La situation des finances publiques congolaises suscite de vives inquiétudes. Dans une analyse rendue publique, le député national Flory Mapamboli, expert en finances, tire la sonnette d’alarme sur la dégradation de la trésorerie de l’État et appelle à des mesures correctives immédiates pour éviter une crise budgétaire plus profonde dans les prochains mois.
Un déficit de trésorerie préoccupant
Selon les chiffres de la Banque centrale du Congo (BCC), les recettes mobilisées en janvier 2026 se sont élevées à 1.632 milliards de francs congolais (CDF), soit 86 % des prévisions. En face, les dépenses ont atteint 2.670 milliards CDF, générant un déficit de trésorerie de 1.038 milliards CDF.
Ce déséquilibre intervient alors même qu’« une bonne partie des salaires n’a pas été versée au cours du mois », souligne l’élu national. À lui seul, l’état liquidatif et les paies complémentaires représentent près de 1.300 milliards CDF, soit environ 80 % des recettes mensuelles de janvier.
« La pression des dépenses contraignantes sur la trésorerie du pouvoir central demeurera forte jusqu’à fin avril 2026 », prévient Flory Mapamboli, rappelant qu’il avait déjà anticipé ces tensions.
Une enveloppe salariale en forte hausse
Entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, l’enveloppe salariale mensuelle aurait augmenté de près de 300 milliards CDF, soit une progression de 31 %. Dans le même temps, les recettes domestiques n’ont progressé que de 15 % entre 2024 et 2025.
Pour le député, ce décalage structurel entre l’évolution des dépenses et celle des recettes fragilise l’équilibre budgétaire. « Les salaires continueront à être versés en retard durant toute cette période », avertit-il.
Il rappelle par ailleurs que l’appréciation du franc congolais avait permis de corriger partiellement la perte du pouvoir d’achat des agents publics, mais estime que le Gouvernement doit désormais « veiller à la maîtrise de l’enveloppe salariale » pour éviter une dérive incontrôlée.
Une trésorerie sous pression jusqu’en mars
Flory Mapamboli met également en lumière un facteur conjoncturel aggravant : entre décembre et mars, aucune échéance d’IBP (Impôt sur les bénéfices et profits) n’est attendue, alors que les dépenses contraignantes restent constantes, voire en augmentation.
« Pendant cette période, la trésorerie demeure tendue et il faut un lissage du Plan de trésorerie (PTR) avec des instruments adaptés », explique-t-il.
Il évoque aussi des causes possibles de la tension actuelle, notamment le paiement d’arriérés de 2025 (OPI non réglés) ou des dépenses sécuritaires exceptionnelles, qui nécessitent toutefois confirmation.
Les titres publics dans une spirale risquée
Autre sujet d’inquiétude : le financement du déficit par les titres publics. Selon le député, ces instruments seraient devenus « une simple pyramide de Ponzi », dans la mesure où les nouvelles émissions servent principalement à rembourser les anciennes dettes, en raison de leurs maturités très courtes.
Une situation qui, à terme, pourrait fragiliser davantage la crédibilité financière de l’État si elle n’est pas corrigée.
Des mesures d’urgence proposées
Face à ce tableau, Flory Mapamboli formule plusieurs recommandations :
• Suspendre immédiatement toute nouvelle augmentation de l’état liquidatif ;
• Réduire au strict minimum les dépenses de fonctionnement non contraignantes ;
• Surseoir à toute initiative visant à revoir les barèmes salariaux à la hausse ;
• Imposer l’ensemble des revenus des agents publics, y compris les primes permanentes et non permanentes échappant au fisc ;
• Accélérer et canaliser les réformes de mobilisation des recettes en cours.
« Les analyses que nous faisons ne visent à affaiblir personne. Nous émettons nos idées en tant que Congolais, dans un esprit patriotique, pour le bien de tous », insiste-t-il.
La nécessité de réformes structurelles
Au-delà des ajustements conjoncturels, le député plaide pour des réformes de fond : formalisation de l’économie, diversification des sources de revenus, promotion de l’industrie locale et création de valeur ajoutée sur le territoire national.
« Le système rentier basé sur l’exportation brute des minerais a montré ses limites », affirme-t-il, estimant qu’un accroissement durable des recettes publiques ne peut reposer uniquement sur l’exploitation des ressources naturelles sans transformation locale.
Alors que la période allant de décembre 2025 à fin mars 2026 s’annonce particulièrement délicate pour les finances publiques, la question de la soutenabilité budgétaire s’impose plus que jamais au cœur du débat national.
Joséphine Mawete


