La Cellule indépendante d’évaluation des acquis scolaires a rendu publics, le 9 avril dernier à Kinshasa, les résultats de son enquête sur les pratiques pédagogiques des enseignants du niveau post-primaire. Cette restitution fait suite à une évaluation approfondie menée en 2025 avec l’appui du Projet d’apprentissage et d’autonomisation des filles, financé par la Banque mondiale.
Baptisée « TEACH Secondary », cette étude met en lumière les réalités pédagogiques observées dans les salles de classe. À travers une approche méthodique, 855 enseignants ont été observés dans 425 écoles, réparties à 60 % en milieu urbain et 40 % en milieu rural. L’enquête a également concerné 5 880 enseignants du secondaire et plus de 39 000 élèves, avec une taille moyenne de 46 élèves par classe.
Les résultats dressent un tableau nuancé. Si les enseignants démontrent une capacité modérée à instaurer un environnement d’apprentissage relativement structuré, en fixant des attentes comportementales et en conduisant les leçons, des lacunes importantes persistent. L’étude révèle notamment des difficultés à fournir des retours constructifs aux élèves, à stimuler leur esprit critique et à accompagner efficacement leurs incompréhensions.
Plus préoccupant encore, l’enquête met en évidence une faible promotion de l’autonomie des apprenants. Les enseignants offrent peu de marge de choix aux élèves, encouragent insuffisamment la persévérance et favorisent encore peu le travail collaboratif en classe. Ces limites traduisent une prédominance persistante d’un modèle d’enseignement traditionnel, centré sur la transmission des connaissances plutôt que sur l’implication active des élèves.
Face à ces constats, les autorités éducatives appellent à un changement de paradigme. Intervenant lors de la restitution, la directrice adjointe du cabinet de la ministre de l’Éducation nationale, Laurence Kabasele, a insisté sur la nécessité d’une transformation en profondeur du système éducatif.
« Nous ne pouvons plus nous contenter d’un enseignement fondé sur la transmission mécanique des connaissances. Notre système éducatif doit évoluer vers une pédagogie active, inclusive et centrée sur l’apprenant », a-t-elle déclaré.
Dans la même dynamique, l’Inspecteur général de l’Éducation nationale, Hubert Kimbonza Sefu, a souligné la portée stratégique de cette enquête, la présentant comme un véritable outil d’orientation pour les politiques publiques. Selon lui, ces résultats devraient guider les efforts en matière de formation continue des enseignants et de renforcement de l’accompagnement pédagogique.
Cette étude ouvre la voie à des réformes concrètes. Elle s’inscrit dans le cadre du plan quinquennal du ministère de l’Éducation nationale, notamment son deuxième axe stratégique dédié à l’amélioration de la qualité des apprentissages. Parmi les pistes envisagées figurent la révision des programmes scolaires et l’intégration de compétences essentielles du XXIe siècle, telles que la pensée critique, la créativité, la résolution de problèmes et la collaboration.
Les disciplines traditionnelles devraient également évoluer pour intégrer des thématiques émergentes comme les technologies de l’information, le développement durable et l’éducation à la citoyenneté, avec pour ambition d’adapter l’école congolaise aux exigences contemporaines et de mieux préparer les élèves aux défis d’un monde en constante mutation.
Lydia Mangala


