent aujourd’hui de mieux documenter les données territoriales, d’optimiser la gestion de l’espace public et d’anticiper les évolutions urbaines, une dimension importante pour accompagner la modernisation des villes congolaises.
Au-delà du cas de Boma, l’ambition de l’ANAT est de capitaliser sur cette expérience pour envisager sa réplicabilité dans d’autres centres urbains du pays, une perspective qui s’inscrit dans une vision à moyen terme, avec l’objectif de poser les bases d’un réseau de villes durables, capables de répondre aux exigences démographiques, environnementales et économiques.
« Une ville durable, c’est avant tout penser autrement », a résumé Carine Onyemba, en appelant à une transformation des approches traditionnelles de l’aménagement du territoire.
L’ANAT a ainsi confirmé son rôle central dans la structuration des politiques urbaines en RDC, en plaçant l’innovation, la coordination et la durabilité au cœur de son action, une démarche qui, au-delà des discours, se construit progressivement sur le terrain, au plus près des réalités locales.
Lydia Mangala


